Entre la Chine et les États-Unis, une « nouvelle guerre froide » ?

© Official White House Photo by Shealah Craighead

Depuis le début de la pandémie de Covid-19 à Wuhan en Chine, les États-Unis n’ont eu de cesse de reprocher à Pékin la catastrophe sanitaire mondiale actuelle. Si Donald Trump s’est engagé dans une guerre commerciale avec la Chine depuis le début de son mandat, la guerre semble s’étendre à présent à d’autres domaines.    

Alors que dès novembre, les premiers cas de Covid-19 apparaissent en Chine, Pékin reste très opaque sur leur nombre. Ce n’est que le 30 janvier que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) déclare l’état d’urgence de santé publique de portée internationale, soit plus de 2 mois après les premiers cas à Wuhan. Un retard conséquent qui s’expliquerait notamment par les chiffres officiels, revus à la baisse, communiqués par Pékin. Les chiffres sont remis en cause puisque les autorités chinoises ont indiqué un taux de mortalité bien inférieur à celui de l’Italie ou encore de la France, ce qui paraît impossible pour le premier épicentre de la pandémie.

Le 23 janvier, l’OMS affirmait que l’organisation était profondément divisée sur la question de l’état d’urgence sanitaire. Pour cause, depuis plusieurs années la Chine place plusieurs de ses agents à des postes stratégiques au sein de l’institution mondiale. C’est une des raisons pour lesquelles l’OMS ne vérifie pas les informations octroyées par le gouvernement chinois et par conséquent ne mène aucune enquête à ce sujet. Cette erreur s’ajoute à celle de ne pas avoir fait d’étude indépendante du nouveau virus alors que les autorités chinoises affirmaient qu’il ne se transmettait que de l’animal à l’homme.

La faute est alors double  : la Chine a faussé ses chiffres et l’OMS ne les a pas remis en cause. Une erreur aux lourdes conséquences puisque le coronavirus a à ce jour tué plus de 425 394 personnes dans le monde.

Les États-Unis à la recherche d’un bouc émissaire

Les États-Unis n’ont pas tardé à accuser la Chine de la pandémie mondiale actuelle, qualifiant le Covid-19 de « virus chinois. » Dès le 19 mars Donald Trump affirme que « le monde est en train de payer le prix fort pour ce qu’ils ont fait. » Il a lourdement insisté sur ce point lors de conférences de presse comme sur Twitter : la Chine est selon lui responsable et a été incapable de contenir le virus.

La gestion de la Chine de l’épidémie à Wuhan, et en Chine en général, est l’occasion parfaite pour les États-Unis de rompre ses liens avec Pékin. Mike Pompeo, vice-président américain, indique que cette situation « a permis de mieux comprendre la réalité de la Chine communiste » soit « un régime brutal et autoritaire » avec lequel les Etats-Unis ne souhaitent pas collaborer. Le gouvernement américain invite également les autres puissances mondiales à rompre leurs liens avec la Chine qu’il présente comme un pays anti-démocratique et mensonger.

Lors d’une pandémie, trouver un bouc émissaire est une réaction classique. Il s’agit de désigner un responsable, et lors d’une pandémie mondiale, un pays responsable de la propagation du virus. Pour autant, l’enjeu dépasse la simple gestion de la crise sanitaire, la Chine devient à présent officiellement la puissance rivale par excellence des Etats-Unis. Derrière ces accusations multiples se cache en réalité une véritable quête pour le leadership mondial.

La Chine, ennemie numéro un pour les Étasuniens

Après les mots vient l’action, ou du moins les sanctions. Si les États-Unis avaient déjà engagé une virulente guerre commerciale contre la Chine depuis le début du mandat de Donald Trump, ils s’attaquent à présent à d’autres domaines plus symboliques.

Dès le 2 mars, Washington supprime de la liste des organes d’information accrédités cinq médias chinois accusés d’être des médias de propagande. Cette censure médiatique provoque une vive réaction du côté chinois. Le ministre des Affaires étrangères retire alors la carte de presse à trois journalistes du Wall Street Journal qui ont dû quitter le territoire. Cette décision est prise en réaction à la censure américaine mais aussi à un article publié par le journal américain qui titrait « La Chine est le véritable homme malade de l’Asie » qui expliquait aux entreprises américaines comment gérer leurs employés chinois. Les attaques contre la presse américaine se poursuivent puisque le 17 mars plusieurs journalistes du Washington Post, du New York Times et du Wall Street Journal sont expulsés de Chine.

Des accusations et des sanctions qui ne sont pas sans rappeler la guerre froide, un terme que plusieurs experts reprennent aujourd’hui. Le ministre des Affaires étrangères chinois lui-même a évoqué une «  nouvelle guerre froide  » lors d’une conférence de presse en insistant sur la volonté de Pékin d’éviter ce type de conflit.

Le terme est adéquat puisque l’enjeu principal des tensions actuelles entre la Chine est les Etats-Unis est celui de devenir ou de rester la première puissance mondiale. Un principe géopolitique classique, surtout lorsqu’il s’agit des États-Unis, qui rappelle la guerre idéologique, politique et militaire menée contre l’URSS pendant de nombreuses années.

Le reste du monde doit se positionner face à ce nouveau monde bipolaire et il pourrait le faire au détriment des Etats-Unis. Des débats similaires à ceux de la guerre froide refont surface entre les atlantistes (en faveur des Etats-Unis) et les autres. La question est la suivante : faut-il suivre les Etats-Unis et se mettre à dos la Chine ou alors agir en fonction de ses propres intérêts  ? Angela Merkel, chancelière allemande, a pour le moment fait comprendre qu’elle était favorable à la deuxième option notamment à cause de l’hostilité dont a fait preuve Donald Trump à l’égard de l’Union européenne.

Les États-Unis et l’unilatéralisme

Le mépris de Donald Trump pour les organisations multilatérales onusiennes risque cependant de poser un certain nombre de problèmes. Depuis le début de son mandat sa politique extérieure repose sur un principe  : l’unilatéralisme. Washington menace et applique des sanctions aux pays qui n’iraient pas dans son sens. Cette politique explique en partie les différentes attaques du président américain envers les institutions multilatérales et notamment sa décision de se retirer de l’OMS.

Le 29 mai Donald Trump se retire alors de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), institution multilatérale onusienne, après six semaines de gel de ses financements soit 20 % de son budget total. Cette décision est perçue comme un affront au multilatéralisme et à la coopération en général.

D’autant plus qu’elle pourrait avoir l’effet escompté inverse puisque la Chine augmentera probablement sa participation financière au budget et gagnera en influence au sein de l’organisation. Dans le contexte actuel, le retrait des États-Unis de l’institution pourrait bloquer l’échange d’informations au sujet du Covid-19 et ralentir le travail des chercheurs.

Selon le New York Times, la décision du président américain serait surtout un moyen de détourner l’attention de sa mauvaise gestion de la crise au sein de son pays. Aux États-Unis, 116 127 personnes sont décédées suite au virus à ce jour. En mai, le pays était devenu l’épicentre de la pandémie et l’endroit où le virus circule le plus rapidement. Donald Trump a pourtant réagi tardivement en niant dans un premier temps la gravité de la situation et les recommandations de l’OMS.

L’absence des États-Unis dans l’OMS pousse en tout cas les autres pays membres à prendre position. Le président américain a fait comprendre qu’il sera intraitable avec les pays qui continueraient à avoir des liens importants avec la Chine. Le terme de guerre froide prend alors tout son sens puisque l’opposition ferme et sans concession entre les États-Unis et la Chine est imminente, scindant à nouveau le monde en deux.

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