CINÉMA

« 365 jours » – Netflix et la culture du viol

© Netflix

Fraîchement sorti sur Netflix, le honteux long-métrage 365 jours transforme la séquestration d’une jeune femme violentée en une histoire d’amour érotique. Focus sur une ode à la culture du viol et petit point sur ce qu’est le consentement et sur la nécessité d’insister sur cette notion.

Vendu comme LE film hot Netflix et sans cesse comparé à la trilogie à succès Cinquante Nuances de Grey, le tout récent 365 jours a de quoi faire extrêmement peur. Le pitch est déjà nettement alarmant : la belle Laura, originaire d’Europe de l’Est est enlevée dans son hôtel par un richissime mâle alpha italien : Massimo. Ce dernier, qui fait une fixette incongrue sur Laura qui lui serait apparu en rêve alors qu’il était sur le point de clamser, juge bon de lui prouver sa motivation en la retenant prisonnière à ses côtés pendant un an. 365 jours donc de tests pendant lesquels Massimo va tout faire pour que la jeune femme au tempérament de feu finisse par tomber amoureuse de lui, devant ses Ô combien nombreuses qualités (riche, beau, sexy, autoritaire, tatoué, dangereux, torturé). S’engage alors une escapade luxueuse à travers une Italie romantique (ou un enlèvement longue durée selon les versions) où la provocante et fêtarde Laura, va peu à peu fondre devant les charmes de cet homme viril, têtu, mais au cœur tendre.

Outre nous offrir des scènes de violence crue et de sexe endiablé, 365 jours nous livre ce que les réalisateurs Barbara Bialowas et Tomasz Mandes, visiblement très peu sensibilisés à la question des violences sexuelles et sexistes, pensent être LE fantasme féminin par excellence. Entre séance de BDSM et roman à l’eau de rose, selon l’éternel, malheureusement, rapport amour/haine. Soit, Laura est retenue contre son gré, malmenée et insultée. Mais la chanceuse a le droit, en compensation, de se faire plaisir dans les boutiques de luxe, de boire des cosmos dans des hôtels cinq étoiles, de faire tourner en bourrique les hommes qui l’entourent, d’arpenter les plus beaux monuments de l’Italie et, Ô joie, de frimer sur la jet-set (sacrée veinarde). Waouh, bravo. Comment peut-on croire que la place de l’héroïne peut-être enviée ? Comment peut-on croire que cette technique de drague s’avèrerait efficace sur une femme ? Que la résistance qu’elle oppose n’est qu’un encouragement à persévérer pour l’homme ? Qu’une femme qui généralement, ne se sent pas à l’aise dans la rue, sur son lieu de travail ; craint qu’on l’alpague car elle s’est mal habillée ou a dit quelque chose de travers, au quotidien tributaire d’un rapport de domination oppressant, puisse se sentir chanceuse, voire flattée, d’être la cible privilégiée d’un tel énergumène ?

© Netflix

Il ne s’agit pas ici de critiquer des fantasmes, mais de critiquer la façon dont ils sont représentés. De les vanter comme étant suffisamment dignes d’intérêt pour être portés à l’écran, de faire croire qu’ils seraient plaisants à vivre dans la réalité. D’inciter la mise en valeur d’actes idéalisés tels que ceux-ci alors qu’ils sont en réalité répugnants. User d’une plateforme de streaming d’influence internationale telle que Netflix pour diffuser ce genre de discours insultant est le summum du dégradant pour toutes les causes. Que Netflix ait offert une visibilité à un long-métrage alors qu’il s’agit ni plus ni moins d’une aberration narrative, c’est encourager la culture du viol. C’est ruiner à néant l’engagement, le militantisme, les actions de milliers d’individus qui œuvrent pour arrêter d’être pris pour un bout de viande sexy mis à disposition, pour qu’il n’y est plus de droit d’importuner à faire valoir sur qui que ce soit. La culture du viol ne relève en rien du fantasme, comme le montre les statistiques (93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque année en France, d’après une enquête ONDPR / France).

Certains argueront peut-être que ce long-métrage ne nécessite pas tant de polémique, qu’il constitue seulement une fiction, mais ce serait se tromper sur la portée des images et des propos qui nous entourent. Cela reviendrait naïvement à prendre pour innocent ce qui ne l’est absolument pas. Discerner la fiction de la réalité n’est pas à la portée de tous, et on sait pertinemment par exemple que la violence au cinéma n’encourage pas qui que ce soit à ne pas être violent. Or, la réalité n’est pas à belle à voir, et ne le restera pas tant que pareil film, ou livre ou publicité d’ailleurs, sortira impunément, sans que ne soit pris de précaution.

Donc non, il n’a rien d’excitant à être enlevé et retenu par qui que ce soit, même un bad boy protecteur qui achète des vêtements de luxe et fait faire le tour de l’Italie. Non, personne ne trouve touchant d’entendre qu’on a envie de la tuer mais qu’on ne le fera pas car on tient trop à elle. Non, personne n’est excitée à l’idée que son indépendance et son droit de dire non vont être annihilés par les caprices d’un homme. Non, personne n’est émoustillée à l’idée de rentrer dans un jeu de séduction, surtout si celui-ci constitue un crime reconnu de peine de prison (passible de 30 ans d’emprisonnement en France). Qui plus est avec un inconnu qui, accessoirement, tue des gens et abuse des femmes (une fellation dans un avion par une hôtesse de l’air qui ne t’a pas dit « oui », ça compte, jeter une femme d’un bateau parce que c’est de sa faute si elle a failli se faire violer, ça compte).

Soit, certains prétendent que la notion de consentement, le fait que tout le monde soit d’accord, ça n’est pas ce qu’il y a de plus excitant. Que ça n’est pas vendeur, que ça n’envoie pas de paillettes dans les yeux des spectateurs. Sauf que vivre cela n’a fait et ne fera jamais rêver personne, il n’y a pas de preuve d’amour passionnel et sincère là-dedans. Il serait peut-être temps de représenter ce qu’est un véritable rapport humain affectif avant de parler de fantasmes. Il serait temps de montrer la réalité avant que tout ne soit susceptible d’être pris pour elle, au point que certains ne comprennent pas en quoi ce qu’ils font relèvent de l’abus, du juridiquement et moralement répréhensible et condamnable. Minimisant autant leur culpabilité que la sincérité dans la parole des victimes.

365 jours est un film médiocre à pleurer qui entretient, sous des airs de légèreté et de passion, une culture du viol ambiante, qu’on pensait mieux identifiée et plus directement montrée du doigt depuis le mouvement planétaire #MeToo, les appels à agir d’actrices tels que Maria Schneider et Rose McGowan. Cette culture du viol s’immisce visiblement et ne cesse de poindre obstinément, sous sa forme la plus obscène et brutale, le bout de son nez. Le constat est d’autant plus dérangeant que ce film, cette sombre ode perverse à l’abus, est actuellement dans le Top 5 des tendances Netflix en France.

© Netflix

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