Rencontre avec MPL – « Pour nous, la nostalgie est un jeu »

© Xavier Lours

Après la sortie de leur disque transperçant L’Étoile, nous sommes allés discuter avec MPL, groupe complexe et consolatoire qui détonne sur la nouvelle scène française. Bricolages musicaux, nostalgie créatrice, quête de modernité : rencontre avec Cédric, chanteur du groupe.

L’histoire de MPL ne ressemble à aucune autre. C’est celle de cinq garçons dans le vent amoureux éperdus de la même femme au doux nom de Lucette. Puis la femme disparaît et ses amants forment Ma Pauvre Lucette, pour chanter leur peine, leurs souvenirs d’amour perdus, pour la faire exister encore à travers les mots et les chansons. En 2015, ils dévoilent une compilation MPL qu’ils feront vivre pendant des années sur des petites scènes. En concert, Ma Pauvre Lucette c’est une grande cérémonie théâtrale menée par un étrange gourou, un deuil collectif où nostalgie et chagrin se transforment en joie et résilience. Un groupe singulier sur lequel plane un beau mystère. Tout ça est-il vrai ? Nous mènent-ils en bateau ? Après tout, peu importe, les histoires qu’on se raconte ressemblent à la vie et la vie ressemble aux histoires. En février dernier, un mois après la sortie de leur second disque L’Étoile nous avons échangé avec Cédric, l’une des voix du groupe dans un café parisien d’Oberkampf. En ce temps là, les concerts battaient leurs pleins pour les garçons de MPL.

Bonjour MPL, comment ça va depuis la dernière fois qu’on s’est vus en interview (ndlr : novembre 2018) ?

Cédric : La dernière fois qu’on s’est vus, on avait encore nos boulots à côté, du coup on jouait et on se voyait sur nos temps de vacances et nos temps libres. Depuis tout ça, on va bien. Je sors d’un long tunnel musical de création d’albums. Le premier disque on l’a fait un peu en claquant des doigts, sans faire exprès. On se voyait le week-end, on faisait des chansons et on les a posées dans une compilation. Pour le nouvel album, on a tous fait de manière plus professionnelle. Tout a été très long. On a du trouvé des partenaires, préparer la tournée, bosser en résidence. Et là, on s’est lancés à corps perdus dans la tournée, on a fait une dizaine de dates qui se sont plutôt toutes très bien passées. Je suis encore un peu étourdi par ce tunnel et devant moi, je vois une dépression positive (rires) parce qu’on a toujours été en retard sur tout et là on a tout fait à temps, on n’a plus qu’à gérer les concerts, on n’a plus à courir après des choses. Cette nouvelle phase qui s’ouvre est très excitante !

Dans cet album, il me semble que vous allez mieux, je me trompe ?

Non tu ne te trompes pas. Je pense qu’on va mieux. Je ne sais pas si dans le premier album, on allait pas bien mais c’est ce qui est sorti, beaucoup de mélancolie, des histoires assez sombres et là on avait envie d’avoir quelque chose de plus lumineux parce que dans le fond, il n’y avait pas de raison d’être si triste. On a fait beaucoup de concerts entre les deux albums. Sur scène, on part de la nostalgie, du manque pour aller vers quelque chose de plus festif, voire un peu exutoire et ce côté là, on a vraiment voulu l’exploiter dans l’énergie de l’album.

Vous aviez déjà sorti un premier disque en 2015 MPL qui était plus une compilation de titres. L’Etoile, c’est un peu votre premier “vrai album“, qu’est ce qu’il représente pour vous ?

On s’est beaucoup posé la question pour savoir si on déclassait notre premier album en compilation et si on considérait que le nouvel album était le vrai premier. Mais après mûre réflexion, on s’est dit que l’Étoile était notre deuxième disque. C’est dur parce qu’on ne sait pas du tout où l’on va. Quand on a fait le premier, on pensait pas du tout faire de la musique de manière professionnelle. On s’est toujours répété qu’on ne savait pas où on allait, qu’on ne voulait pas s’engager. Avec cet album, on s’est dit qu’on partait pour un cycle : album et tournée. Pour l’instant c’est le truc le plus abouti qu’on a fait jusqu’à présent, c’est le fruit d’un travail et de discussions. Il est aujourd’hui tout ce qu’on voulait qu’il soit. Dans quelques années, on verra peut-être tout ce qu’il n’est pas (rires).

La nostalgie est au coeur du groupe. D’ailleurs l’album s’ouvre sur cette phrase qui résonne comme un épitaphe : “La nostalgie est la seule émotion véritable”. Vous êtes nostalgique de quoi vous ?

C’est bizarre parce que moi je suis vraiment d’une nature très joviale et positive. Mais ce qui me fait vibrer, ce qui me rend émotif c’est plutôt des choses sombres car c’est les musique que j’aime écouter, c’est ce qui sort quand je compose. Peut-être que je vais chercher ces émotions dans la musique parce que je les ai pas ailleurs.

D’ailleurs dans un de vos morceau, tu dis “on s’invente des drames pour se préparer au sérieux”, c’est un peu ça non ?

Oui, peut-être que j’écris des chansons tristes pour me préparer à la tristesse. Mais pour moi le second album, c’est un passage vers quelque chose de beaucoup plus lumineux. A la fin du disque, sur Jouir, on revient sur nos mots et on se dit que finalement, il n’y pas que la nostalgie dans la vie. On part de la nostalgie pour au final se dire que l’amour est la seule émotion véritable. Pour nous, la nostalgie est un jeu.

Le premier mot qui vient à l’esprit à l’écoute du disque quand on sort de vos concerts c’est “espoir“. Vous semblez revenir de loin et vous traversez les drames en chansons en gardant toujours l’espoir au creux des paumes.

Y’a pleins de gens qui viennent nous voir à la fin des concerts pour nous dire qu’en écoutant notre musique ils ont pu mieux comprendre et dépasser un deuil. Je pense que notre musique peut parler aux dépressifs.ives (rires).

Depuis vos débuts, vous avez toujours emmêlé les genres musicaux. Dans L’Etoile, vous vous tentez à de nouvelles sonorités plus électroniques, plus rap et vous avez même joué avec l’autotune. C’est important d’ancrer votre musique dans votre époque ?

Notre premier album était déjà très éclectique. On appartient à aucune famille musicale, on est pas des musiciens studio, on connaît pas beaucoup de monde du milieu du coup on a toujours voulu tester pleins de choses, jouer avec pleins de curseurs. Ca vient aussi du fait qu’on s’écoute pas mal, on arrive à écouter les désirs de tous. On se met très peu de barrières au niveau des champs musicaux. Inconsciemment, il y a forcément un truc d’époque, de chercher d’être à la mode ou pas. C’est quelque chose qu’on aborde rarement, parce qu’on est pas à l’aise avec ça. On l’a jamais pris frontalement mais il y a toujours quelque chose de suivre son époque avec la musique qu’on fait. On a une certaine liberté qui nous permet de ne pas rentrer dans une case.

Pour ce qui est de l’écriture des textes de l’album, ils sont toujours très littéraires, très recherchés, vous avez fonctionné comment pour les écrire ?

On s’est donné plusieurs mois où on était un peu chacun de notre côté. Le guitaristes avaient des idées de riff et des petits bout de textes, de refrains. Moi j’avais pleins d’idées de textes, dès que je trouvais une idée de morceau, j’essayais de trouver un champ lexical, quelques figures de style, quelques rimes pour commencer à avoir un concept de morceau. Puis je piochais un peu dans les mélodies de guitare, des phrases à eux qui me plaisaient bien pour essayer de mettre ça sur la musique. On en a fait une centaine de brouillons et on a fait une sélection. C’est une écriture très collective.

Vous êtes en pleine tournée en ce moment, qu’est ce que vous avez ressenti pour l’instant dans ces premières dates ?

Dans les concerts de grandes villes, on sent qu’il y a un nouveau public. Pour les nouveaux morceaux, on savait pas combien de temps il faudrait aux gens pour les adopter, au fur et à mesure des concerts on s’est rendus compte que le public chantait les chansons, ça fait vraiment plaisir. On sent qu’on passe à une échelle au dessus. On a fait un parcours énorme et on joue dans des salles de plus en plus grandes. Typiquement à Lyon, on jouait dans des salles de 80 places, 140 et puis 600.. C’est assez linéaire, on se prend pas une grosse claque mais on se dit qu’on a encore passé un cap. Odezenne, un groupe qu’on adore, sont aussi dans ce schéma là.

Ma Pauvre Lucette, c’est de la chanson mais c’est surtout de la scène. Qu’est ce que vous pourriez dire à quelqu’un pour l’inciter à venir voir une de vos une de vos cérémonies sur scène ?

Comme on est très loufoques, qu’on explore pleins de genres différents. Il y a plein d’éléments : l’urne, le gourou, la disparue, les musiciens. Dans tous les endroits où on peut classer les artistes, on a toujours un pied dans chaque discipline. Notre projet n’est pas pratique à définir car c’est complexe et c’est pas facile d’entrer pour des gens qui ne connaissent pas. Personne n’aime la complexité par défaut, c’est une fois que tu l’as appréhendé que tu es susceptible de l’aimer. Je crois qu’il faut venir voir pour découvrir. On vient de la chanson à textes mais on écoute aussi la pop d’aujourd’hui, on essaye de s’ouvrir à d’autres choses. On cherche une forme de modernité. Pour venir nous voir, il faut aimer les mots, la musique actuelle et avoir envie de voir un spectacle où s’emmêlent magie, psychanalyse et théâtre.

Qu’est ce que je peux vous souhaiter ?

De continuer, de pas s’arrêter là car on est encore au début de quelque chose, on commence à peine à comprendre ce qu’on fait, on est nus, on a encore beaucoup de choses à comprendre, à découvrir sur le comment du pourquoi on fait de la musique.

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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