LUNDI SÉRIE – « Ramy », être un musulman millenial aux États-Unis

Deux fois par mois, la rédaction se dédie entièrement au «  petit écran  » et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format vous permettra de retrouver vos séries fétiches… ou de découvrir des pépites. Aujourd’hui  : Ramy.

Une série américaine où les têtes d’affiches sont des personnes arabes et où la seule figure qui fait exception est le meilleur ami du personnage principal, qui est lui handicapé, n’est-ce pas là-même la définition d’une série atypique, si ce n’est révolutionnaire ? Du jamais vu dans l’histoire du cinéma outre-atlantique, et pourtant, Ramy Youssef signe avec Ramy une production hilarante, touchante, et qui casse pas mal d’idées préconçues sur la communauté musulmane.

A sa sortie en avril 2019 sur la plateforme Hulu, la saison 1 de Ramy crée une mini onde de choc aux Etats-Unis. Le New York Times la qualifie de « série calmement révolutionnaire », tandis que le Washington Post titre « Ramy est le parfait exemple de la façon dont une dramedy peut vous ouvrir au monde ». Rien que ça. Pour Ramy Youssef, que l’on connaissait pour son rôle secondaire dans Mr. Robot, c’est la consécration. Le Golden Globes du meilleur acteur dans une comédie qu’il remporte quelques mois plus tard ne vient que confirmer l’engouement général.

Mais qu’est-ce qui fait de Ramy une série si exceptionnelle ? Le fait qu’elle donne une voix à ceux et celles qui sont trop peu souvent représentés sur le petit écran. Et dans cette catégorie de non-visibilité, la communauté musulmane se classe parmi les premières du classement. Quand ils ne sont pas tout bonnement absents, ils sont dépeints comme des ennemis, des victimes ou jouent le rôle de terroristes. Une constatation que tout un chacun peut faire en soumettant aux questions du Riz Test une oeuvre cinématographique dans laquelle des personnes musulmanes apparaissent. Conçu sur le modèle du Bechdel Test (qui analyse la façon dont les oeuvres de fiction représentent les femmes), il vous faudra répondre des questions sur leur tempérament, leur lien avec le terrorisme et l’Occident, leur culture, et les relations entre les femmes et les hommes. Ramy Youssef, en signant la toute première comédie américaine mettant en scène une famille arabe, apporte un vent de fraîcheur à un paysage cinématographique trop réducteur.

Le – désormais – célèbre stand-upper ressemble à de nombreux égards à son double fictionnel. La vingtaine, d’origine égyptienne, il a grandi au New Jersey dans la peu nombreuse communauté arabo-américaine, qui comptabilisait en 2018 à peu moins de 3 670 000 membres selon le Arab American Institute, soit 1,13 % de la population états-unienne. Tout comme lui, son personnage tente de concilier sa vie de jeune millénial qui s’amuse et enchaîne les conquêtes sans lendemain avec sa foi islamique. Il s’efforce de trouver un équilibre entre la grande prière rituelle du vendredi à la mosquée et les soirées endiablées du vendredi soir. Cette quête l’emmènera jusqu’à son pays natal, le fera manger des fraises avec Oussama Ben Laden et le replongera dans ses souvenirs d’enfance.

HULU

Mais il n’y pas que l’histoire de Ramy que l’on suit. A travers le personnage de Dena, la série aborde sans exagération l’injustice que subissent de nombreuses filles, qui voient souvent leurs libertés plus limitées que celles de leurs frères au sein du foyer, ainsi que le sexisme ordinaire que les membres de leur famille leur font parfois subir. Ramy s’interroge aussi sur sa propre perception des femmes musulmanes, lui qui a du mal à concevoir qu’elles puissent accepter de coucher le premier soir. A travers ses parents, c’est l’histoire de l’expatriation et de l’émancipation qui est abordée. Les questionnements réalistes qui tourmentent le personnage, en lien avec son boulot, sa vie sentimentale ou sa foi, font de Ramy le portrait authentique d’un jeune homme qui essaie de trouver sa place dans le monde.

L’islamophobie et le racisme qui ont émergé dans la société américaine à l’issue du 11 septembre, l’éducation sexuelle, l’antisémitisme, la drogue, tous ces sujets sérieux mènent à des fous-rires à répétition chez le spectateur, sans cesse impressionné qu’on puisse traiter des thématiques aussi lourdes avec une telle finesse. Qu’on soit familier avec l’islam ou non, la série nous fait remettre en question nos préjugés et autres idées reçues. Nous évoluons au même rythme que le personnage principal, auquel il est très facile de s’identifier, grâce à sa candeur, sa maladresse et sa bienveillance teintée d’égoïsme.

La saison 2 sort dans quelques jours, et elle s’annonce prometteuse avec l’arrivée dans le casting de Mahershala Ali (Moonlight, True Detectives) dans le rôle de nouveau guide spirituel de notre héros. D’ici le 29 mai, il est encore temps de prendre quelques heures pour bingewatcher la première saison, disponible sur la version française de la plateforme Starzplay.

Sania Mahyou

Community Manager Instagram, rédactrice dans les rubriques Actu, Musique, Littérature et Cinéma, passionnée par la région MENA, les femmes et les luttes sociales

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