DISQUE CULTE – « Born To Run », l’odyssée de Bruce Springsteen

En 1975, Bruce Springsteen devient le Boss grâce à son troisième album, Born To Run, opus en forme de road-trip musical libérateur.

Confidentiel. Voilà comme l’on pourrait qualifier Bruce Springsteen, à la veille de la sortie de la première pièce maîtresse de sa discographie. Ses deux premiers opus, Greetings from Asbury Park, N.J. et The Wild, the Innocent and the E Street Shuffle, tous deux sortis en 1973, ne rencontrent pas un franc succès. Le natif de Long Branch, New Jersey, souffre de la comparaison avec le roi de l’époque, Bob Dylan. Certains critiques lui reprochent un certain mimétisme, et des textes parfois lourds et interminables. Mais Bruce Springsteen tourne, dans les clubs new-yorkais et ailleurs sur la côte est. En 1974, à la sortie d’un de ses concerts, le critique musical Jon Landau écrit : « j’ai vu l’avenir du rock’n’roll, il s’appelle Bruce Springsteen.  »

Energie rock

En 1975, le contrat de Bruce Springsteen avec la grande maison de disques Columbia est en passe de se terminer. Et il est temps d’agir. Les deux premiers albums se sont peu vendus, Columbia attend des résultats. Il fallait des tubes. Des tubes, il n’y a aura que ça sur Born To Run. Sûrement en partie grâce au nouvel entourage du chanteur. Le critique Jon Landau devient son manager, et co-produit ce troisième opus avec Mike Appel, à la baguette sur les deux premiers. Des baguettes, Bruce Springsteen en trouve de nouvelles en embauchant Max Weinberg, le batteur qui ne l’a depuis jamais quitté. Roy Bittan s’invite aux claviers, et voilà une toute nouvelle version du E Street Band, le groupe qui accompagne le Boss.

Bruce Springsteen l’a compris, il doit faire plus simple, plus efficace, plus rock. C’est le cas de la plupart des chansons de Born To Run. A commencer par la chanson titre, véritable hymne rock, une chanson faite pour le live, et pour les stades qu’il commence à remplir quelques années plus tard pour ne plus jamais s’arrêter. Guitares hurlantes et piano frénétique que l’on retrouve sur Night, ou sur Thunder Road et son harmonica. Tenth Avenue Freeze Out, qui dure parfois 15 minutes sur scène, pose un son typique du E Street Band, cette joie d’être ensemble, avec sa guitare funky et le saxophone de Clarence Clemons, qui traverse tout le disque. Enfin l’incroyable Jungleland conclue l’album, dans une composition dépouillée, explosive et jubilatoire. La jungle, c’est New-York, là-bas de l’autre côté, New-York avec sa lumière mais aussi ces dangers, un fantasme et une crainte en même temps.

Le droit d’être libre

Born To Run, né pour fuir. Tout est dans le titre. Ce disque est avant tout un vent de liberté. Gamin du New Jersey, face à la grande New-York, Bruce Springsteen rêve de fuir les rues de sa banlieue, au volant d’une voiture, au bras de sa bien-aimée. « Oh oh, come take my hand / We’re riding out tonight to case the promised land » (« viens prends ma main / On va rouler cette nuit pour atteindre la terre promise »), lance-t-il à sa petite amie dans Thunder Road. Prendre la route vers une terre promise dont on ignore encore tout, mais partir, juste partir, et se sentir libres. Rien d’étonnant, quand on connait l’amour du Boss pour le cinéma, et notamment les road-movies.

Même cri dans Born To Run. Bruce Springsteen parle de lui et de sa famille, de cette classe ouvrière qu’on ne voit pas, que l’on écoute pas, que l’on ignore. «  ‘Cause tramps like us, baby we were born to run » (« des clochards comme nous bébé, on est nés pour fuir »). Revendiquer ses origines modestes, mais aussi le droit de rêver, d’espérer, ne jamais se résigner. Ne pas s’interdire de souhaiter un avenir meilleur, même à l’arrachée. Car Born To Run n’est pas un album naïf : pas question de dire que le monde est rose et beau, non. Le monde est rude, injuste, hostile, Bruce Springsteen le sait, il l’expérimente, alors il l’écrit. Comme pour s’obliger à être toujours meilleur.

C’est le début de la gloire pour Bruce Springsteen. Avec Born To Run, le gamin du New Jersey se retrouve en Une des magazines Time et Newsweek, et caracole durant plusieurs semaines dans le top 10 du fameux classement Billboard. Un premier vers la légende qu’il est parvenu à devenir, et qui chante toujours la liberté avec la même force. L’album est culte dans l’histoire du rock, mais aussi dans celle du Boss, car ces huit titres sont autant de tubes que les fans chantent à gorge déployée dans les concerts toujours aussi rock de Bruce Springsteen.

Kevin Dufreche

A l'écrit, et en podcast : Musique en bref !

1 commentaire
  1. J’ai découvert Bruce avec ce disque en 1979-1980. Il ne m’a jamais quitté depuis et il ne m’a jamais déçu non plus, fidèle à ses origines et à ses fans. Ce dique a été pour moi une révélation : thunder road, backsteets, jungleland, que des chansons épiques, rien à jeter et à rajouter…

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