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« Westworld » (saison 3) – L’humain et ses codes

© HBO

Premier bilan de mi-saison pour la saison 3 de Westworld qui, sous ses allures cyberpunk, reste fidèle à ses motivations thématiques et scénaristiques en rapprochant davantage son étude comportemental sur le plan de l’humain.

Cet article contient des spoilers sur l’intrigue de la saison 3 de Westworld.

S’il fallait résumer Westworld et ses deux premières saisons sur le mode du soulèvement des machines, nous n’aurions pas tout à fait tort, mais nous en manquerions le contrechamp. Outre sa réalisation spectaculaire et ses rebondissements, la série de Jonathan Nolan et Lisa Joy a toujours réussi à greffer son scénario et son approche mentale sur une étude du comportement humain et artificiel qui pose la question d’une hiérarchie entre les espèces, et par conséquent d’une lutte entre elles. C’est cette forme de patience dans l’écriture qui, pour l’instant, forme la substance première de cette saison 3. Et maintenant que Dolores et ses cinq perles ont atteint le monde réel (fin de saison 2), nous pouvons en déduire que l’humain est au centre des préoccupations de la série, car désormais confrontée, dans son propre monde, à l’intelligence artificielle des hôtes. Comment rejoindre l’humanité en rejoignant son monde  ?  

L’une des réponses serait bien le soulèvement, mais Dolores opte, au moment où nous arrivons à cette mi-saison, pour une revanche douce-amère, à l’opposé de la violence sanguinolente qu’elle perpétrait dans la saison 2. Elle cherche l’humanité cachée dans ce monde, pour mieux rendre compte de sa détresse : ses pulsions, ses secrets, son désir du contrôle et de la surveillance. Comme en témoigne la formidable scène d’ouverture du premier épisode, Dolores se veut à la fois comme l’ennemi et le salut d’une humanité qui, malgré son inventivité technologique (dont Dolores est le résultat) est en pleine perdition. La série semble désormais aller plus loin que son manichéisme traduit par la rencontre entre des machines et leurs créateurs, car au-delà de remettre l’humanité sur la table d’opération pour mieux la disséquer, il est aussi question de substituer les espèces, voire même de les croiser dans leurs corps respectifs  : et c’est surtout en cela que Westworld se rapproche de l’humain.

Charlotte Hale, nouvelle hôte (© HBO)

Nouvelle hybridation

La meilleure traduction de cette idée est la notion de «  l’hôte  ». Cette appellation était jusqu’à présent réservée aux machines du parc à thème, mais il prend désormais tout son sens quand Dolores, via les perles qu’elle a ramenées de Westworld, décide de copier sa propre âme – ou son propre code, on ne sait plus trop – dans les corps humains qu’elle a tué jusqu’à présent. Trois perles sur cinq sont pour l’instant identifiées, et parmi elles nous retrouvons comme à la fin de la saison 2 le corps de Charlotte Hale, jouée par Tessa Thompson. La personnalité complexe de ce personnage, que l’on a eu le temps d’étudier dans les saisons précédentes, semble ne pas être totalement effacée de son corps, provoquant alors un trouble du comportement, justifié entre autres par des mutilations sur sa peau. Le superbe épisode 3 qui lui est consacré montre ô combien l’identité du corps peut rejoindre l’identité de l’âme  : fable troublante d’une humanité qui ne pourrait pas s’effacer par raison d’être (on découvre que Charlotte avait un enfant, qu’elle essayait d’être une bonne mère pour lui  ; ses dernières volontés lui sont d’ailleurs adressées).

Dans le cas de Charlotte, Westworld semble avoir pour intention de constituer son univers sur le mode de la ressemblance  : aspect tout à fait nébuleux qui, en plus de renforcer le mystère, est une constituante du meilleur des mondes possibles. C’est-à-dire que Charlotte, à l’instant où elle se met à douter de son identité, peut choisir via son libre-arbitre de suivre les directives de Dolores ou de mieux comprendre pourquoi l’âme qui la précédait cherche à sortir de son corps, la première option formulant aussi bien d’avantages que d’inconvénients que la seconde. Autre paramètre, l’hybridation présupposée par ce corps humain habité par une âme artificielle pourrait soutenir le meilleur des mondes, car Dolores pense ici substituer l’idée de bien (les hôtes, son espèce) avec l’idée du mal (l’humanité). Or la stratégie d’omniscience de Dolores va à l’encontre de l’idée du meilleur des mondes  : va-t-elle droit dans le mur en se prenant non pas pour un Dieu, mais pour des dieux  ?

Caleb, nouveau partenaire (© HBO)

Psychologie

L’épisode 3 de cette nouvelle saison nous a donc convaincu d’une chose  : dans la lignée de son étude de l’humain, la série semble poser la question de la psychologie, et plus précisément de la scyzophrénie et de la bipolarité. Avec le personnage de Charlotte nous pensons évidemment à William aka L’Homme en Noir, sujet à des hallucinations et qui ne cesse de se demander qui il est (superbe dernière scène de l’épisode 4). Il y a le duo Bernard-Stubbs : ils ne cessent chacun de leur coté de se freezer pour uploader des nouvelles directives ou même s’interroger eux-mêmes. Et nous pouvons aussi y inclure Caleb, le principal nouveau venu de la saga, interprété par Aaron Paul, dont le traumatisme de son enfance est exploité par Dolores pour lui faire comprendre qu’il vit dans une copie du vrai monde (nous y reviendrons). Caleb rend aussi visite à sa mère, victime de scyzophrénie, et nous le découvrons en plein traitement psychologique lui permettant de parler avec un ami défunt. C’est d’ailleurs en creusant l’identité et le comportement de Caleb que Dolores parvient à lui faire comprendre qu’elle et lui sont «  les mêmes  », de par la rage et le traumatisme vécus dans leurs vies respectives.  

La stratégie de Dolores est ici tout indiquée  : se rapprocher de l’humain nécessite donc une étude de son comportement. Dans l’épisode 4, Dolores exprime des raisons qui lui permet à la fois de se «  fondre dans la masse  » et de «  les voler facilement  ». Elle exploite chaque constituante du code humain, manipulant par la même occasion un certain Liam Dempsey, investisseur dans une société qui lui donne accès à une machine nommée Rehoboam, qui dicte le futur de l’humanité (comme les humains écrivaient des scénarios pour les hôtes dans le parc). On constate à plus d’un titre un renversement total des perspectives de la série  : si la révolution a lieu, elle se trouve dans cette approche de la série sur cette humanité qui, jadis manipulatrice, se fait désormais manipuler.

Vincent Cassel, nouveau boss (© HBO)

Quelle(s) simulation(s) ?

L’exploration du comportement humain dans cette nouvelle saison était déjà effleurée par la visite de Dolores et Bernard dans la Forge, à la toute fin de la saison 2, où se trouvait une vaste bibliothèque répertoriant le «  code  » de chaque visiteur humain du parc. Et dans cette même Forge, un monde virtuel caché, Westworld donnait aussi l’impression de s’intéresser aux outres-mondes, qualifiés officiellement de «  simulation  » dans l’épisode 2 où nous retrouvions Maeve prisonnière d’une simulation du parc à thème consacré à la Seconde Guerre mondiale. Simulation créée par un certain Engerraund Serrac, nouveau personnage multimilliardaire joué par Vincent Cassel, créateur de la machine Rehoboam, et dont le rôle est encore flou à mi-saison. Nous savons juste qu’il veut utiliser Maeve pour stopper l’invasion orchestré par Dolores mais aussi, pour des raisons totalement obscures, retrouver le Sublime, autre monde virtuel qui abrite les consciences des hôtes.

Il ne serait pas étonnant que la théorie de la simulation, soutenue par les fans et les forums de discussion avant même que la saison 3 ne commence, joue un rôle prédominant dans les épisodes à venir, tant la perception du scénario et des motivations de chacun est pour l’instant invisible. Surtout vis-à-vis de Rehoboam, dont la raison d’être, hormis sa faculté à créer des trajectoires de vie, et donc de doubler la réalité, reste encore à l’état de mystère. Mais cette ambiance cyberpunk paranoïaque à la Matrix, qui se substitue parfaitement à la complexité et la densité de série, ne peut qu’engendrer de nouveaux mondes, ou en tout cas de nouveaux meilleurs mondes possibles. Mais la question qui domine est celle-ci  : seront-ils pour les humains, les hôtes, ou les deux  ?

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