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(Re)Voir – « Bagdad Café » , Préjugés et amitiés

Copyright Tamasa Distribution

En cette période particulière, la rédaction de Maze revient sur des classiques à voir ou revoir sur les plateformes VOD. Ici, Bagdad Café, film américano-allemand, réalisé par Percy Adlon.

Bagdad Café est une comédie dramatique réalisée par le réalisateur allemand Percy Adlon et sortie en 1987. La fantaisie du long métrage a été récompensée, le film a reçu le Prix du film allemand pour le meilleur film et le César du meilleur film étranger. Il est finalement considéré comme un film culte, notamment par son lieu de tournage : le célèbre Bagdad Café sur la route 66 en Californie.

Le film met en scène la rencontre entre deux femmes que tout semble opposer. Jasmin est une touriste allemande, douce, appliquée et réservée ; Brenda, quant à elle, est une américaine, excédée, aigrie, fatiguée et propriétaire du Bagdad Café. Les deux forts caractères des femmes s’expriment au début du film, séparément, contre leur mari. C’est en silence que Jasmin va quitter son mari colérique et se perdre au milieu du désert jusqu’à arriver au Bagdad Café, hôtel où elle logera. Le mari de Brenda est l’archétype du fainéant irresponsable, les cris de sa femme le pousseront à s’en aller, la laissant seule avec ses deux enfants adolescents, un bébé et son Café.

La comédie dramatique est un huis clos très particulier se déroulant au Bagdad Café. C’est un motel poussiéreux situé loin de Las Vegas au bord de la célèbre route 66. Il est le refuge de personnages marginaux tels qu’un serveur amérindien, Rudy Cox, un ancien peintre décorateur d’Hollywood, une tatoueuse misanthrope et un campeur lanceur de boomerang. Ce trou sinistre nécessite un grand coup de ménage, que la bienveillante Jasmin jouée par Marianne Sägebrecht, donnera. Elle reçoit alors les foudres de Brenda, rôle de Carol Christine Hilaria Pounder.

Deux femmes antagonistes

Les deux personnages principaux sont de deux cultures différentes, fossé social dont le café est le symbole : l’allemande l’aime très fort, les américains préfèrent le diluer avec de l’eau. Elles sont aussi très différentes physiquement : Brenda est noire, sèche et négligée face à Jasmin qui est blanche, ronde et impeccablement habillée et coiffée. Elles s’opposent aussi au niveau du caractère, l’allemande est discrète et douce. Elle essaie de s’adapter et se faire aimer auprès des personnages étrangers qu’elle rencontre. Le symbole de cette tentative de sociabilisation est bien le ménage qu’elle effectue au sein du Bagdad Café, lieu sale et miséreux. Elle est confrontée à Brenda, énervée, triste et épuisée qui, au début, pleine de préjugés, refuse la présence incongrue de la cliente dans son motel. Elle se sent menacée.

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Le spectateur suit les deux protagonistes dans la progression de leur personnalité. Brenda grâce à l’amitié qu’elle va nouer avec Jasmin tout au long du film va s’ouvrir aux nouvelles idées de son amie. Elle rayonne de plus en plus et le spectateur découvre la beauté qu’elle cachait derrière ses cris incessants. Jasmin va se détacher les cheveux, se libérer de ses vêtements serrés. Elle va par ailleurs nouer un lien particulier avec l’original Rudy Cox qui la peindra dans sa caravane ; petit à petit la bavaroise se découvrira de ses tenues très académiques pour faire exprimer sa féminité.

Des silences et de l’art

Les dialogues sont moindres, l’intrigue n’est pas, il n’y a que très peu de mouvements, les seuls allers-retours étant ceux de la fille de Brenda qui vit sa vie d’adolescente ou ceux du boomerang du campeur d’à côté. La lenteur du film est intensifiée par la chanson de Bob Telson enregistrée par Jeveta Steele, Calling You, musique Soul qui doit son titre à l’appel que Jasmin offre à son amie Brenda à la fin du film.

Les actions se déroulent entre le restaurant et le motel du Bagdad Café. La lenteur et l’étendue du film sont entrecoupées des cris de Brenda contre sa fille, contre son fils et ses allers-retours à toute vitesse entre le restaurant et le motel les pieds dans le sable. Le long métrage qui paraît tourner en rond laisse de plus en plus de place à la nouvelle cliente qui nettoie le lieu, se rapproche de la famille de Brenda et des habitués. Elle apporte tendresse et légèreté.

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Les silences du film permettent aussi de mettre en lumière l’art qui se cache en chacun de ces étranges personnages. Des scènes artistiques émergent et par leur silence deviennent sensuelles et d’une beauté intense. Jasmin est la première personne a écouter la musique du fils de Brenda, fan de Bach, qui lui dédie toute une mélodie qui envoute la bavaroise et nous, spectateurs. Aussi, elle devient la muse de Rudy Cox qui peint plusieurs tableaux d’elle.

Un environnement burlesque

Dès le début du film, le spectateur tombe dans un environnement complètement burlesque. Les couleurs sont chaudes assorties à la poussière du désert. Le spectateur est enfermé dans l’atmosphère orangée que nous propose Percy Adlon et ne peut en sortir. Les scènes se déroulent dans un huis clos absurde au milieu de nulle part, le Bagdad Café : un café qui ne sert pas de café. Les habitués sont tous plus originaux les uns que les autres. Le mari de Brenda, est caché et observe sa femme et sa gestion du motel avec des jumelles. Rudy Cox tente plus ou moins subtilement de se rapprocher de l’étrangère. Brenda, grossière, menace ses clients avec un fusil.

Les vêtements jouent un rôle très particulier. Jasmin se trompe de valise et part avec celle de son mari. Sa chambre est tapissée de vêtements d’homme. C’est pour cette raison bien précise que Brenda est à deux doigts de l’expulser de son motel, alors qu’elle est sa seule véritable cliente.

C’est dans cette même valise que Jasmin trouvera « Magic », une boite de magie. L’ambiance du Bagdad Café se transforme et la fantaisie du film est alors complètement assumée.

Bagdad Café Bande-annonce VO

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