« The Art of Metal », odyssée hurlante

Illustration : C. Bousquet. Photographie : C. Bousquet.

Les youtubeurs ALT 236 et Maxwell décryptent pour notre grand plaisir l’iconographie complexe des pochettes d’albums de métal à travers un sublime documentaire : « The Art of Metal ». Une collaboration réussie qui allie littérature, esthétique, musique, histoire de l’art, actualité et évidemment passion. Que demander de plus ? Si ce n’est encore.

Après nous avoir fait (re)découvrir sous un angle étonnant Rosinski, Jodorowsky, ou encore Berserk ; après avoir émis des critiques avisées sur les tendances et décadences du phénomène métal, ALT 236 et Maxwell allient leurs forces dans un audacieux projet : retracer l’histoire de la pochette d’album de métal. Mettant ainsi en lumière l’étendue qui se cache derrière une image à tiroir, que celle-ci résume visuellement un univers auditif singulier ou ne dévoile qu’une infime part d’un monde insoupçonné que l’expérience d’écoute fait entrevoir. Une illustration silencieuse mais qui donne le ton par sa puissance et la marque que laisse son souvenir selon les réalisateurs de « The Art of Metal ».

ALT 236 et Maxwell envisagent l’art du métal par les milles tendances et allusions culturelles sollicitées sur la pochette d’album. Ils portent leur attention sur l’influence de l’imagerie psychédélique, d’heroic fantasy, post-apocalyptique, futuriste, horrifique ou encore de science-fiction, notamment développée à travers la revue culte Métal Hurlant. Ils confrontent l’image-métal aux multiples référents historiques qu’elle (re)met en scène (de l’Égypte antique à la Seconde Guerre Mondiale). Tout comme aux mythologies issues de la littérature, de la bande-dessinée, du cinéma ou du jeu vidéo qu’elle révolutionne (chevaliers du cycle arthurien, fresques magiques de Tolkien, psychopathes sanguinaires des slasher des années 80) autant qu’elle créée (l’iconique mascotte cadavérique Eddie de Iron Maiden).

Les auteurs du documentaire mettent ainsi en évidence les choix de style (kitsch, trash, body horror) et de couleur (néon, noir et blanc à la Marylin Manson, pastel à la Flower Power) réalisés par un artiste pour petit à petit esquisser l’identité musicale d’un album, d’un groupe, d’un genre. Oscillant entre politiquement incorrect décomplexé et poésie mélancolique et douce d’un autre âge, les couvertures de CDs et vinyles s’improvisent tantôt pièce de musée classique sur carré de carton, tantôt pochette destroy arborant une blague potache et un « Parental Advisory » en travers de son emballage. 

Outre illustrer leur propos avec des pochettes d’albums, les réalisateurs mettent en scène en pointillé la découverte nocturne d’un lieu atypique, reproduisant la plongée progressive du spectateur dans un univers underground méconnu. Le tout animé par une B.O. électronique spatiale eighties signée ALT 236 et AL9000 (album LEVIATHAN) qui évoque les compositions du maître de l’horreur John Carpenter. Une belle atmosphère musicale spectrale qui nous fait aussi apprécier les EPs cryptiques et grondants fraîchement sortis de Maxwell (Bataille – album The Warmonger). 

Le duo ALT 236 et Maxwell nous offre un documentaire définitivement de qualité qui témoigne des innombrables facettes de l’identité musicale métal par sa diversité visuelle. Un bel exploit inspiré et inspirant et qui, pour ne rien gâcher, est accessible sur Youtube. A conseiller aux amateurs de deathcore, heavy metal et autres joyeusetés musicales jubilatoires, tout comme aux curieux en quête de sujets alternatifs délaissés par la sphère artistique.  

Illustration : C. Bousquet. Photographie : C. Bousquet.
Illustration : C. Bousquet. Photographie : C. Bousquet.
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