CINÉMA

« Les Sorcières à Hollywood » – Allégorie féministe

© Sony

Diffusé ce dimanche 12 avril sur la chaîne OCS Geants à 22h20, Les Sorcières à Hollywood retrace l’évolution de la représentation des sorcières dans le cinéma hollywoodien. Un documentaire de Sophie Peyrard sur ce symbole de la puissance et de l’émancipation des femmes produit par Clara et Julia Kuperberg.

Vieilles, laides et diaboliques ou femmes fatales castratrices ; souvent utilisées par les hommes pour réprimer la liberté des femmes à disposer d’elle-mêmes, les sorcières sont devenues un symbole de lutte contre le patriarcat. Brûlées au Moyen-Âge, elles sont aujourd’hui entourées d’une hype féministe. Le cinéma et notamment Hollywood ont participé à l’évolution de l’image de ce personnage d’Halloween, présent dans l’imaginaire commun de toutes les cultures depuis la nuit des temps.

Si la figure mythologique de la sorcière existe donc depuis toujours, elle a très vite été exploitée par l’art dans la littérature, le théâtre ou des représentations iconographiques mais le plus souvent associée à une image de femme vicieuse intimement liée à Satan. Quand Hollywood commence à s’emparer du personnage, c’est d’abord et uniquement sous les traits d’une vieille et laide femme en robe noire sur un balai volant.

© Disney

Le documentaire de Sophie Peyrard et ses intervenantes, la critique de cinéma, Peg Aloi et les autrices Heather Green, Pam Grossman , Kristen Sollee et Dianca London Potts nous expliquent que tout change avec l’ambiguïté d’une sorcière aux deux visages, celle du dessin-animé Blanche Neige de Walt Disney en 1938. La célèbre méchante belle-mère est à elle seule deux facettes de la femme, deux visions pour lesquelles la femme est critiquée voire punie et n’est pas à la place que les hommes lui donnent. Celle qui s’observe dans son « miroir, (son) beau miroir » est sexy, indépendante et veut conserver sa beauté indéfiniment, physiquement elle a été inspirée par les femmes fatales de l’époque. L’autre est laide, vieille et incarnation du mal.

De cette image, la conception cinématographique de la sorcière évoluera tout au long du XXè siècle et du début du XXIè en fonction de l’émancipation et la place de la femme dans la société et les films choisis par la réalisatrice sont représentatifs de ces changements. Le manichéisme judéo-chrétien du Magicien d’Oz de Victor Fleming (1946) montre deux sorcières l’une gentille et belle, l’autre méchante et hideuse. Dans Ma femme est une sorcière de René Clair (1944), le personnage incarnée par la glamour Veronica Lake doit mettre de côté son pouvoir si elle veut tomber amoureuse et doit choisir entre finalement l’indépendance ou le mariage.

Vingt ans après, pendant les Trente Glorieuse, période où la femme doit être une parfaite petite ménagère et s’occuper de son mari et ses enfants, la série télévisée Ma Sorcière bien-aimée s’en moque avec une certaine ironie puisque Samantha ne peut assumer ce rôle sans assumer d’être elle-même avec ses pouvoirs.

Ma sorcire bien aimŽe Bewitched 1964 Serie TV Elizabeth Montgomery Dick York ©DR

Les Sorcières à Hollywood s’intéresse au parallèle entre l’émancipation des femmes qui descendent dans les rues, réclament égalité, pilule et liberté de disposer de leur corps. Le cinéma hollywoodien est marqué par la fin du code Hays, et la sorcellerie s’empare des films d’horreurs et de la pornographie. La Carry de Brian de Palma (1976) première sorcière adolescente, acquiert ses pouvoirs en même temps que ses règles et la possibilité d’une sexualité féminine.

Par un large choix d’oeuvres cinématographiques, et des analyses très justes des intervenantes, le mythe pop culture de la sorcière telle qu’elle est aujourd’hui, ce symbole du pouvoir et du féminisme, apparait. Si Season of the witch de George A. Romero en donnait un aperçu en 1972, la sororité et la pratique de rites vont être mis en valeur dans les années 1980 et 1990 par le blokbuster Les Sorcière d’Eastwick (1987) de George Miller, le teenage movie The Craft (1996) et les séries télévisées très populaires et aux nombreuses saisons : Sabrina l’apprenti sorcière, Charmed et Buffy contre les vampires.

Harry Potter et l’Ordre du Phenix Harry Potter and the Order of the Phoenix 2007 Real : David Yates Emma Watson © DR

Les années 2000 vont faire apparaitre deux nouvelles images de la sorcière, l’idole de toute une génération, Hermione Granger, jeune fille de la saga Harry Potter de J.K Rowling, va faire de la sorcellerie une pratique exigeante que son personnage étudie avec beaucoup de sérieux et d’intelligence. Mais la relecture de la sorcière de la Belle au bois dormant en 2014, par le film Disney Maléfique de Robert Stromberg, va moderniser son image en en faisant une femme violée et traumatisée, transformée par la vengeance.

Les sorcières resteront alors jamais l’incarnation de la femme telle qu’elle est vue, à la place que la société lui donne, terrifiante pour ceux qui la méprisent, puissante et indépendante pour elle-même, symbole du féminisme contre cette société patriarcale.

Un documentaire fascinant à voir ce dimanche 12 avril en deuxième partie de soirée (22h20) sur la chaîne OCS Geants après la diffusion d’un des films évoqués Une adorable voisine de Richard Quine (1958) avec Kim Novak, James Stewart et Jack Lemmon. Kim Novak y interprète une sorcière moderne, tombée sous le charme de son voisin et souhaitant se défaire de ses pouvoirs pour être une femme « normale » dont il pourrait tomber amoureux.

Les Sorcières à Hollywood de Sophie Peyrard, produit par Julia et Clara Kuperberg (Wichita Films, This is Orson Welles, Et la femme créa Hollywood …) avec la participation de OCS et Kali Pictures.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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