« James Tissot, l’étoffe d’un peintre », le très beau documentaire d’Arte

© James Tissot, Jeune Femme en bateau, 1870, collection privée / James Tissot

A compter du 24 mars, le Musée d’Orsay devait accueillir une rétrospective consacrée au plus anglophile des peintres français, James Tissot (James Tissot, l’ambigu moderne). Confinement oblige, l’exposition n’aura pas lieu mais la chaîne Arte a maintenu la diffusion du documentaire qui devait l’accompagner James Tissot, l’étoffe d’un peintre. Une séance de rattrapage certes, mais d’une exceptionnelle qualité.

Dans ce documentaire, la réalisatrice Pascale Bouhenic nous embarque dans la vie de James, né Jaques-Joseph Tissot à Nantes en 1836 d’un père marchand de tissus et d’une mère modiste. Une destinée de «  peintre des étoffes  » qui semble déjà presque toute tracée en somme. Doué pour le dessin, le jeune Jacques-Joseph monte à Paris où il change son prénom, qui évoque bien trop la bourgeoisie catholique de province, en James, bien plus moderne et international. Un quasi manifeste de sa vie à venir.

L’ambition

Ami de Degas et de quelques impressionnistes, James Tissot va, à leur différence, complètement s’épanouir dans le «  système  » de l’époque. Il embrassera toutes les tocades du moment, de l’anglophilie au japonisme. Faisant siennes certaines techniques modernes mais refusant presque de verser dans l’avant-garde , il met son talent au service de son ambition dans le grand monde et réalise nombre de portraits de la grande bourgeoisie de l’époque dont un des plus beaux exemples demeure Le cercle de la rue Royale dans lequel apparait tout le nec plus ultra du Paris de l’époque en matière de jeunes hommes bien nés (et bien mis). 

Le cercle de la rue royale de James Tissot © Musée d’Orsay, dist.RMN / Patrice Schmidt

Ces portraits vont lui donner l’occasion d’exprimer ce qu’il sait peut être faire de mieux : peindre les toilettes et leurs étoffes avec leur moindre plis, reflets, boutons et froufrous. Rendre les textures, les poses alanguies et les moues boudeuses évidemment mais aussi l’air du temps. Résumer Tissot à un peintre des élégances serait plus que réducteur. Les commentaires et explications aussi intelligents que rafraichissants de Paul Perrin et Marine Kiesel, conservateurs au Musée d’Orsay ainsi que de Cyrille Sciama, directeur général du Musée des impressionnistes de Giverny le font très bien comprendre. L’œuvre de Tissot contient aussi un commentaire social, terriblement ironique, sur son époque, que ce soit de la bourgeoisie parisienne parvenue ou de la haute société anglaise parfois interlope qu’il fréquente durant son exil anglais après la Commune en 1871. 

L’ambitieuse de James Tissot

L’ambiguïté

Tissot et son œuvre son indéniablement plus complexe qu’il n’y parait. Le peintre réalisera de nombreux tableaux de femmes, respectables ou demi-cocottes, beaucoup de portraits aussi de son grand amour anglais Kathleen Newton, une divorcée mère de deux enfants avec qui il vivra en concubinage. C’est un bon vivant qui aime le luxe et chez qui le champagne coule à flots. Mais à son retour en France, il s’attellera également à une illustration monumentale de la Bible et réalisera dans sa vie trois pèlerinages en terre sainte, renouant ainsi pleinement avec son éducation catholique.

En 52 minutes, ce beau documentaire parvient à dépasser les apparences et à révéler toute l’ampleur du talent de James Tissot. Un vrai régal dont le seul défaut et de faire profondément regretter l’impossibilité d’admirer ces tableaux en personne dans l’écrin d’Orsay. 

James Tissot, l’étoffe d’un peintre de Pascale Bouhenic. Disponible sur arte.tv jusqu’au 3 juin 2020. Durée : 52 min. 

Chloë Braz-Vieira

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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