Super Tuesday : Biden en phénix, Sanders touché mais pas coulé

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Point culminant de primaires démocrates vraiment pas comme les autres, le Super Tuesday a définitivement clarifié le jeu, et l’affrontement entre Joe Biden et Bernie Sanders. Fiasco pour Elizabeth Warren et Michael Bloomberg, très loin derrière.

C’est à chaque élection la même histoire. Les premiers caucus et primaires comme dans l’Iowa et le New Hampshire ne sont qu’un échauffement, une mise en bouche. Le vrai rendez-vous, c’est début mars, le Super Tuesday : 14 Etats plus les Samoa américaines votent chez les démocrates cette année, plus de 1300 délégués en jeu, de quoi dégager une tendance, et pourquoi pas un vainqueur. Si aucun des deux favoris ne prend le large, la stratégie de rassemblement des centristes autour de Joe Biden semble porter ses fruits.

Avantage Biden

Complètement dans les choux il y a encore une semaine, devancé chez les centristes par le jeune Pete Buttigieg, troisième seulement en Iowa, Joe Biden renait de ses cendres grâce à ce Super Tuesday. Une renaissance entamée le 29 février : large victoire en Caroline du Sud, avec près de 50 % des voix et 40 délégués sur 54. Un succès grâce à sa popularité auprès de l’électorat afro-américain, confirmée lors de ce Super Tuesday : l’ancien vice-président de Barack Obama remporte largement les Etats du sud, Virginie, Alabama ou encore Tennessee. En tout, Joe Biden gagne dans dix Etats, dont le Texas, très pourvu en délégués (228). « C’est une belle soirée », a lâché Biden lors de son discours du soir, porteur d’une énergie qu’on lui avait encore rarement vu depuis le début de la campagne.

Sans oublier de dire que trois candidats dits modérés, se sont retirés ce dernier jour, pour se ranger derrière Joe Biden, Amy Klobuchar, Tom Steyer, et surtout la surprise Pete Buttigieg, qui a réuni à peine 10 % des voix en Caroline du sud, ce qui l’a poussé à suspendre sa campagne, pour « rassembler le parti », dit-il. Comprenez, pour éviter Bernie Sanders.

Sanders résiste (et prouve qu’il existe)

Parce que plus encore qu’en 2016, le sénateur « democrat-socialist » du Vermont fait peur à l’état-major démocrate, traditionnellement modéré, pour qui il est impossible de battre Donald Trump avec un candidat trop à gauche. Après avoir frôlé la victoire en Iowa, Bernie Sanders l’a emporté dans le New Hampshire puis dans le Nevada où il avait perdu face à Hillary Clinton en 2016, de quoi donner espoir et dynamique au candidat progressiste et à ses partisans. Mais son manque de popularité au près de l’électorat noir, déjà constaté il y a quatre ans, n’a pas changé. Alors si on ajoute cette donnée au « tout sauf Sanders » organisé par l’establishment du parti, difficile pour Bernie de performer durant le Super Tuesday.

Vainqueur chez lui au Vermont mais avec bien moins de voix qu’en 2016, Bernie Sanders l’emporte aussi dans l’Utah et au Colorado. La meilleure nouvelle de la soirée pour lui, c’est qu’il mène en Californie où 415 délégués sont en jeu. Une victoire qui lui permet de rester dans la course. Déception en revanche au Texas, où il était très attendu. Encore une fois, Bernie Sanders montre sa forte popularité auprès des jeunes. Selon des sondages sortis des urnes, près de trois quarts des 18-30 ans ont voté pour lui en Californie. « Je peux vous dire ce soir avec une grande confiance que nous allons remporté la nomination démocrate, et que nous battrons le président le plus dangereux de l’histoire des Etats-Unis », s’est tout de même félicité Bernie Sanders.

Il faut encore attendre les décomptes définitifs partout, mais selon les projections, Joe Biden pourrait sortir de cette journée de scrutins avec une centaine de délégués d’avance sur Bernie Sanders.

Warren et Bloomberg au tapis

Favorite avec Joe Biden au début de la campagne, Elizabeth Warren n’a pas connu la même fortune que son adversaire centriste. Aucun Etat remporté, elle a même été humiliée dans son propre état, le Massachusetts dont elle est sénatrice, où elle termine troisième. Même si elle fait plutôt partie de l’aile gauche du parti, pas sûr qu’elle se retire au profit de Bernie Sanders, avec qui elle s’est beaucoup écharpée ces dernières semaines.

Enfin le pari perdu de cette soirée, c’est celui de Michael Bloomberg. Le milliardaire a été le dernier à se lancer dans la course, et a dépensé un milliard de dollars en publicité sur sa fortune personnelle. N’ayant pas participé aux primaires et caucus des quatre premiers états, Bloomberg comptait beaucoup sur ce Super Tuesday. Raté, puisqu’il ne l’emporte nulle part, à part… aux Samoa américaines, dotées de six délégués seulement. L’ancien maire de New-York va désormais se poser sérieusement la question de continuer ou non l’aventure.

Estimations New York Times à 10h (GMT+1)

Kevin Dufreche

A l'écrit, et en podcast : Musique en bref !

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