Rencontre avec Tomasi : « Le rap fragile c’est celui qui montre ses failles et qui n’a pas peur »

© Hugo Pillard

Entre rap sensible et chanson, Tomasi avance dans la brume de son quotidien. Il dévoilait en octobre dernier son EP Somnambule, anti-chambre d’un projet hybride et sincère emmêlant auto-dérision et mélancolie. Il nous a accueilli dans son vaste appartement pour parler sensibilité, partage et liberté artistique. Rencontre.

“La seule réponse c’est pas de question”, une phrase qui résonne comme un mantra après l’écoute du premier EP de Tomasi Somnambule, pourtant le jeune chanteur parisien a plus d’une réponse dans les poches de son peignoir. Voilà une dizaine d’années que Greg Gomez aka Tomasi noircit les feuilles de papiers de chansons. Après plusieurs groupes de jeunesse entre copains et quelques morceaux dont le dytique Monument, il dévoile son mini-disque Somambule pour mettre des mots sur sa routine coincée entre flemme, mélancolie et amusements. En brisant les codes du rap classique, il construit un univers poétique et touchant où il dévoile toutes les facettes de sa personnalité. A l’occasion de sa cinquième soirée Kimono qui se déroulera le 6 mars prochain au Pop-Up Du Label , nous l’avons rejoint dans son antre près de Gare d’Austerlitz. Vêtu de son fidèle peignoir rouge, il s’est confié à nous de bon matin. Rencontre avec un somnambule éclairé pour qui la musique est avant tout une affaire de partage.

Il y a un story-telling assez prononcé dans ton projet où pas mal de garçons peuvent se reconnaître. L’histoire d’un mec enfermé dans sa chambre qui contemple le monde à sa fenêtre sans en prendre vraiment part. A quel point le projet Tomasi est-il autobiographique ?

Il me ressemble beaucoup et en même temps il ne me ressemble pas. C’est tout l’intérêt de faire des chansons c’est de pouvoir se raconter de différentes manières. On vit dans un monde où les apparences comptent plus que la réalité et j’ai envie de m’amuser avec ça dans mes chansons. Du coup, que ce soit vraiment moi ou pas, il y a toujours un peu des deux. Parfois je me la raconte, parfois je dis n’importe quoi en me dénigrant avec auto-dérision. Le socle commun c’est ma vie, mon quotidien que je passe chez moi à fumer trop, boire trop, jouer aux jeux vidéos, l’art de rester chez soi !

C’est quoi le morceau qui te ressemble le plus ?

Je pense que c’est Avatoru, c’est le plus personnel en tout cas, celui où il y a le plus de ce que je suis.

Qu’est-ce qui fait qu’un jour tu as décidé de sortir de ta chambre et de dévoiler tes chansons ?

J’aime la musique (rires). C’était un besoin, il y a toujours un côté catharsis, de pouvoir mettre des mots sur son quotidien. Mais à la base ce qui m’a poussé à faire ça c’est la scène et justement c’est l’inverse de rester seul chez soi. C’est ce paradoxe que je trouve magnifique, d’un coup tu te retrouves devant des gens à raconter ta vie. Ça me permet de me tirer vers le haut, de partager mes émotions.

Il y a quelques mois, tu sortais ton EP Somnambule, qu’est ce qu’il représente pour toi ?

C’est incroyable parce que l’accueil de cet EP grandit. Il y a de plus en plus de gens qui l’écoutent et qui me découvrent. J’aime beaucoup ces cinq chansons, je les joue pratiquement toutes sur scène, c’est un EP qui me ressemble. Une sorte d’antichambre de ce que va être la suite, une belle introduction. J’aime sa cohérence et j’aime qu’il ait cinq facettes distinctes de moi. Les morceaux ne se ressemblent pas, ils traversent pleins de genres différents. J’aime pas vraiment les albums sur-cohérents. J’ai envie que dans mes chansons il y ait une patte commune mais que les influences diffèrent d’un titre à un autre.

Tomasi – Somnambule (Nicolas Garrier)

Dans cet EP de cinq titres, on varie les ambiances musicales. Entre mélancolie, nostalgie (Avatoru, Somnambule) et dérision (DSSLP), c’était important pour toi de pas rentrer dans une seule case, un seul style ?

Aujourd’hui le hip-hop en général, ça veut plus dire grand chose parce qu’il y a de tout. Si je varie les genres c’est pour avoir cette liberté d’instrus qui n’ont rien à voir entre elles mais de lier mes thèmes, dans ce que je raconte.

Tu définis ta musique comme du “rap fragile et chanson musclée”. Devant quoi tu te sens fragile toi ?

Devant pleins de choses. J’aime bien le mot “fragile”, j’aime la fragilité, on connaît quelqu’un quand on voit un peu ses failles et les instants où il peut basculer. Le rap fragile, c’est celui qui montre ses failles et qui n’a pas peur, qui est un peu autocentré aussi.

Il n’y a pas si longtemps que ça c’était pas très bien vu d’être sensible et d’assumer ses faiblesses dans le milieu du rap. Mais j’ai l’impression que ça change beaucoup ces dernières années, qu’est ce qui a provoqué ce dévoilement de fragilité chez les rappeurs selon toi ?

Il y a tellement de musique aujourd’hui et je trouve qu’il y a qu’une seule chose qui crée de la bonne musique c’est la sincérité. Ça sert à rien de mentir dans ses chansons, ça se voit tout de suite. Je ne peux pas parler pour les autres rappeurs, mais pour moi en tout cas, les faiblesses ça fait partie de la vie, et j’aime bien me complaire dans mon malheur.

Aujourd’hui tu sors le clip d’Avatoru réalisé par Nicolas Garrier qui a aussi fabriqué trois autres vidéos pour l’EP, c’est important pour toi d’avoir des images pour tous les morceaux ?

En fait, ce qui est génial avec Nicolas c’est qu’on a pleins d’idées. On a envie de faire des visuels, on a peu de moyens du coup ça nous force à être créatif. On s’est pas dit qu’on devait clipper les cinq morceaux, c’est venu au fur et à mesure. Avatoru par exemple, on n’avait pas prévu de faire un clip, Nicolas est arrivé en me disant « J‘ai une surprise pour toi ». et c’était pleins d’images qu’il avait tourné de notre quotidien, on a retourné quelques trucs derrière mais c’est tout. Quand j’écris une chanson, elle aura beaucoup plus de chance de rester sur le projet si on a une idée de clip. Généralement, je lui apporte un tableau et il construit le reste derrière. On est libre et on s’éclate.

J’ai l’impression que la musique chez toi, c’est surtout une affaire d’amitiés.

Oui, c’est vrai. D’ailleurs, le meilleur exemple qu’on puisse donner c’est les soirées Kimono que j’organise une fois par mois. Ça prouve aussi qu’on peut organiser des concerts de qualité avec peu de moyens et entre copains.

Depuis juin dernier, tu organises un nouveau genre de soirées que tu as baptisé Kimono, des sortes de pyjamas party mais tout en peignoir vêtus, tu peux nous convaincre de venir ?

En fait, j’ai pas vraiment envie de convaincre les gens de venir. Mon but c’est pas d’être producteur de spectacle, c’est juste une soirée de potes et un laboratoire d’artistes. C’est ouvert à tous et toutes mais j’aime bien l’idée que ce soit du bouche à oreilles entre ami.es. Alors, ne venez pas ! (rires) Ça me fait penser à un épisode de South Park, où Cartman achète un parc d’attractions et il dit « Vous ne pouvez pas rentrer » , il fait des publicités à la télé pour dire aux gens qu’ils ne peuvent pas venir (rires). Mais sinon la prochaine c’est vendredi au Pop-Up du Label !

Et Tomasi en live, ça ressemble à quoi ?

La scène, c’est ce que je préfère. J’ai vraiment l’impression de faire du sport. Au dernier concert, quand je suis sorti de scène, j’avais l’impression d’avoir pris une grande dose d’endorphine, c’était très agréable. Pour l’instant, je suis seul sur scène mais à terme, j’aimerais bien avoir de musicien.nes.

Pour finir, tu peux nous confier tes projets à venir avec Tomasi ?

Le projet c’est d’être sur la route et de revenir à la rentrée avec de nouvelles chansons. Je m’entoure un peu plus pour la suite, notamment au niveau des Prod’, je bosse avec Alexis Delong de Inuït. Sinon on reste en famille.

Tomasi en concert :

  • Le 21 mars au Festival Creart’UP – Point Ephemère  (Paris)
  • Le 31 mars à la Finale Give Me Five – Point Ephémère (Paris)
  • Le 4 avril à  Le Commerce Bar Chez Nel – Saint-Paulien (43)
  • Le 25 avril à Le Local Bar – Strasbourg (67)
  • Le 2 mai à la Kimono – La Bulle  – Lille (59)
  • Le 13 mai au Beside Festival – Péniche Antipode (Paris)


Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.