MUSIQUE

Refuge, « Hunger » – Faim du monde

© Margot de Kerangat

Le chanteur énigmatique à la voix d’or dévoile Hunger, un deuxième disque puissant hanté par les fantômes et l’apocalypse.

Un refuge pour s’éteindre sans faire de bruit ou raviver la flamme perdue. Un refuge pour renaître et percer les milles et uns mystères de nos origines. Pour Florian Bertonnier, Refuge, c’est tout ça à la fois. Quelques années après BrokenBird (2016), il revient ce printemps avec Hunger, un nouveau disque traversé par la mélancolie et la recherche de sonorités multiples allant de l’électronique aux vagues psychédéliques des instruments traditionnels indiens.

Détruire pour reconstruire

Dans Hunger, on croise des paysages ravagés et désertés où ne subsiste que la musique pour se sauver. L’artiste bâtit son album sur une vision d’apocalypse étrange et sublime autant sur le plan esthétique que musicale. Déstructurer les sons, les assembler, en faire un bouquet cohérent pour les faire renaître. Réalisé par son ami Igor Ramonatxo, le disque navigue entre échos mystiques et beats angoissants où l’étrangeté se confronte à la nostalgie. Une quête vers soi et vers ce qui nous a conçu, voilà ce vers quoi tend Hunger. Une atmosphère à la fois de déclin et de renaissance qu’illustre bien le tube de l’album 2K16 qui s’ouvre sur une balade triste au piano pour exploser en feu d’artifice aux sonorités éclectiques. Des retrouvailles avec soi-même dans le chaos mais aussi dans la douceur comme sur le titre Don’t Say A Word où la voix d’ange du chanteur s’emmêle à des nappes autotunées. Un univers crée de toutes pièces inspiré par des origines lointaines mais aussi par des oeuvres majeures qui ont bercé et marqué l’artiste.

Refuge par Margot de Kerangat

Fantaisie et origines

Dans l’oeuvre cendrée de Refuge, on traverse les références chères à l’artiste, des symboliques pas forcément évidentes à déceler mais qui trouvent tout leur sens quand on les déniche. Ainsi, le morceau d’ouverture majestueux Nawal est un clin d’oeil à la pièce Incendies de Wajdi Mouawad, prénom de la mère défunte des jumeaux héros de l’oeuvre sur les traces de leur famille. Une quête semblable à celle de l’artiste tout au long du disque qui s’efforce de déceler des vérités et des indices sur ses origines et son identité.

Il y a des vérités qui ne peuvent être révélées qu’à condition d’être découvertes.

Incendies – Wajdi Mouawad

Dans Lion’s Tear, titre le plus pop de l’album, la référence est évidente pour les adeptes des films Narnia, un morceau largement inspiré par le lion emblématique des terres de Narnia prénommé Aslan. Des paysages dévastés, sauvages et volcaniques qui coïncident étrangement aux espaces que se créent le jeune artiste. On peut souligner aussi la présence d’une reprise d’un classique bolywoodien sous les traits de SilSila Yeh Chahat Ka, un retour à son enfance et à son amour pour le romantisme et la culture indienne avec laquelle il entretient une relation très intime depuis sa prime jeunesse. Une inspiration qui se lit aussi à travers l’univers esthétique conçu pour le disque, entre sari indien dans la vidéo de SilSila Yeh Chahat Ka (Margot de Kerangat) et rituels spirituels dans le clip de 20K16 (Hugo Pillard).

Une terre à soi

Un espace intime de neuf titres où Refuge dessine une terre qui lui ressemble, une terre à soi qui devient cependant universelle à l’écoute du disque. Une terre d’introspection où se blottir, où se réfugier en temps de grands questionnements. Ici la musique n’a jamais été aussi beau refuge, aussi bel abri contre les chaos de l’existence. Parce que lorsqu’on on a faim de désir et de quiétude intérieure, il n’y a rien de mieux que de faire appel à ses fantômes pour tout recommencer du départ.

Auteur·rice

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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