LUNDI SÉRIE – « The Office », capturer l’ordinaire

© NBC Television

Deux fois par mois, la rédaction se dédie entièrement au « petit écran » et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format pourra vous permettre de retrouver vos séries fétiches… ou de découvrir des pépites !

C’est certainement l’un des (faux) documentaires les plus longs de l’histoire du petit écran : 201 épisodes divisés en neuf saisons. Diffusée entre 2005 et 2013, The Office est l’adaptation américaine d’une sitcom britannique du même nom. Elle propose une plongée hilarante dans le quotidien de Dunder Mifflin, une entreprise spécialisée dans la vente de papier. Un synopsis peu attrayant au départ et pourtant, la sitcom s’est rapidement hissée au rang de série culte.

Fiction réaliste

Filmée à la manière d’un documentaire, la sitcom de Ricky Gervais et Stephen Merchant met en scène la vie de bureau tout à fait banale d’employés ordinaires. Les cheveux en bataille et les peaux parfois ternes, Jim, Pam, Dwight, Meredith, Ryan, Stanley et les autres sont filmés de manière naturelle, sans fioritures. Ils ne sont pas exceptionnels et représentent les américains moyens et lambdas. La caméra, vissée à l’épaule du cadreur, capture tout ce qu’il y a de plus réaliste dans la vie de l’entreprise et de ses travailleurs, soit rien de vraiment palpitant si ce n’est la menace d’un licenciement ou la tenue d’une réunion. Sans réelle trame donc, la série parvient tout de même à captiver le spectateur grâce aux petites péripéties du quotidien mais aussi et surtout grâce aux caractères et aux travers des uns et des autres. La recette de la sitcom chorale fonctionne ici à merveille et donne à voir une galerie de personnages intéressante et réaliste. Conscients d’être filmés, les protagonistes n’hésitent pas à en jouer notamment en usant des regards caméra. Les spectateurs sont ainsi mis dans la confidence de nombreuses intrigues et deviennent les témoins privilégiés du quotidien de l’entreprise.

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Là où la plupart des sitcoms reposent en grande partie sur des dialogues et punchlines bien ciselés, The Office se distingue par la part belle qui est faite à l’improvisation. La force de la série ne réside donc pas dans sa narration mais plutôt dans le jeu d’acteur qui prime sur le script. Les acteurs sont bons et convaincants car ils disposent d’une liberté d’improvisation. Cet aspect renforce encore un peu plus le réalisme recherché par la série. Ainsi, lorsque Dwight et Jim se disputent dans la première saison, ça sonne vrai car ce n’est (presque) pas scénarisé. Le baiser échangé entre Michael et Oscar lors de la troisième saison, lui aussi improvisé, a surpris le reste des acteurs rendant leurs réactions d’autant plus vraies.

Bien que les projecteurs soient mis sur l’ensemble du groupe, le personnage de Michael Scott, absurde au possible, se distingue. Steve Carell signe ici une des performances comiques les plus remarquables du petit écran de ces dernières années. Ce patron loufoque choque, émeut et fait rire aussi bien ses employés que les spectateurs. Son extravagance fait ressortir ce qu’il y a de plus drôle et parfois de plus tragique chez ses employés. Alors qu’il ne cherche qu’à bien faire et à gagner leur affection, il ne cesse de mettre à mal l’incroyable normalité de ses subordonnés. Origine ethnique, couleur de peau, orientation sexuelle… Tout y passe. Les différences des uns et des autres sont constamment soulignées par Michael avec une grande maladresse. Cependant, la série parvient à jongler avec des thèmes importants et parfois sensibles sans jamais tomber dans le cliché.

Beauté ordinaire

En se focalisant sur ce qu’il y a de plus ordinaire, The Office s’efforce à montrer le vrai. Les échecs professionnels et personnels des personnages ne sont pas passés sous silence et viennent rythmer les neuf saisons de la série. Là où de nombreuses séries télévisées viennent sublimer l’ordinaire, The Office cherche simplement à témoigner de la normalité. La très attendue demande en mariage de Jim à Pam se fait ainsi sous la pluie, oui, mais devant une station service au bord de l’autoroute, bien loin des scènes romantiques données à voir habituellement. De son côté, Michael demande la main d’Holly au bureau, au milieu d’une centaine de bougies, sans manquer de déclencher l’alarme incendie. Autant d’exemples qui participent à rappeler la beauté de l’absolument ordinaire.

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Série de société

Compétition, disputes, malentendus, rapports de pouvoir, hiérarchie… The Office s’intéresse de près ou de loin à tous les aspects de la vie de bureau. La série fonctionne ainsi comme un quasi huis-clos, renforçant un peu plus la complicité instaurée avec le spectateur. Si la caméra s’émancipe peu à peu hors des locaux de Dunder Mifflin pour suivre les personnages, le cœur même de la série réside dans les relations de travail nouées entre les différents personnages. En ce sens, The Office interroge habilement le monde du travail et donne à voir la réalité de l’open space et des relations entre collègues. Rien de captivant sur le papier mais la caméra s’applique à appréhender le lieu de travail comme un lieu de socialisation. Les relations entre les différents protagonistes évoluent ainsi au fil des saisons et de véritables liens sont tissés.

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Au milieu de ce quotidien ennuyeux, Michael endosse le rôle d’élément perturbateur. Il représente à la fois la hiérarchie et l’autorité mais aussi l’incompétence et la fainéantise. Ses employés, forcés de composer avec ses méthodes de travail peu conventionnelles, s’adaptent et prennent souvent sur eux. Si certains semblent avoir perdu toute motivation ou implication (Stanley par exemple), d’autres font tout pour réussir et se soumettent aux règles parfois délirantes de Michael afin d’obtenir ses faveurs (Dwight notamment). Ces différentes conceptions du monde du travail se confrontent tout au long de la série et amènent à questionner ce que nous sommes capables de supporter ou non dans la sphère professionnelle.

Le format documentaire offre d’ailleurs un espace de liberté de parole intéressant aux personnages. Lorsqu’ils sont seuls face à la caméra, à la manière des confessionnals dans les émissions de télé-réalité, ils se confient sur leurs ressentis et sentiments auprès de l’équipe de tournage. Ces moments d’introspection et de vulnérabilité laissent souvent place aux larmes et aux révélations. Ainsi, à la fin de la neuvième et dernière saison, lorsque le documentaire est enfin rendu public, les employés de Dunder Mifflin sont confrontés à eux-mêmes mais aussi à leur image. Ils font alors face à une pseudo-célébrité tout en voyant certains de leurs secrets révélés au grand jour. Les personnages rencontrent des téléspectateurs du documentaire et répondent à leurs questions parfois indiscrètes. Cette mise en abyme interroge alors le spectateur de la série notamment sur la question du voyeurisme. The Office rend ainsi ses lettres de noblesses au genre du mockumentary en poussant ce concept télévisuel à son paroxysme.

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Irrégulière, certes, mais jamais décevante, The Office fait partie de ces séries réconfortantes et feel-good que l’on revisionne volontiers. Si le départ de Michael à l’issue de la septième saison participe au déclin indéniable du programme, le happy-ending conclut avec tendresse les aventures de ces personnages ordinaires et proches de nous. The Office prouve bien, avec légèreté et humour, que la vie est assez belle pour ne pas être sublimée.

L’intégralité de The Office est disponible sur Amazon Prime Video.

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