Le difficile retour des étudiants français à l’étranger

Le difficile retour des étudiants français à l’étranger

© Victor Costa / Maze

Ni touristes ni expatriés, mais un peu des deux. Français, ils et elles étaient étudiants en échange universitaire, assistant de langue vivante ou encore au pair à l’étranger lorsque la pandémie Covid-19 a bouleversé leur activité.

Au mois de janvier, alors que les échos de l’épidémie qui touche la Chine se font de plus en plus nombreux, les premiers cas positifs apparaissent sur le sol français. Pour l’heure, les mobilités prévues au deuxième semestre des étudiants en programme d’échange universitaire dans des universités de certains pays d’Asie, dont la Chine et la Corée du Sud, sont annulées. Mais ces étudiants ne seront pas les premiers déçus.

Week-end à Rome

Les autres échanges universitaires, surtout ceux du célèbre programme Erasmus, sont alors tous maintenus. Même ceux vers l’Italie. Mathilde, en partance pour Naples, choisit elle de partir : « Le matin de mon départ, j’ai tout de même reçu un appel du bureau des relations internationales de ma faculté pour nous prévenir de la situation et nous informer que nous avions le choix de partir ou de rester ». Pour Perrine, qui doit passer le deuxième semestre dans une université romaine, c’est différent : « Aucune mesure de report ou d’annulation de ma mobilité n’avait été prise pour l’heure, que ce soit en France ou en Italie. On m’a laissée partir sans problème ». Elle s’envole donc pour Rome à la fin du mois de février, alors que l’Italie voit le nombre de cas positifs doubler d’un jour sur l’autre. Avec la suite que l’on connait : en l’espace de 10 jours, le nombre de cas positifs passe de près d’un millier à plus de 10.000.

Le pays est placé en confinement le 10 mars. Après quelques jours de tergiversations, Perrine se résout à rentrer et attrape un avion pour la France le lendemain. « À Rome, je n’ai reçu aucune aide, aucun mail de la part de mon université d’origine. C’est moi qui ai du envoyer les mails pour les informer de ma situation ». En effet, les universités françaises n’ayant reçues elles-mêmes aucune consigne précise quant au sort des étudiants en mobilité, elles sont dans l’incapacité de répondre aux nombreux questionnements des étudiants. Pour Mathilde, après quelques jours d’incertitudes, c’est également l’heure du retour, avec l’assurance, tout comme Perrine, de pouvoir bénéficier d’une continuité pédagogique une fois rentrée dans son université française.

Effet domino

Très vite, alors que dans plusieurs pays, notamment la République Tchèque et la Slovaquie, des mesures drastiques sont décrétées, la France commence elle aussi à se préparer au pire. Puis, c’est l’effet domino : les frontières se ferment les unes après les autres. Dans cette confusion totale, pour les étudiants en mobilité ayant déjà entamé leur cursus à l’étranger, l’idée d’un retour au pays germe petit à petit dans les têtes, mais s’avère surtout être une décision extrêmement difficile à prendre : rentrer en France alors que le pays est l’un des plus touché, avec le risque de contracter le virus dans les transports en commun bondés, pour le passer auprès de ses proches ? Rester dans son pays d’accueil en attendant que les choses se tassent ? À ce moment, chacun et chacune a très vite compris qu’il n’y aurait ni bonne ni mauvaise décision.

Mais une fois le départ décidé, il faut encore trouver les moyens de rentrer. Les uns demandent conseil aux services diplomatiques, les autres au ministère de l’Intérieur. Et ce sont des réponses divergentes qui sont données aux jeunes, désemparés, quand ce ne sont pas des conseils presqu’insolites. Sara était elle en Erasmus à Cracovie : « Notre université a fermé très tôt. Nous souhaitions dans un premier temps rester à Cracovie. Puis, après la première allocution d’Emmanuel Macron [jeudi 12 mars, ndlr] une amie a contacté le ministère de l’Intérieur en France qui lui a sèchement demandé de rester en Pologne. Puis elle a contacté le consulat de France à Cracovie, qui lui, nous a affirmé qu’il n’y avait aucun problème pour rentrer avant de nous conseiller de passer la frontière à pied, et de nuit de préférence. Nous avons fini par trouver un avion qui pouvait nous ramener en France ».

Mêmes conseils à l’Ambassade de France en République Tchèque à Prague pour Louis et Inès : « Nous nous y sommes rendus le vendredi 13 mars au matin. Une grande tension a commencé à régner lorsque d’autres étudiants Erasmus, mais également des touristes venus passer le week-end, se sont massés dans la salle d’attente. Le service consulaire nous a conseillé de rentrer au plus vite si nous souhaitions rentrer, car l’espace aérien allait bientôt fermer. Lorsque nous avons évoqué l’éventualité d’un rapatriement, on nous répondu qu’on n’était pas dans un pays en guerre et qu’on ne risquait rien à Prague, avant de nous conseiller de passer par la Pologne si nous ne trouvions pas d’avion direct. Puis, il nous a également conseillé de rejoindre la frontière germano-tchèque en bus, avant de la franchir à pied ».

Pour Sarah, en Grèce, c’est la dissonance diplomatico-consulaire qui l’a déboussolée  : «  L’Ambassade de France à Athènes nous a envoyé un mail pour nous conseiller de rentrer si nous n’avions d’impératifs en Grèce. Pour le consulat de France à Thessalonique, les réponses varient  : certaines personnes conseillaient de rentrer en France, d’autres de rester en Grèce  »

Bons baisers de Roissy

Pour l’heure, la situation semble rentrer dans l’ordre tant bien que mal pour ces étudiants, qui ont pu rentrer chez eux, en France.

Mais ce ne fut pas de tout repos, notamment pour les au pair et les assistants de langue française au Royaume-Uni qui a récemment quitté l’Union Européenne. Dans cette crise du Covid-19, le pays a des allures de musicien du Titanic. Alors que la semaine dernière l’Europe s’est barricadée, Boris Johnson, le premier ministre, a tardé à prononcer les premières mesures restrictives et vient seulement de prononcer le confinement. Certains assistants de langue ainsi que des jeunes garçons et jeunes filles au pair ont aussi du boucler leurs valises non sans mal.

Leïla et Margaux, assistantes de français à Londres et à Torquay, racontent : « Nous n’avons reçu aucune information de la part du CIEP, l’organisme par lequel on candidate pour l’assistanat, ni du British Council, l’organisme en Angleterre qui nous emploie ». Les tuteurs de Leïla, compréhensifs, la laissent rentrer en France en lui proposant la possibilité du télétravail. Elle rentre donc en France après un voyage couteux, usant, stressant, tout comme Margaux. Peu après, les informations de l’Ambassade de France à Londres commencent à tomber. « Les conseils de l’Ambassade et des organismes qui nous embauchaient sont arrivés trop tard à mon goût » confie Margaux. Célia est elle jeune fille au pair à Wokingham. Elle décrit une situation pesante, une tension grandissante face à un premier ministre anglais qui semble inactif : « Aucune mesure n’était prise par Boris Johnson, à part peut être celle de chanter deux fois d’affilé la chanson « Happy Birthday to you » lorsque l’on se lave les mains ». Malgré le fait que sa famille d’accueil se soit montrée extrêmement compréhensive et l’ait soutenue, les adieux prématurés aux enfants qu’elle gardait sont plutôt déchirants, elle qui rêvait depuis longtemps de cette année d’immersion au Royaume-Uni.

À l’heure actuelle, certains sont encore dans leur pays d’accueil. En effet, plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte pour les étudiants. La plupart de ceux vivant dans des appartements privés avaient signé des bails de plusieurs mois et versé des cautions. L’aspect pédagogique compte aussi. Si dans les universités d’accueil comme dans les universités françaises, les cours en ligne se sont progressivement mis en place, certains étudiants ont pu craindre, en revenant en France, que leur semestre en mobilité ne soit pas validé.

Pire encore, pour l’aspect financier. Le non-retour de certains en France a pu être conditionné par la peur de perdre leur bourse accordée pour la mobilité. En effet, d’ordinaire, cette bourse est versée à plusieurs conditions, notamment celle de terminer son cursus en mobilité dès lors qu’il est entamé. Mais il semble que les organismes les versant aient déclaré ces derniers jours vouloir faire preuve d’une grande souplesse. Pour l’heure, si la majorité des étudiants semble avoir regagné la France, certains étudiants encore présent à l’étranger n’ont toujours pas réussi à prendre une décision.

Victor Costa

Bordeaux-Sud

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