Femmage #4 : Loulou Robert

Crédits : Editions Julliard

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars, les rédacteur.ice.s de la rubrique littéraire ont décidé de rendre femmage, chaque dimanche de ce mois, à des auteures brillantes, inspirantes et talentueuses.

Ce dernier Femmage du mois de mars sera dédié à l’auteure de 27 ans, Loulou Robert. Publiée au sein de la maison d’édition Julliard, elle est l’auteure de quatre romans : Bianca , Hope, Sujet inconnu et Je l’aime.

Son premier roman, Bianca, encensé par la critique, traitait avec un regard neuf et dépoussiéré des difficultés de l’adolescence. Bianca, une adolescente de 17 ans, est internée dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Atteinte d’anorexie, elle tente d’expliquer la particularité de ce mal-être, son rapport au corps qui évolue, ses premières amours. Pourquoi, elle, n’est-elle pas heureuse ? Pourquoi, elle, a-t-elle souhaité mettre fin à sa vie ? Une réflexion sur la période de transition de l’enfant à l’adulte, sur la prise de conscience d’une réalité, sur la nécessité de trouver sa place selon des codes imposés.

« Je comprends, crois-moi. Je sais ce que c’est que d’être mis en cage. Ma chambre, l’hôpital, ma maison, le lycée, la société, le monde ; des cages plus ou moins grandes dans lesquelles il faut faire illusion. Mentir. S’habiller. Faire du sport. Etre en bonne santé. Etre gentille. Prendre ses cachets. Bien gagner sa vie. Se marier. Avoir des enfants. Acheter une maison. Dans lesquelles il ne faut pas crier. Trop manger. Baiser trop jeune. Baiser trop vieux. Voler. Boire. Prendre des drogues. Roter. Se suicider. Déranger. »

Bianca, Loulou Robert.

La plume de l’auteure est dure, crue, parle sans distinction des fleurs, du sang, de famille, de la mort et du sexe. Il y a toujours comme une quête de sens sous-jacente ou justement un dévoilement de l’insensé. Elle publie par la suite Hope, comme la suite de Bianca, où l’on retrouve son héroïne à New York qui tente de se trouver une place comme mannequin. Elle raconte les difficultés du métier, la concurrence entre filles, les désillusions, les corps désincarnés. Elle raconte aussi le rapport aux photographes masculins, la possession qu’ils opèrent sur leurs corps par la capture de leur image. Elle témoigne du regard qui se pose et des mains qui touchent, elle parle du viol. Elle révélera par la suite, dans un podcast pour Binge Audio : « Je n’ai pas dit non une seule fois ». Toujours disponible en ligne, elle fait part de l’empreinte autobiographique de son récit. Elle dénonce le poids de la responsabilité qui doit changer de camp.

« Toujours la même pensée : je m’en veux. Je n’ai pas assez dit non. J’ai réagi trop tard. J’aurais pu ne pas y aller. J’aurais pu ne pas me déshabiller. J’aurais pu ne pas boire. J’aurais pu ne pas le consoler. J’aurais pu partir plus tôt. J’aurais dû. Si je me sens sale, c’est de ma faute. Je l’ai laissé venir. »

Hope, Loulou Robert.

Dans Sujet inconnu, son troisième roman, il est question d’une histoire d’amour. Il évoque la question de la dépendance, le fait d’aimer trop fort et trop mal. Le sujet est violent et la plume toujours aussi vraie et dure. L’héroïne est une étudiante et semble se débattre. Elle est comme privée d’existence, étouffée par l’amour d’un homme et le cancer de sa mère.

« Je ne sais pas de quoi le texte parle. Il parle, c’est tout. Je ne sais pas non plus de quoi la vie parle. Je la laisse aller. L’écriture aussi. Elle coule. »

Sujet inconnu, Loulou Robert

Enfin, dans Je l’aime, publié en 2019, Loulou Robert étend le récit sur plusieurs dizaines d’années et suit une héroïne qui a décidé d’aimer et de se consacrer à celui qu’elle appelle M. Complètement et inconditionnellement.

« Au jour où j’ai rencontré M.

Je me suis intéressée au monde pour lui.

Je me suis intéressée à moi pour lui. »

Je l’aime, Loulou Robert.

Il est question de sacrifice, de dévotion, du temps qui passe, des rides, de l’ennui, des enfants, des secrets qu’on garde malgré les années, de ce qu’on oublie de soi-même et de l’autre.

Loulou Robert continue, comme dans ses trois premiers livres, à questionner ou à justement laisser le silence sur l’intime et l’existence, à travers ses héroïnes féminines et leur rapport au monde, aux hommes et à soi.

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