Confiné-e Records – « Faire du son et occuper ce temps de manière positive »

Visuel : Grégoire Canut (Jour 001) – Jocelyn Hunter (Jour 002)

Difficile de passer à côté de l’élan musical significatif qui submerge les différents réseaux sociaux : lives YouTube, vidéos Facebook, et autres compositions confinées délivrées jour après jour. Les artistes en confinement se mobilisent et ont désormais leur label éphémère avec Confiné-e Records.

Lancé depuis quelques jours à peine, Confiné-e Records ou les Disques Confiné.e.s en est à sa deuxième compilation. Le concept ? Chaque jour depuis le mercredi 18 mars, une compilation, 19 titres, construite à partir de morceaux produits lors du confinement, par celles et ceux qui le souhaitent. Nous avons échangé avec Émile, l’un des fondateurs de ce label singulier.

Tout d’abord c’est qui, ou plutôt c’est quoi les Disques Confiné.es ?

À la base on est cinq, moi, Émile musicien nantais et gérant d’un bar qui fait des concerts à Nantes, puis on s’est mis avec trois potes, donc Simon, Alex et Pierre du groupe INÜIT, et un cinquième pote qui s’appelle Greg Canut, qui est lui illustrateur. À la base nous on fait tous de la production, de la musique live, on en fait chez nous. Le confinement c’est l’occasion de se mettre des défis, faire une prod par jour par exemple, et de faire avancer ses projets respectifs de manière plus intense comme on ne peut pas bosser.

Sauf qu’on a eu l’idée à un moment de proposer ça dans un groupe privé avec des potes à nous qui font des prods aussi, et on a vu que ça prenait bien. Du coup on a décidé de le mettre en public et d’en faire un espère d’e-label le temps du confinement !

Vous avez réagi très spontanément et rapidement face à la situation.

Moi, étant gérant de bar, honnêtement ça faisait une semaine, dix jours, qu’on s’y attendait et qu’on préparait le truc. Mais l’idée de le mettre en public oui ça date de dimanche, et ça s’est mis en place lundi.

« On s’est dit qu’on allait limiter à 19 comme COVID-19 quoi… la petite blague à deux balles. »

Ça s’est organisé comment tout ça ? Est-ce que de voir de nombreux artistes commencer à faire des lives ça vous a donné l’idée de proposer autre chose ?

L’idée pour nous c’était pas de prendre une place qu’il y avait à prendre, car on voit que les gens sont réactifs. On ramène pas mal de monde car on a chacun notre réseau aussi à nous cinq, beaucoup de potes musiciens, comme on a joué dans plein de groupes à Nantes et on joue encore tous ensemble. Le truc c’est juste de faire du son et d’occuper ce temps de manière positive, pour ne pas juste passer sa journée à flipper. Et l’occuper… enfin s’occuper, et faire des choses qu’on fait d’habitude entre nous. Là on l’ouvre à tout le monde, et en parallèle on récupère les morceaux de plein de gens ; plein de gens que l’on ne connait pas, et on commence aussi à recevoir des morceaux de personnes un peu connus pour qui ça marche.

On a même des gens qui nous disent « Bon là je devais sortir mon morceau, mais bon la promo c’est mort, il n’y a plus de médias, il n’y a plus rien, donc est-ce que vous voulez mettre mon morceau sur votre compil ? ». Et c’est des trucs auxquels on dit non car le concept c’est d’avoir fait le morceau pendant le confinement donc…il faut jouer le jeu.

Comment c’était hier, cette première journée à établir la compilation du Jour 001 ?

En fait à la base on avait fait un groupe dimanche et lundi, devenu rapidement hors de contrôle car on avait mal géré les modérations et tout le monde pouvait plus ou moins inviter tous ses potes… Du coup on s’est dit on passe en public. La première journée on avait déjà pas mal de morceaux, tu vois on en a refusé. On voulait pas faire des compilations de quarante morceaux car c’est trop difficile à écouter. On s’est dit qu’on allait limiter à 19 comme COVID-19 quoi… la petite blague à deux balles. Et puis aujourd’hui c’est moi qui faisais la sélection et j’avais 55 morceaux dans ma boîte mail. Et le temps que je les récupère j’en avais déjà reçu 10 autres. Donc vraiment on reçoit des trucs de pleins de gens, qu’on connait, qu’on connait pas. Et je suis curieux de voir où est-ce qu’on en sera dans quinze jours parce que, pour le moment une personne pour derusher tout ça va, mais on verra pour la suite.

Dans les styles que vous recevez il y a de tout ou vous choisissez de garder une forme de ligne éditoriale ? On imagine que le but est de se faire plaisir, mais aussi de faire découvrir des talents émergents ?

On prend de tout, après on ne prend pas tout. Mais les morceaux qu’on ne prend pas directement on les remet dans un Cloud, et on est quatre à faire la sélection : aujourd’hui c’est moi, hier c’était Pierre etc. On met tout dans ce Cloud et on sélectionne dedans, on ne jette aucun morceau en soi. Maintenant est-ce qu’ils sortiront tous ? Je ne pense pas forcément mais on verra ?

Et en termes de styles comme c’est du home studio on reçoit forcément beaucoup de musique électronique, ou ambient, on commence à recevoir du rock donc c’est cool, et j’ai reçu un morceau de reggae. On a des mecs qui font du piano, ou un gars qui nous a envoyé vingt secondes de batterie enregistrées avec son téléphone (le dernier morceau de la première compilation). Il n’y a pas de limite de style, mais les compils restent écoutables de A à Z évidemment. On essaye de varier mais on reçoit vraiment des super trucs. Pour aujourd’hui je viens de finir la présélection, j’en ai encore huit à retirer et après on envoie ça en mastering, car on fait un petit mastering sur chaque morceau, puis ça sort en fin de journée.

Vous envisagez la suite de quelle façon ? C’est quoi le destin de ce label après la fin du confinement ?

Le but c’est de faire ça pendant tout le temps du confinement et d’autodétruire le label dès qu’on a le droit de sortir. On sait pas ce qu’on fera, et puis on n’est que le jour 2 de notre projet après tout (rires). En tous cas actuellement je suis plus occupé que lorsque je travaille donc c’est que c’est réussi ! Pour te dire je n’ai même pas eu le temps de faire un morceau moi-même.

Et puis l’autre idée aussi, c’est que Greg nous a fait le graphisme du logo, de la bannière tout ça, et de la première pochette. Et lui il s’occupe maintenant d’aller trouver d’autres illustrateurs, d’autres graphistes, et l’idée c’est de chaque jour faire tourner une pochette différente qui correspond, avec un code couleurs.

Tu as eu des coups de coeur sur cette première compilation sortie hier ?

Ah oui carrément il y a des trucs mortels dans le lot. Il y a des trucs de malades ! Dans la compilation il y a des trucs de pas mal de gens qu’on connait forcément, là la deuxième ça n’a plus rien à voir, c’est carrément des gens différents. Et donc ce qui est marrant dans les mails qu’on reçoit, car on n’utilise plus qu’une adresse mail unique car c’était ingérable, j’ai reçu une musique d’un mec qui fait jamais de musique d’habitude et là il m’a dit “Ça m’a donné envie donc j’en ai fait un pour essayer ! “. Et il y a plein de gens qui me disent “Oui j’avais rangé mes machines depuis hyper longtemps, ça me donne trop envie donc là je les ressors ! ” Enfin tu vois ça donne vraiment de continuer ! Du coup sur la première compilation, il y a quand même des trucs vachement bien quoi…si je dois en choisir un… Dans les gens un poil connus qu’on a il y a Pegase qui est vachement cool, il y a Rock Roll & Remember. C’est pas facile. Si, il y a un morceau je ne sais pas du tout qui c’est, tu verras c’est Disqchik (Sonfinement) c’est la 13 sur la première compil, j’ai aucune idée de qui c’est et je trouve le morceau hyper bien. Mais très honnêtement dans la première il y en a plein qui sont mortels vraiment !

Si vous souhaitez envoyer des sons c’est par ici que ça se passe : lesdisquesconfinees@gmail.com – Retrouvez l’actualité du label sur : Facebook / Instagram / YouTube

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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