CINÉMA

« Baron Noir », saison 3 – Plus d’espoir

Kad Merad Validée et Retouchée

© Jean Claude Lother / KWAI / CANAL+

Deux ans après la diffusion de la deuxième saison, Baron noir est de retour sur la chaîne cryptée, depuis le lundi 10 février 2020, pour une troisième saison.

Il est aisé de convenir que Le Bureau des Légendes est le fleuron des séries produites par Canal +. Pour autant, c’est une autre de ses productions qui vient de prendre une nouvelle envergure.

Après deux saisons plutôt bien ficelées où les caméras suivaient le « baron noir », ce conseiller volant, auprès des barons du Parti Socialiste, dans ses différentes manœuvres, la saison 3 a royalement négocié son virage.
Si les deux premières saisons se concentraient plus sur les rouages que sur les sujets réellement politiques, cette fois-ci, Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, les créateurs, ont eu une vision globale, aidés par de nombreuses consultations des acteurs politiques français. À l’arrivée, c’est totalement réussi. 

Une fois de plus, c’est l’élection présidentielle à venir qui est le fil rouge du scénario.
Mais cette fois-ci, les scénaristes soulèvent des sujets qui relèvent d’une part de la « politique politicienne » et d’autre part de la mécanique institutionnelle.
Pour la politique, il est tour à tour question de la Françallemagne ou de l’écologie, mais également du populisme, considéré comme une réelle menace électorale. Pour ce qui est de l’institutionnel, la constitution de la Vème République est questionnée sous plusieurs angles, et traite notamment de ses zones d’ombres et de ses célèbres articles aux termes volontairement flous, mais aussi de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct — tant le fait qu’elle soit réellement le seul scrutin d’enjeu dans le pays, que son existence même, en tant que création du Général de Gaulle. Le scénario se transforme alors en un véritable cours critique de droit constitutionnel. D’autres sujets sont également abordés : le mécanisme des parrainages ou encore la comptabilité du vote blanc.

On le sait depuis la première saison, les personnages, bien que fictifs, sont pour certains de véritable avatars de personnages politiques réels. Le plus réaliste est sans nul doute Michel Vidal (porté par l’interprétation magistrale de François Morel), qui semble être le double de Jean-Luc Mélenchon. Avec Benzekri et Delafon, chacun en prend pour son grade. Vidal et son mouvement, Debout le peuple (La France insoumise de fiction) sont inspectés en profondeur, mais tous les autres camps également. Les scénaristes n’épargnent personne, mais jamais gratuitement. Ils posent également leurs caméras sur des personnages auparavant plus effacés, ce qui donne lieu à de précieuses scènes.  C’est le cas pour François Boudard, bien campé par Alain Bouzigues, ex et nouveau ministre de l’intérieur, transfuge du parti Les Républicains. Gaulliste convaincu, la caméra se fixe un instant sur ses convictions gaullistes, et le confronte à ses parents lors d’un diner au ministère, donnant là une scène peu commune. Un coup de projecteur est également donné sur Martin Borde, le fidèle secrétaire général de la présidence de Francis Laugier (président de la République dans la saison 1), qui reste en poste sous le mandat d’Amélie Dorendeu (interprétée par Anna Mouglalis), ainsi que sur son nouveau destin. Entrent également en scène Rachida Brakni et Alex Lutz, ce qui permet à la distribution de gagner en relief et à l’intrigue de se développer.

Vitesse supérieure

Important encore, sont abordés les stigmates que peuvent laisser la vie politique sur ses acteurs. Les doutes bien sûrs, mais également l’usure et la solitude du pouvoir, ou encore la désillusion et l’abandon pour un personnage, donnant lieu à une émouvante scène au cours de la saison. Quant à Philippe Rickwaert, rôle principal, interprété à la perfection par Kad Merad depuis le début de la série, s’affirme encore plus dans le rôle de héros. Même si c’est un politicien cabossé, ancien militant des classes populaires, la narration fait réellement de lui un héros, jusqu’au-boutiste, toujours guidé par les mêmes idées, et qui semble surmonter chaque élément perturbateur pour tenter de parvenir au bout de sa quête.

Ainsi, cette troisième saison de Baron Noir reste toujours dans le camp de la fiction rigoureusement bien écrite et tournée, sans basculer dans le quasi-documentaire moralisateur ou démagogique. Elle emprunte un chemin sinueux mais audacieux, porté par certains dialogues et des discours politiques remarquablement bien écrits. De nombreux rebondissements, des situations imprévisibles, un suspens poignant, qui lui permet de prouver que le plus intéressant dans la série n’est pas la fin de la quête, mais les moyens. Et surtout, elle ne s’essouffle pas en ce qu’extrêmement rythmée, elle ne laisse pas de répit au spectateur. Cette troisième saison marche avec brio sur un fil entre politique-fiction et fiction politique, et fait entrer la série dans la cour des grandes séries françaises.

Auteur·rice

RENNES-SUD

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