A l’heure du coronavirus, les supermarchés surchauffent

Photo : @Maëlys Marlu

Entre scènes de ruées pour des pâtes ou du papier toilette par peur irrationnelle de la pénurie, et les risques pris par les employés particulièrement exposés, les supermarchés sont devenus centraux en période de confinement.

La différence se faisait sentir dans les supermarchés, après la première intervention d’Emmanuel Macron, le 12 mars, détaillant les premières mesures de lutte contre la pandémie de coronavirus. Les clients étaient beaucoup plus nombreux, leurs paniers beaucoup plus remplis. Les produits qu’ils privilégiaient étaient majoritairement l’alimentaire de longue durée comme les pâtes et les conserves, mais aussi les produits d’hygiène, le papier toilette le premier, ainsi que les produits d’entretien (javel, désinfectant…), et le tout de premier prix. Franck, caissier en supermarché nous confiait dimanche 15 mars « on a fait ce week-end presque le double de ce qu’on fait en temps normal (…) il n’y a pas plus de monde mais de très gros cadis ». La volonté des consommateurs était donc de faire des stocks, ce qui a eu tendance à influencer ceux qui prenaient la situation plus sereinement : « même ceux qui ne sont pas inquiets se disent « il faut que j’achète même si je n’ai pas peur, parce que sinon il n’y en aura plus » » nous expliquait Franck. La semaine qui a suivit, la situation est allée de mal en pis, et les citoyens semblaient pris de panique. Dans certaines grandes surfaces françaises, on a pu observer des scènes de violence ou d’attroupement.

La pénurie n’est pas à craindre

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a déclaré dimanche 15 mars « il n’y a pas de pénuries et il n’y en aura pas ». En effet, nombreux sont les commerces qui s’organisent pour parer à cette situation. Le directeur opérationnel de Carrefour déclarait à la RTBF :  « Nos fournisseurs nous livrent et nous livrons les magasins. Rien à signaler pour l’instant, nous ne redoutons pas de pénurie ». Si certains rayons sont déjà vides, ce dernier explique : « Nous avons les stocks, c’est juste que nos employés n’ont pas le temps de réassortir les rayons. Du coup, nous avons rappelé des intérimaires et le personnel à temps partiel qui veut faire quelques heures en plus. (…) Nous allons dépasser le rythme des fêtes de fin d’année ». Mais au vu du monde présent dans les magasins le week-end dernier, il semble que les messages rassurants des autorités n’ai pas réussi à convaincre les consommateurs. C’est finalement une semaine après le début des mesures de confinement que le calme semble revenir dans les allées des supermarchés. Mais lorsqu’une inquiétude disparait, s’en est une autre qui prend sa place : celle des travailleurs.

L’inévitable pression sur les salariés

Face à l’enjeu du confinement, et donc de l’inévitable augmentation des ventes et de la fréquentation, c’est toute la chaine de l’alimentaire qui s’organise. Des mesures ont été prises afin de fluidifier l’approvisionnement des rayons. Ainsi, les entrepôts pourraient travailler le dimanche, quant aux législations du travail de nuit et des heures supplémentaires, elles seront assouplies à l’occasion du projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19. Définitivement adopté le dimanche 22 mars, ce projet modifie temporairement le code du travail, avec des mesures telles que la faculté de l’employeur à imposer ou de modifier «  les dates de prise d’une partie des congés payés, dans la limite de six jours ouvrables  », l’employeur étant, de plus, libéré du délais de « prévenance » pour en informer son salarié. En plus de ces mesures très critiquées, des témoignages émergent ces derniers jours, dénonçant les mauvaises conditions sanitaires dans lesquelles ils se trouvent, souvent en manque de gel hydroalcoolique ou de protections comme des masques ou des gants. Cela contrevient aux articles L. 4121-1 et suivants du code du travail, selon lequel l’employeur est tenu de «  prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».

Pourtant, lesdits travailleurs font partie d’une des catégories de personnes les plus susceptibles d’ère contaminées du fait de leur contact quotidien avec la clientèle, parfois porteuse sans le savoir. Si les grandes surfaces ont adopté des mesures de sécurité pour les clients, comme limiter le nombre de personnes pénétrant dans le magasin avec un système de filtrage à l’entrée, reste à savoir comment les salariés vont gérer cette situation pesante. Quant aux commerces de proximité, ces derniers souffrent d’une baisse de la fréquentation et d’une réduction de leurs horaires d’ouverture. Les inquiétudes grandissent donc à mesure que se prolonge le confinement.

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