Rencontre avec P.R2B – « Se raconter des histoires c’est tout aussi beau que de vivre tout court »

© Bettina Pittaluga

Après quelques années passées derrière la caméra sur les bancs prestigieux de la Femis, P.R2B débarque sous les projecteurs avec un premier titre La Chanson du Bal. Une histoire musicale hybride faite d’images, de sons et de poésies qui se dessine. Rencontre avec une jeune artiste qui raconte sa vie comme au ciné, qui projette les chansons comme des estampes japonaises.

Il y avait la foule exigeante et turbulente des Inouïs du Printemps de Bourges 2020 et il y avait cette artiste, encore inconnue (ou presque) au nom de robot mystérieux qui fait taire le public en un clin d’œil. Il y avait la Maroquinerie plongée dans le noir et une voix puissante qui déballe ses émois et ses déboires avec révolte et poésie, douceur et tempête. Cette artiste c’est P.R2B. Clarinette, cinéma, théâtre.. ce n’est pas les cordes artistiques qui manquent à l’arc de Pauline Rambeau de Baralon, il fallait bien que la chanson vienne un jour ou l’autre se greffer au reste pour que la boucle soit bouclée. Après des apparitions musicales timides, notamment sur le dernier album du rappeur Hyacinthe RAVE (2019) ou encore sur plusieurs compilations de La Souterraine pour une reprise de Léo Ferré ou des compositions personnelles, la jeune musicienne dévoile enfin son projet. Sélectionnée au dispositif du Fair 2020, P.R2B dresse de belles promesses pour les mois à venir. Nous l’avons rencontré un après-midi de janvier au Café Nord Sud dans le XVIIIème arrondissement pour parler du cinéma et ses mouvements et du pouvoir des chansons, celles qui dressent des espaces de révolte, fixent les moments comme des estampes pour capturer des souvenirs.

Pour commencer, pourrais-tu te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore en quelques mots ?

P.R2B : Je m’appelle P.R2B, j’ai un projet de chanson française à la croisée des genres.

Comme beaucoup de personnes, je t’ai découvert aux Inouïs du printemps de Bourges à la Maroquinerie, depuis tu as sorti ton premier single La Chanson du Bal. Comment tu te sens après tous ces événements ? Tu ressens un certain engouement, une pression de la part des gens autour, du public ?

D’une part, c’est très excitant parce que c’est une période un peu folle, ça fait plus d’un an et demi que je travaille autour de ces chansons, que je les écris, enregistre.. Et là c’est le moment où les choses sortent donc évidemment tous les bons retours, ça fait quelque chose. Et d’autre part, la pression intervient à chaque choix qui se présente à nous, mais c’est une bonne pression.

J’aimerais bien qu’on revienne sur les prémices de ton projet, tu as une formation de conservatoire en clarinette, tu as pris des cours de théâtre au cours Florent puis tu as intégré la prestigieuse école de cinéma La Femis. Mais quand est-ce que tu as décidé de créer le projet P.R2B ?

J’écris des chansons depuis très longtemps. Quand j’étais à la FEMIS, je commençais déjà à en écrire mais la formation me prenait beaucoup de temps. A l’époque, je faisais de la musique pour des ami.es réalisateur.ices. J’ai commencé à faire de la musique pour l’image. Puis j’ai mis mes premières chansons en ligne mais c’était non-officiel. Juste avant, j’ai rencontré le rappeur Hyacinthe avec qui j’ai fait un featuring puis j’ai été mise en contact avec la Souterraine qui m’a invité sur leur compilation. Avec le temps, je me suis rendue compte que j’avais très envie de faire un projet de chansons, à la fin de l’école, des portes se sont ouvertes et je me suis glissée à travers, depuis le projet ne m’a plus lâché.

Tout à l’heure tu parlais d’écriture, j’aimerais te poser une question qu’on ne pose pas assez aux artistes : pourquoi tu écris des chansons toi ?

Il y a tellement de raisons. Moi je sais que la mienne a toujours été extrêmement intime. J’ai commencé à écrire très tôt, au collège j’écrivais des textes très simples sur ce que je vivais et ce que je ressentais. Ce qui m’attire dans la chanson, c’est le format court et bref, c’est pas un scénario, c’est 3,4 ou 5 minutes pas plus, comme une estampe japonaise. J’ai l’impression que je peux saisir un moment de ma vie ou une fiction que j’imagine. Pour moi, écrire des chansons c’est arriver à suspendre un moment.

Quand on t’écoute, on ne peut pas s’empêcher de songer à de grands noms de la chanson française comme Léo Ferré ou encore Barbara, est-ce que ce sont des artistes qui ont eu un impact sur toi ?

Oui, clairement. Je pense que cet impact vient de ce que j’écoutais à la maison quand j’étais plus jeune. Mes parents écoutaient beaucoup de chansons françaises, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Higelin… des chanteurs et chanteuses “à textes”. J’ai toujours eu un lien assez direct avec ce genre d’artistes, j’ai l’impression que ma vie a toujours été rythmée par ces gens qui écrivent leur vie et l’interprètent. C’est un lien assez logique, après c’est de telles figures que c’est toujours difficile de se comparer à eux. Mais je crois avoir, comme eux, cette volonté d’avoir un rapport pur à la chanson et de tout donner avec ma voix.

J’ai l’impression que ces influences donnent à ta musique quelque chose d’assez nostalgique, anachronique mais en même temps tu essaies d’installer ta musique dans les sonorités de notre époque, des sons électroniques, parfois hip-hop. Ce choc des époques et des sons, c’est quelque chose auquel tu avais réfléchi ?

Je l’ai pas réfléchi dans un truc conceptuel, c’était pas carré dans ma tête. Je crois que je ressemble beaucoup aux musiques que j’écoute. Pour moi, la chanson et le rap se rassemblent, ce sont deux genres à textes, à la seule différence qu’on se cale pas rythmiquement sur la même chose. J’ai toujours eu cet endroit là, ces deux espaces musicaux qui sont aussi des lieux de révolte. Après pour les rythmes, j’écoute beaucoup de musiques étrangères. C’est venu assez naturellement, ce conflit sur lequel je travaille constamment, un conflit entre quelque chose de très mélancolique et une sorte de rage. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de laisser transparaitre dans mes clips et sur scène.

“Musique, cinéma, chanson, tout était là très tôt” peut-on lire dans ta biographie. Chez P.R2b, j’ai l’impression que les trois ne font qu’un. Il y a des chansons dans tes images, des images dans tes chansons et la musique qui survole tout ça. Qu’est ce qui t’inspire pour créer des chansons dans le cinéma ?

Quand j’écris, je ne vois pas des images de films mais par contre je fonctionne en images et en scènes. On a tous cette impression dans la vie, de vivre quelque chose et de se dire “c’est quand même pas possible que ça m’arrive pile à ce moment là”. Il y a toujours ce truc de suspension du temps, comme un long travelling. Moi j’ai une obsession sur les plans de cinéma que j’applique aussi à la vie. En tout cas, dans cette notion de raconter des histoires -si courtes soit-elles-, il y a toujours cette question de mouvement, de truc qui avance qui se rapproche plus du cinéma que du poème fixe. Et je crois que ma manière d’écrire est complètement liée à tout ce que j’ai vécu ou fait dans le cinéma.

D’ailleurs il y a une phrase qui marque dans les chansons que tu fais en live c’est “Je rêve qu’on raconte sa vie comme au ciné”, c’est un peu ce que tu fais je trouve.

D’ailleurs, la suite de ce texte c’est “tout est faux, mais en vrai, mêmes mensonges, vérité” c’est pour dire que finalement parfois, se raconter des histoires c’est tout aussi beau que de vivre tout court. Traverser des choses et savoir les redire, comme quand on laisse passer du temps et qu’on se remémore un souvenir auprès de quelqu’un qu’on a pas vu depuis longtemps.

Il y a aussi ce truc d’écrire, de fixer le moment pour pas l’oublier, ce qui est un peu le concept même de l’art.

Oui, il y a un rapport extrêmement temporel aux chansons. Peu importe que tu écrives sur un moment précis ou non, tu te souviendras forcément de ce que tu ressentais le jour où tu l’as écris. C’est quelque chose que le cinéma n’a pas car les scénarios s’écrivent sur une longue période et la réalisation d’un film aussi donc tu n’auras pas l’impression d’encrer un instant de ta vie. Et ce qui est très drôle c’est que quand tu lègues ces chansons, ça devient le moment de la vie de quelqu’un d’ autre qui n’avait strictement rien à voir avec le tien. C’est très miraculeux.

Dans ton clip La Chanson du Bal, que tu as auto-réalisé, il y a plusieurs éléments assez curieux qui le rende beau. Un cheval et un château dans la nuit, on a comme la sensation d’être téléporter dans un conte de princesse 2.0. On retrouve encore ce choc des époques mais cette fois visuel. De quoi tu t’es inspirée pour ce clip ?

Il y aura pas forcément ce truc là dans tous mes clips mais sur celle-ci il y a cette ambiance anachronique déjà parce que la chanson s’appelle La Chanson du Bal et aussi parce qu’elle raconte l’histoire de quelqu’un qui arrive dans une soirée et tombe amoureux, une sorte de rendez-vous manqué onirique. J’ai convoqué des films comme la Belle et la Bête de Cocteau pour le côté intemporel, cette idée que le temps n’existe plus et que tout ce qu’il reste est l’amour perdu ou l’amour rêvé. J’ai aussi pensé à Melancholia de Lars Von Trier pour la conception du clip.

P.R2B dans le clip de La Chanson du Bal (2019) / Bettina Pittaluga

Tu peux nous parler de tes inspirations cinématographiques de manière plus générale ?

Je dirais le cinéma de Pialat qui réussit à faire des peintures de vie sidérantes par le chaos et la mise en scène. Après il y a Kitano, qui a fait Hana-Bi, un film sublime. Sinon, j’aime beaucoup Kubrick, Lolita ou encore Barry Lindon. Après dans le cinéma un peu plus contemporain, j’aime les gens qui vont casser les genres comme Harmony Korine même si je suis moins fan des derniers. C’est toujours des personnes qui vont prendre le contrepoint du monde.

Pour finir, tu peux nous partager un coup de coeur musical et cinématographique récent ?

En musique, je dirais Hervé, il a quand même un grand rapport avec la mélancolie, la rage et la chanson, c’est quelqu’un que je respecte énormément. En film je dirais Shéhérazade.

PR2b se produira le 25 mars au Festival Chants de Mars (Lyon) et le 12 mai à la Boule Noire.

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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