« Objets massifs » ou les métamorphoses d’un caillou

© Anne Attali et Marie Van Roey

Ce mois de janvier paraissait aux éditions Esperluète Objets Massifs, reprenant une nouvelle de Virginia Woolf, mise en images par Anne Attali et Marie Van Roey. Sur la plage, un homme fait une trouvaille, un petit morceau de verre qui deviendra le début d’une obsession pour lui et le début d’une histoire pour nous. 

«  Il ne s’aperçut pas – et de toute façon il n’y aurait guère pris garde – qu’après avoir regardé un instant le caillou d’un air hésitant John l’avait glissé dans sa poche.  »

Objets massifs, texte de Virginia Woolf mis en images par Anne Attali et Marie Van Roey, aux éditions Esperluète, 2020.

Dans cette nouvelle, Virginia Woolf écrit une ode à la trouvaille, à la collection des petits trésors découverts sur le chemin, qu’on rangeait discrètement dans notre poche lors des balades d’enfance. L’objet collecté, si banal, si commun pour les autres, se transforme sous l’œil de l’explorateur qui a su voir en lui un reflet insoupçonné ou une couleur inattendue. Ce texte est un conte sur le regard et sur la fascination, sur la passion d’un homme incompréhensible pour tous et même inexplicable pour lui-même. Le petit Poucet a grandi et a renversé la diégèse, ici il amasse les petits cailloux magiques au lieu d’en couvrir le sol. Mais les objets ramassés, autant que les objets relâchés dans le conte de Perrault, lui permettent de trouver son chemin, un nouveau chemin, loin de la politique ou de l’utilité pratique : un chemin plus poétique aux accents mystérieux et aux formes nouvelles de découvertes répétées. 

Couverture d’Objets massifs, texte de Virginia Woolf mis en images par Anne Attali et Marie Van Roey, aux éditions Esperluète, 2020.

La nouvelle, traduite en français par Pierre Nordon, est mise en scène dans un livre qui se donne lui-même comme une trouvaille perpétuelle. Chaque page s’ouvre sur une nouvelle expérience visuelle, mêlant dessin, photographie ou peinture, en jouant sur les teintes, les effets de clarté ou de profondeur. Une étude du caillou se développe sous nos yeux et cet objet si simple se métamorphose sur le papier, inspirant mille formes et mille nuances. L’obsession du caillou chez le personnage, John, fait écho à l’obsession artistique des graphistes dans la reproduction picturale de cet objet et de tout ce qu’il leur évoque. Le mutisme de la pierre ne veut pas dire qu’elle n’a pas d’histoire à nous raconter, et jamais un caillou n’a été aussi bavard. 

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