Nous campons sur les rives : Dans la tête de Mathieu Riboulet

Au Théâtre des Amandiers de Nanterre, Hubert Colas met en scène deux textes de l’auteur disparu en 2018 dans un petite forme ramassée mais profondément émouvante. 

© HELENA WOLFENSON / THE SAFEST PLACE IN THE WORLD

Il y a deux ans, l’auteur Mathieu Riboulet disparaissait à l’âge de 57 ans. Une perte inestimable pour son lectorat, relativement modeste mais exigeant. Parmi ses lecteurs attentifs, se trouvaient le metteur en scène Hubert Colas et l’acteur Frédéric Leidgens. A l’occasion d’un échange, ils se rendent compte qu’ils affectionnent tous deux les écrits de cet auteurs édité chez Verdier (dont les couvertures sont si reconnaissables à leur couverture jaune poussin). Ils décident alors de le porter à la scène.

Huberts Colas et ses acteurs ont choisi de faire raisonner deux textes, finalement assez différents, de Mathieu Riboulet. D’abord Nous campons sur les rives, un texte publié en 2018 et qui est la retranscription d’une allocution donnée par Riboulet lors du Banquet du livre de Lagrasse en août 2017 à la demande de l’historien Patrick Boucheron, avec lequel il avait précédemment publié Prendre dates en 2015 après les attentats. Ensuite, «  Un dimanche à Cologne  », une des histoires figurant dans le recueil Lisières du corps

Frédéric Leidgens © Hervé BELLAMY

Le premier texte est une invitation à réfléchir sur les notions d’ici, de là-bas, de voyage et de ce qui se trouve au bout : d’où sommes nous vraiment ? Pourquoi partons-nous ? Pourquoi certains restent ? Frederic Leigens incarne avec une grandeur, une humilité et une émotion très justes cet homme en questionnement. Le deuxième est délivré – avec beaucoup de présence également – par Thierry Raynaud qui relate avec toute l’énergie nécessaire un après-midi dans un hammam gay de Berlin où un jeune garçon particulièrement beau mais boiteux va venir perturber les habitués du lieu. On pourrait toutefois regretter dans cette deuxième partie le ton ironique et goguenard retenu par la mise en scène pour faire entendre ce texte qui n’est pas forcément celui avec lequel se lisent les oeuvres de Riboulet.

En revanche rien à redire sur la mise en scène magnifique de simplicité d’Hubert Colas qui met à profit avec beaucoup d’intelligence l’architecture si particulière du planétarium des Amandiers de Nanterre dans lequel la pièce est présentée. Si les projections de texte et d’images ainsi que l’utilisation époustouflante des lumières ne sont pas sans rappeler l’atmosphère des pièces de Julien Gosselin – pour lequel Hubert Colas d’ailleurs peut parfois être scénographe comme dans 2666 – Nous campons sur nos rives se distingue par une sorte de sobriété radicale qui emporte autant que le texte de Riboulet. 

Nous campons sur les rives. Mise en scène d’Hubert Colas, avec Frédéric Leidgens et Thierry Raynaud d’après Nous campons sur les rives (2018) et « Dimanche à Cologne » extrait de Lisières du corps (2015) de Mathieu Riboulet. Durée : 1h. Du 6 au 9 février 2020 au Théâtre des Amandiers de Nanterre

Chloë Braz-Vieira

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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