MUSIQUE EN BREF – Grandes Espérances

Tour d’horizon des albums/ EP/ Mixtapes sortis ces deux dernières semaines. Ce lundi, des disques internationaux très attendus (Agnès Obel, Tame Impala, King Krule), des artistes français bien installés (Perez, Octave Noire) ou encore des révélations prometteuses (Meryl, Les Hiboux).

Agnès Obel – Myopia

Artiste incontournable, Agnès Obel signe une nouvelle fois un album d’une délicatesse et d’une maîtrise rare. Et ce n’est pas une surprise, dès le premier single de celui-ci, Island of Doom, on pouvait voir venir la réussite musicale du projet qui met les cordes à l’honneur. Agnès Obel parvient toujours à concrétiser cette alliance resserrée entre musique classique et teintes électroniques sobres, matérialisées par une texture musicale unique, faisant de chacune de ses compositions une partition à la croisée des genres. De l’instrumental sur Roscian ; des voix évaporées dans Won’t You Call Me ; des superpositions habiles et aériennes sur Broken Sleep. Un grand album qui s’inscrit pleinement dans la lignée de ses prédécesseurs.

Coups de cœur : Island of Doom, Promise Keeper

Sortie le 21 février

Caroline Fauvel

King Krule – Man Alive !

Après avoir révélé successivement les morceaux Perfecto Miserable, Alone, Omen 3, (Don’t Let The Dragon) Draag On, et Energy Fleets (dans le clip acoustique de Hey World ! sorti en novembre 2019), King Krule nous livre Man Alive !, une composition aux accents sombres, disposant d’une cohérence saisissante. L’album donne suite à The Ooz (2017) qui avait d’ores et déjà marqué les esprits. L’artiste y expose ses doutes et son regard singulier sur le monde, sous une musique aux tonalités toujours feutrées et jazz, portée par cette guitare enlevée si caractéristique qu’on retrouve sur l’ensemble de ses compositions. Man Alive ! reprend le processus des précédents albums et EP de King Krule, en opérant des choix esthétiques révélateurs et mélancoliques, comme l’illustre bien le clip animé de Cellular, réalisé par Jamie Wolfe. (C’est déjà complet soit mais) King Krule sera le 4 mars prochain sur la scène de l’Olympia pour présenter Man Alive !.

Coups de cœur : Underclass, Perfecto Miserable

Sortie le 21 février

Caroline Fauvel

Tame Impala – The Slow Rush

On n’y croyait même plus, mais si, enfin : en guise de cadeau de Saint Valentin, Kevin Parker nous a offert le nouvel album de Tame Impala. The Slow Rush est sorti le 14 février, cinq ans après le remarquable Currents. Très attendu, il a plutôt divisé la rédaction : des productions très bonnes, mais inégales et un album qui peine à convaincre dans sa globalité pour les uns ; un grand disque marqué par la légèreté, comme si Kevin Parker s’était enfin lâché pour d’autres. Ces chroniques croisées sont à lire juste ici.

Sortie le 14 février

Octave Noire – Monolithe

« On est carré dans nos faiblesses/ nos coeurs ont laissé des adresses/ on n’est pas là par hasard » : ainsi sont les premiers mots percutants de Monolithe, deuxième disque du parisien Octave Noire qui annoncent d’emblée un projet en demi-teinte, entre douceur et gravité. Remarqué en 2017 avec son superbe album fluorescent -obscur Néon où l’on retrouvait notamment le tube Un Nouveau Monde, le génie des synthès revient sur le devant de la scène et livre un dix titre troublant d’humanité. Des chansons qui défilent comme des bandes originales de morceaux de vies où les sentiments se heurtent à l’existence parfois pesante. Dans Monolithe, on croit au rêve américain (Los Angeles) et on surmonte les tempêtes de l’absence (L’Avalanche) sur des instrumentations pop-orchestrales vaporeuses. Au détour du disque, l’artiste s’entoure d’invité.e.s d’exception comme Dominique A sur le déchirant J’ai Choisi ou encore de la chanteuse Mesparrow sur l’envoûtant Parce Que Je Suis. Avec cet album, Octave Noire construit un monument sensible mais solide comme du roc qui accompagnera nos questionnements et nos chagrins.

Coups de cœur : Los Angeles, Le Soleil et Les Hommes, J’ai Choisi

Sortie le 14 février

Pauline Pitrou

Meryl – Jour avant Caviar (Mixtape)

Tout ce qu’elle veut, elle le peut. A seulement 24 ans, la jeune martiniquaise fraîchement arrivée dans la capitale, qu’on avait notamment pu apercevoir en tant que topliner derrière des grands tubes de SCH ou encore de la rappeuse Shay dévoile sa première mixtape sous le nom de Jour Avant Caviar. Emmêlant trap, rap et dancehall, l’artiste détonne d’emblée grâce à un flow tantôt mélancolique tantôt insolent. A l’image de la plupart des adeptes du rap, elle aborde les questions qui la hantent : son métissage, la quête éperdue vers le succès, la reconnaissance et l’argent. Alliant créole et français, elle rend hommage à la terre qui l’a vu naître et enchaînent les tubes. Une femme talentueuse de plus qui vient s’installer confortablement dans le rap game et donner de la force à toutes celles qui viendront après.

Sortie le 21 février

Coups de cœur : TCQDF, AH LALA, Coucou

Pauline Pitrou

Tallisker – Azadi (EP)

Azadi, liberté en perse. C’est par ce titre d’EP que Tallisker poursuit son road-trip musical. Après un séjour en Iran au contact de sa jeunesse, elle nous offre quatre titres qui convoquentautant les sonorités électroniques puisées à New-York que des tonalités plus classiques héritées de Téhéran. « J’ai vite compris les parties sombres d’une jeunesse en Iran mais j’ai surtout été touchée par la fraîcheur, l’espoir et la candeur des Iraniens qui rendent le quotidien meilleur », dit-elle pour la sortie de cet EP. C’est dans cette ambiance qu’émerge le beau titre intitulé L’Arène, mélange de chant traditionnel, de cordes mais aussi de sons électroniques. La voix de Tallisker vient fédérer l’ensemble avec une vive émotion qui évoque une teinte de mélancolie, celle d’être coincée entre deux mondes, entre deux époques. Pour l’heure, avec seulement quatre titres pour ce nouveau disque, elle se place dans la liste des artistes à suivre.

Coup de cœur : L’Arène

Sortie le 14 février

Clément Simon

Arigato Massaï – How We Go (EP)

Après un EP intitulé Horizons, Arigato Massaï lorgne davantage vers la musique électronique avec How we go. Le premier titre éponyme a le mérite de placer la barre très haute, propulsant les quelques mots chantés dans un tourbillon de sonorités marqués par les années 1980. L’EP tient sa cohérence dans l’idée d’une boucle qui bifurque légèrement au détour des voix qui accompagnent la musique. A ce propos, le titre Can’t you see passe d’un genre à l’autre par l’intermédiaire de Noraa Tchari. Elle accompagne des sonorités électroniques entêtantes avant de se jeter dans des instants plus pop. Le morceau What a day semble un peu à part puisqu’il évacue la voix pour se focaliser sur un rythme lancinant. Là encore, les années 1980 nous reviennent en pleine figure, sous une forme actualisée, renforcée par les influences d’autres genres musicaux. La qualité de la production vient confirmer les débuts prometteurs d’Arigato Massaï.

Coups de cœur : How we go, What a day

Sortie le 14 février

Clément Simon

Les Hiboux – O Carnaval (EP)

Vai Ser Muito Bom, comprenez en français Ca sera très bon (dixit notre plus ou moins fiable Google Translate). Un leitmotiv chez Partyfine qui ne cesse de prospérer tant les artistes qui y siègent s’assurent que cela ne change pas. Un mois après la compilation More Or Less Disco, une semaine avant la sortie du nouvel album très attendu de Yuksek, grand maître du label, on se délecte à l’écoute de la nouvelle signature, Les Hiboux. Chez Partyfine, l’été c’est toute l’année. Et dans cet EP (ou single on est pas trop sûr) , les deux DJ parisiens nous offrent une virée estivale disco au coeur de la culture brésilienne et du carnaval de Rio, accompagnés de quelques relectures de Yuksek, CLAAP ! et V4YS (Vibes4YourSoul). Tous prédestinés à nous faire profiter de l’hiver en attendant l’été, avec un cocktail dans chaque main.

Coup de cœur : Vai Ser Muito Bom

Sortie le 21 février

Guillaume Lacoste

Le podcast

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.