« Mes Jours de Gloire » – Rencontre avec Vincent Lacoste et Antoine de Bary

Antoine de Bary / Copyright Léïna Jung / Maze

Dans Mes Jours de Gloire, Antoine de Bary met en scène Vincent Lacoste dans le rôle d’un ex-enfant star qui peine à trouver sa place dans un monde qui idéalise l’âge adulte. Intelligent et (très) drôle, le film reste un drame touchant et profondément universel.

Voilà un duo que l’on va suivre de près. Amis dans la vie, Vincent Lacoste et Antoine de Bary font aussi bon ménage au cinéma. Dans Mes Jours de Gloire, ils démystifient le passage à l’âge adulte, aux côtés d’Emmanuelle Devos, de Christophe Lambert et de Noée Abita. Antoine de Bary signe un premier long métrage fort et réussi le pari de mélanger habilement comédie et drame. Nous les avons rencontrés pour un entretien sous le signe de la complicité et de la bonne humeur.

Antoine, Mes Jours de Gloire est votre premier long métrage, pouvez-vous nous raconter la genèse du film ?

Antoine de Bary : J’avais envie de faire un film sur le passage à l’âge adulte, parce que ça correspondait bien à une certaine période de ma vie. Dans les films, devenir adulte c’est souvent représenté comme ce truc dément, il y a toujours cette excitation de trouver un premier job, un premier appart. Alors qu’en observant autour de moi j’ai vu que c’était beaucoup plus compliqué que ça, et finalement pour n’importe qui, grandir c’est très vertigineux.

Mais c’est aussi des jours de gloire d’une certaine manière. J’étais au lycée au moment des premiers pas de MySpace, autour de moi il n’y avait que des gens qui avaient un groupe de musique, qui passaient à la télé ou à la radio. Quand tu les revois 10 ans plus tard, il y a une sorte de déception. Comme si on avait eu trop de promesses jeunes et que l’âge adulte décevait beaucoup. Ça nous amusait avec Elias Belkeddar, le co-scénariste, de raconter ça de cette manière là. Aujourd’hui, il y a une sorte d’injonction à la réussite jeune, le fait d’être bon tout de suite, de savoir tout de suite ce qu’on veut faire. Ça devient une forme de violence, comme si ne pas avoir « réussi » à 30 ans était un peu une condamnation à finir has been. C’est ce qui m’intéressait dans le personnage d’Adrien, il est déçu avant d’avoir rien fait.

Vincent, qu’est-ce qui vous a touché dans le personnage d’Adrien ?

Vincent Lacoste : Déjà, tout ce que vient de dire Antoine (rires). Plus sérieusement, je trouve le personnage très actuel, il représente des questionnements que tout un tas de gens se posent à mon âge. Je trouvais la trajectoire du film assez marrante, il raconte le passage à l’âge adulte à travers une chute et une désillusion. Traiter d’un personnage aussi névrosé et triste dans une comédie, je trouve ça super intéressant. Et puis on avait déjà fait un cours métrage avec Antoine, L’Enfance d’un Chef, et j’avais adoré travailler avec lui. J’aime beaucoup son style.

Une grande partie de l’équipe technique de Mes Jours de Gloire était d’ailleurs déjà à vos côtés pour L’Enfance d’un Chef… 

Antoine : Oui, tout à fait. Parce qu’on est tous proches dans la vie. Si on prend Mourad Belkeddar mon producteur, j’étais son stagiaire à 14 ans. Il m’a présenté son frère, Elias, qui est devenu un de mes meilleurs amis et un des meilleurs amis de Vincent aussi. J’aime l’idée de travailler avec les gens que j’aime. Petit à petit on développe des habitudes, on a des goûts en communs. Mais bon, si ça se trouve sur le prochain film, plus personne ne voudra travailler avec moi (rires). Je pense que tu deviens amis avec les gens parce que tout à coup il y a quelque chose qui plait, une manière d’être et de penser sur lesquels on se retrouve. 

Vincent : Et aussi l’envie de raconter des histoires un peu similaires. 

Antoine : Oui, voilà ! Et puis ceux qui sont restés après le court métrage, je voulais travailler avec eux tout simplement parce que je suis fan de leur travail, je les admire énormément, donc je suis content de pouvoir faire ça avec eux. 

Copyright Bac Films

Travailler entre amis, cela doit forcément donner lieux à des situations assez incroyables sur un tournage. Il y a-t-il un souvenir particulier qui vous rattache au film ?

Vincent : Moi je me souviens d’un très bon moment avec Elias et Antoine… On s’est retrouvé à l’hôpital parce que je me suis ouvert l’arcade sourcilière pendant le tournage. Donc on a fini aux urgences à 3 heures du matin.

Antoine : C’était surréaliste, Vincent était là à se faire recoudre, et nous on ne savait même pas si on allait pouvoir tourner le lendemain. C’était génial. 

Vincent : On était complètement claqués. C’était chouette, on était en plein tournage entouré de toute une équipe, et tout à coup on s’est retrouvés seuls, tous les trois, entre potes. 

Antoine : L’autre moment qui me vient, c’est toute la fin du tournage. On a commencé à tourner en plein hiver à Paris, et tout à coup on arrivait au printemps, et on tournait dans de grands espaces où il faisait beau. C’était très gai. Ah, et sinon il y a les photos avec Fonfon. 

Vincent : Fonfon, c’est le chien. 

Antoine : On faisait des photos à la pause déjeuner, avec Vincent en peignoir qui portait le chien dans les bras. Et tout à coup cette odeur bizarre commence à arriver. 

Vincent : Le chien s’était lâché partout, c’était l’enfer. (rires)

Dans le film, Adrien passe des auditions pour jouer Charles de Gaulle jeune au cinéma. Le personnage du général de Gaulle était déjà présent dans L’Enfance d’un Chef, qu’est-ce qui vous attire dans l’homme ? Et dans le mythe ?

Antoine : De Gaulle, on le ressort constamment comme le grand héros français. Ça m’a toujours beaucoup intrigué parce qu’il a quelque chose de beaucoup plus romantique et de beaucoup plus romanesque que ce qu’on essaye de nous vendre. Il était un peu moyen en cours, il a toujours été un peu mis à l’écart. Il a passé 14-18 en prison. Il a été un peu loser pendant longtemps en fait. Et puis tout à coup il part en Angleterre. Mais personne ne croit en lui ! Quand Churchill le voit débarquer, il ne pense pas une seconde qu’il a le charisme pour être le leader de la Résistance. Je trouve ça beau le fait de pouvoir passer de loser à winner comme ça. Et puis il y a un vrai potentiel comique ! Cette incarnation du héros, ça m’amuse.

Vincent : Et puis il y a un énorme décalage avec le personnage d’Adrien aussi, qui lui est plutôt l’inverse d’un héros. 

Antoine : Totalement. Adrien a cette incapacité totale à porter un costume bien trop grand pour lui. De Gaulle représente ça aussi. 

Le film joue énormément sur la balance entre drame et comédie. Adrien vit une période très sombre, et pourtant il en devient drôle presque malgré lui. Quelles ont été vos inspirations au moment d’écrire ce scénario ?

Antoine : Moi j’adore les films de Pierre Salvadori. Je le trouve hyper fort dans sa capacité à traiter de personnages encombrés, dépressifs, sombres, sous couvert de comédie. Les personnages se débattent toujours avec quelque chose de manière drôle, mais dans un concept dramatique. Et puis toutes les comédies italiennes des années 50 et 60, qui traitaient de sujets vraiment durs mais avec des personnages qui dansent la farandole au milieu. C’est un ton de comédie que j’aime beaucoup. 

Le film traite aussi de la difficulté d’affronter le regard de l’autre, notamment en tant qu’acteur, avec Adrien que personne ne veut engager.

Vincent : C’est sûr, je ne rêve pas de vivre ce que vit Adrien dans le film (rires). Le film parle aussi de ça, en tant qu’acteur on est totalement dépendant du désir des autres. Si personne ne se projette en vous, alors vous ne travaillez pas. Ce qui est horrible. Moi je veux faire un maximum de films différents, travailler avec des metteurs en scène que j’admire. C’est eux qui font la différence. Un scénario, même si le personnage est exceptionnel, s’il est mal mis en scène il ne donnera rien. Pour un acteur, comme pour un réalisateur d’ailleurs, c’est impossible de savoir avant si un film va être bon, ça dépend de tellement de choses.

Antoine : Ah non, moi je savais que ça allait être génial (rires).

Vincent : C’était sûr ! 

On peut donc s’attendre à vous voir à nouveau collaborer ? 

Vincent : Ah oui bien sûr, on veut retravailler ensemble. Notamment sur un biopic du général de Gaulle (rires). 

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