« Le Dieu vagabond » : épopée d’un satyre parmi les Hommes

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Coincé entre deux mondes, témoin d’un ancien et victime d’un second, Eustis est un satyre coincé sur Terre et privé de la compagnie des dieux. Publié par la maison d’édition Sarbacane, Le Dieu vagabond se veut le récit de l’errance de trois personnages.

Tout comme Actéon métamorphosé en cerf par Artémis puis dévoré par ses chiens, Eustis qui a poursuivi une nymphe sous la protection de la déesse est maudit par celle-ci et condamné à errer dans le monde des hommes. Il perd ses attributs de satyre, ses belles oreilles pointues et ses cornes, est exclu du cortège de Dionysos et condamné à vivre comme un humain.

L’histoire commence à notre époque contemporaine, où l’ex-satyre campe dans un champ de tournesol et propose des prédictions aux badauds qui osent venir l’interroger. Condamné à une existence sans but, privé de la compagnie des dieux alors qu’il demeure encore enivré par le souvenir du Dieu Dionysos, Eustis n’a que pour compagnie les prostituées du bord de la route et un vieux professeur à la vue défaillante.

Pourtant, l’espoir ressurgit lorsqu’il apprend que les autres dieux existent encore et qu’ils n’ont pas été engloutis par la montée des religions monothéistes. Ils ont dû, face à ces nouvelles réalités, s’adapter pour survivre.

Avec Le Dieu vagabond, Fabriozio Dori campe une épopée contemporaine avec en guise de codes les mythes et divinités antiques qui doivent faire face à leur propre oubli. Mars comme partisan nazi en thérapie de groupe, Vénus piégeant les touristes dans une fête foraine  : ces dieux déchus ne trouvent pas leur place dans une société guidée par de nouvelles croyances.

Eustis, qui n’aspire qu’à retrouver sa place dans un cortège où le temps est suspendu et où le sens de l’existence n’est pas questionné, se voit confier une quête par les autres déesses associées à la lune  : Hécate et Séléné.

Accompagné par le fantôme d’un guerrier sans gloire à la soif de bataille et un professeur humain en quête de réponses sur le sens de l’univers, l’ex-satyre tente de réunir deux amants pour réparer l’offense faite à Artémis.

Entre rêve et fantasme, animalité et divinité, grâce et perdition, ennui et euphorie, la quête homérique des trois personnages est présentée par des dessins aux couleurs chatoyantes qui représentent à elles seules une certaine perception de l’existence. Les dessins poussent la fantasmagorie à son apogée et opèrent des discrètes ou frontales références artistiques  : Van Gogh, l’art japonais,… On croit même reconnaître quelques figures proches de Klimt.

L’intrigue est découpée en plusieurs actes, comme dans un théâtre épique ou pathétique, pour suivre l’aventure de ces personnages qui subissent chacun le passage du temps d’une manière qui leur est propre et à laquelle ils tentent tous trois d’échapper.

« Que sais-tu de la vie de mortel ? Je vais te dire ce que c’est ! L’Homme est comme une petite flamme qui s’allume subitement dans le noir de l’univers. Il a à peine le temps d’éclairer le cercle d’obscurité qui l’entoure, de regarder autour de lui, d’essayer de comprendre le monde … Qu’il s’éteint tout aussi subitement, sans être plus avancé »

Le Dieu Vagabond, Fabriozo Dori
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