« Cuban Network » : Cuba sous tension dans le dernier film d’Olivier Assayas

© Orange Studio

Quatre ans après son prix de la mise en scène à Cannes pour Personal Shopper, et deux ans après Doubles Vies, Olivier Assayas revient et s’attaque à une page méconnue de l’histoire cubaine.

1959. Fidel Castro prend le pouvoir à Cuba. Les États-Unis imposent quasi-immédiatement un embargo commercial sur Cuba, devenu communiste, où la vie devient vite rationnée et pauvre. Dans les années qui suivent, des réseaux d’exilés cubains organisent depuis les États-Unis des attentats visant à affaiblir le régime de Castro. Pour les combattre, le gouvernement cubain monte au début des années 90 un réseau d’espion, la Red Avispa. Leur rôle est d’infiltrer les organisations d’exilés cubains en Floride, et de rendre compte à Cuba de leurs agissements. Ils collaboreront notamment avec le FBI, qui gardera un oeil sur les projets de la Red Avispa (ou Wasp Network).

En 1998, le gouvernement cubain, dans une tentative de rapprochement avec les États-Unis, va les dénoncer au gouvernement américain, par l’intermédiaire du célèbre écrivain Gabriel García Márquez. Le Wasp Network va alors être démantelé, et les cinq agents qui refusent de collaborer seront emprisonnés sur le sol américain. L’histoire de ces espions, appelés les «  Cuban Five » est racontée dans Les Derniers Héros de la Guerre Froide, livre dont Assayas tire son scénario.

Le film impressionne d’abord avec un casting trié sur le volet : Pénélope Cruz, Édgar Ramirez (Carlos), Wagner Moura (Pablo Escobar dans Narcos), Gael Garcia Bernal (Mozart in the Jungle), et Ana de Armas (nommée aux Golden Globes cette année pour À Couteaux Tirés). Ils crèvent l’écran tour à tour, et donnent une allure folle à ce thriller politique sur fond de Guerre Froide. Le film joue sur la double narration : ces hommes sont-ils des héros ? Des traîtres ? De vulgaires terroristes ? On est constamment tiraillés entre ce que l’histoire veut nous faire croire, et ce que racontent ces simples histoires d’hommes et de femmes qui semblent se débattre, dépassés par l’époque confuse qu’ils essaient tant bien que mal de marquer.

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Assayas réussit le pari de mettre à l’écran une histoire complexe à tous les niveaux : des espions quittant femme et enfants du jour au lendemain, passant pour des traitres aux yeux de leur pays, mais donnant leur vie pour le sauver et finalement être trahis. Double vie, activités illégales et collaboration avec le FBI… le film aurait presque des airs de Narcos, mais Assayas en fait un drame poignant, notamment en mettant au coeur de son film l’histoire d’amour entre les personnages de Cruz et Ramirez. Fous amoureux, ils apparaissent comme le couple idéal à qui les circonstances n’ont pas arraché la passion et la tendresse. Et puis un matin, il ne reviendra pas. Il a fui pour la Floride. Se croyant abandonnée à Cuba par son mari sans explication, elle ne va jamais perdre espoir, et se battra pour faire éclater la vérité.

Le film a tout de même ses faiblesses puisqu’il néglige certains de ses personnages, notamment celui d’Ana Margarita Martinez, joué par Ana de Armas, qui reste trop superficiel et dont le sort est totalement laissé de côté passée la première heure du film. L’excès de flashbacks désoriente aussi le spectateur, qui appréciera sans doute plus facilement le film si il a déjà quelques notions bien ancrées sur la Guerre Froide et l’historique des relations compliquées entre Cuba et les États-Unis pendant cette période.

Si l’histoire est complexe et qu’on s’y perd parfois, le film est passionnant et plein de rebondissements. Porté par des acteurs au sommet de leur jeu, c’est une belle réussite et un témoignage fidèle et bien renseigné d’un pan de l’histoire cubaine complètement méconnu.

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