Coronavirus : une inquiétude exagérée ?

©Gerd Altmann (Pixabay)

Les dernières données présentées ce dimanche  : 1 843 nouveaux cas d’infection du coronavirus et 1 665 morts en Chine. Des chiffres qui amplifient une crainte internationale présente depuis décembre et qui continue de s’accroître. Mais cette crainte est-elle justifiée, ou bien la planète est-elle plongée dans une psychose irrationnelle  ?

Depuis l’apparition des premiers cas du coronavirus en décembre dernier, une panique s’est propagée dans le monde. Rupture de stock de masques dans les pharmacies, crainte de toute personne ayant un profil asiatique… Mais pourquoi une telle peur  ? Et quelles en sont les conséquences  ?

Avant de répondre à ces interrogations revenons rapidement sur le risque de mortalité et de contagion de ce virus, le Covid-19. Selon le graphique réalisé par Le Monde grâce à différentes sources, notamment l’Institut Pasteur et l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), il est possible de comparer ce coronavirus avec de nombreuses autres maladies. Ce virus reste dans la zone à faible risque de contamination et à faible risque de mortalité.

© Le Monde
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D’après le graphique, ce virus est aussi contagieux qu’un rhume, c’est-à-dire 2 % de risque. Cette contagion rejoint celle d’Ébola à 1,9 %, seule différence, le coronavirus a un risque de 3 % de mortalité contre 50 % pour l’Ébola. Ainsi, cette étude permet de mettre en valeur cette folie de la peur irrationnelle du coronavirus qui touche notre société.

Malgré les tentatives des professionnels de la santé à apaiser les craintes, comme le Dr. Michelle Dusart médecin-chef invitée de l’émission Vivacité qui explique que  :

«  Ce n’est pas parce que vous rencontrez quelqu’un qui est Chinois qu’il y a plus de risques ! C’est une psychose complètement inutile ! En plus de ça, 80 % des gens qui vont contracter le virus vont faire une maladie bénigne et seuls 20 % font des maladies graves. Et ce sont souvent des gens âgés qui ont déjà d’autres pathologies, qui sont déjà plus fragiles avec une immunité diminuée.  »

s://www.rtbf.be/vivacite/emissions/detail_c-est-vous-qui-le-dites/accueil/article_l-expert-du-debat-cette-psychose-autour-du-coronavirus-est-completement-inutile?id=10425325&programId=25)

Cette panique ne cesse d’augmenter. Mais pourquoi  ? Est-ce dû à la réaction de mise en quarantaine de la ville de Wuhan par les autorités chinoises  ? Du jour au lendemain, une ville entière avec ses habitants et son activité économique s’est vue coupée du monde. D’ailleurs, la population est encore obligée de rester chez elle depuis mi-décembre.

Ou bien, est-ce parce qu’à l’heure actuelle aucun remède n’est à disposition  ? Pourtant, le remdesivir, un antiviral semble apporter beaucoup d’espoirs dans le monde de la médecine. Ce traitement pourrait aider à lutter contre le coronavirus.

Cette panique ne touche pas seulement le continent asiatique, mais une grande partie de la planète, surtout depuis que les premiers cas aux États-Unis et en France sont apparus. Puis, les nombreux rapatriements n’ont cessé d’accentuer cette psychose, révélant une société de plus en plus hypocondriaque.

Allons-nous vers une catastrophe économique mondiale  ?

Depuis les premiers cas du virus en Asie, les gens ne sortent plus de chez eux en raison de cette peur omniprésente. La Chine se retrouve paralysée, en démontre ce témoignage de cette étudiante belge, Justine Dubois, ayant fait ses études à Pékin  :

En Chine, [les habitants] utilisent l’application WeChat, c’est une sorte de Facebook chinois très complet, on peut tout faire dessus. Fin janvier, un nouvel onglet “santé” a été créé.[…]. Il y a le nombre exact de malades, de personnes suspectées d’être malades, de personnes qui sont sorties de l’hôpital et il y a aussi le nombre de morts. […] On peut voir aussi le nombre de pas que chaque personne fait. Depuis mi-janvier, on remarque que les gens ne marchent quasiment plus de la journée. En temps normal, on bouge énormément. C’était vraiment choquant  » .

propos recueillis par Pauline Godfroid

Mais dans le reste du monde cette peur est également présente. La Chine étant surnommée «  l’usine du monde  » de très nombreux produits sortent du territoire asiatique vers l’international. Peu importe si l’on se trouve à New-York, en France ou en Belgique, il est possible d’entendre cette crainte du consommateur qui souhaite acheter de la nourriture asiatique, ou tout autre produit chinois  : est-ce contaminé  ?

La première conséquence économique de cette psychose a été l’annulation du salon du Mobile World Congress qui se déroulait à Barcelone, en Espagne, du 24 au 27 février. Les voyageurs ont eu trop d’inquiétude en sachant que de grandes marques chinoises de téléphone devaient être présentes sur le salon. Malgré les appels au calme de la Ministre de la santé espagnole, la folie du coronavirus a été plus forte, et le salon a dû être annulé. Un déficit économique très important pour la ville de Barcelone s’est fait ressentir, tout comme l’incompréhension de la situation surtout que l’Espagne n’a pas constaté de traces du virus sur son sol.

Le Salon de Barcelone serait-il un avant-goût de la situation des Jeux Olympique, cet été  ? À partir du 24 juillet jusqu’au 9 août doivent se tenir les Jeux Olympique d’été dans la ville de Tokyo. Le Japon est le deuxième pays le plus touché par le virus. Le risque serait une annulation des Jeux au vu de la situation actuelle qui touche le monde entier. Pourtant, selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé)  : «  il n’y a aucune raison de prévoir un plan d’urgence pour l’annulation ou le déplacement des jeux  ».

Un racisme international anti asiatique qui explose

Mais la plus grosse conséquence catastrophique du coronavirus n’est en aucun cas économique, elle est humaine. Suite à l’engouement des médias pour cette infection pulmonaire, le monde entier a eu les yeux rivés sur l’Asie. Ainsi, toute personne ayant un profil asiatique est devenue l’ennemi public numéro 1. Le racisme a explosé en particulier sur les réseaux sociaux, comme le démontrent les nombre grandissant hashtags sur Twitter. Pour contrer ce racisme croissant, le hashtag #jenesuispasunvirus est apparu, afin de rappeler l’idée précédemment évoquée par la médecin-chef  : Ce n’est pas parce que vous rencontrez quelqu’un qui est Chinois qu’il y a plus de risques !  ».

Les réseaux sociaux sont le reflet de notre société. La peur est l’unique lien entre ce virus et le racisme qui touche la population asiatique. Et si l’on a peur sur les réseaux sociaux, c’est exactement la même chose au quotidien, dans les transports en commun, dans la rue, à l’école, au travail… De nombreux témoignages de personnes harcelées apparaissent dans les médias et surtout sur internet. Elles évoquent les différentes agressions dont elles sont victimes, qui peuvent être physiques ou verbales.

Plus il y a de racisme anti-asiatique, plus il y a de peur, c’est peut-être pour cette raison qu’entre la France et la Belgique, qui sont des pays voisins, le taux de discrimination est différent. Pour le moment, il n’existe qu’un seul cas en Belgique, contre douze en France. Une gérante d’un restaurant chinois en Belgique, Youmi Chen, expose sa vision de la discrimination véhiculée par la peur de la contagion  :

«  Oui, bien sûr, même si en Belgique, ça va, ce n’est pas aussi violent qu’en France. Là-bas, si vous avez les yeux bridés, vous êtes forcément chinois, donc vous êtes forcément porteurs du coronavirus ! Peu importe que vous soyez cambodgien ou autre, vous serez dans le tas  »

propos recueillis par Perrine Hubinon

Ce racisme est accentué par le coronavirus, mais il n’est pas nouveau. Dans le monde des stéréotypes et préjugés, les liens avec la culture asiatique sont nombreux. La romancière et podcasteuse Grace Ly en recense une partie dans son article intitulé “Ne me demandez plus si le racisme anti-asiatique existe vraiment“. Un article qui met en lumière une forme de racisme caché sous de l’humour, mais qui n’en reste pas moins du racisme.

Tant que les cas de coronavirus continueront de se déclarer, cette inquiétude internationale continuera d’être présente, malgré les propos des professionnels de la santé et des études sanitaires. Selon les dernières données de la Commission sanitaire de la province du Hubei, ce dimanche, le nombre de nouveaux cas enregistrés semble être moins important que ce qui devait être prévu. Maintenant, il reste à savoir si le traitement du Remdesivir permettra d’arrêter efficacement cette épidémie.

1 commentaire
  1. Merci pour votre article .
    Comme d’habitude … à qui profite le crime ? … et la (les) psychose(s) largement entretenues par les médias officiels ?
    En tout cas et en plus pendant ce temps là ces derniers ne parlent plus de sujets bien plus “brulants” en France et ailleurs .
    Surtout portez vous bien !
    Pascal