« L’Adieu » – Mensonge maîtrisé

© Big Beach

Écrit, réalisé et produit par Lulu Wang, L’Adieu (The Farewell) nous fait découvrir un nouveau pan de la culture chinoise. Un long-métrage qui fait commencer l’année 2020 sur les chapeaux de roue.

Pressenti favori pour les Oscars 2020 par certains médias – comme le laissait entendre l’affiche du film – L’Adieu n’a finalement pas été sélectionné par l’Académie. Mais est-ce à dire que cette heure quarante-huit de cinéma ne valait pas le détour ? Les réseaux sociaux s’insurgent de cette absence de nomination, à raison.

Dans L’Adieu, l’histoire qui nous est racontée est celle de Billi (Awkwafina), une jeune écrivaine sino-américaine. Depuis les États-Unis, elle entretient un lien ferme avec Naï Naï (Shuzen Zhao), sa grand-mère paternelle à la santé vacillante. Lorsque l’on diagnostique un cancer des poumons à Naï Naï, la famille Wang fait le choix de cacher sa maladie à la matriarche, comme le veut la tradition chinoise.

« Basé sur un vrai mensonge  »

Comme en témoigne le message d’ouverture du film, Lulu Wang nous raconte un épisode de sa vie personnelle. La réalisatrice nous offre un moment plein de tendresse et de sincérité en évoquant le mensonge médical en Chine et la subtilité de ce récit est encore rehaussée par la mise en scène solaire de la réalisatrice. Cette omission, ce non-dit d’une grande banalité au cœur de l’Empire du milieu pose à la famille de Naï Naï une question morale, lancinante. Tiraillés par la tradition, ils se lancent dans une aventure folle impliquant l’organisation d’un faux mariage, prétexte à se réunir autour de leur ancêtre dont les jours sont comptés.

© Big Beach

La réalisatrice manie à merveille les codes de la comédie dramatique qu’elle applique dans ce film plein de pudeur. Si on ne rit pas à gorge déployée devant L’Adieu, on n’en est pas moins brinquebalé entre scènes absurdes, qui prêtent à sourire et moments d’émotions, sans jamais tomber dans le larmoyant.

Une histoire de déracinement

Baigné de la douce lumière de la nostalgie, L’Adieu évoque bien plus de sujets existentiels que ce qu’il laisse paraître au premier abord. Entre histoires de famille, évocations du décès et de la maladie, les thématiques abordées par le long-métrage sont nombreuses. Mais c’est avant tout le motif du déracinement familial et culturel qui concentre le regard de Lulu Wang. Un sentiment très bien rendu à l’écran, inspiré par les émotions de celle qui le filme.

© Big Beach

Mais les deux protagonistes sont aussi pour beaucoup dans l’authenticité de toute cette histoire. Le jeu évocateur et touchant d’Awkwafina et Shuzen Zhao retient notre attention et mérite invariablement d’être valorisé. Là encore, on regrette l’absence de nomination des Oscars. L’Académie aurait-elle faux sur toute la ligne en omettant de faire figurer L’Adieu dans une seule de ses catégories  ? Probablement.

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