« First Love, le dernier Yakuza » – De la poudre aux yeux

First Love, Le dernier Yakuza © Haut et Court

Après Greta Gerwig et ses Filles du Docteur March, la rentrée cinématographique voit revenir un autre réalisateur de renom : Takashi Miike. C’est avec First Love, le dernier Yakuza que le Japonais fait son grand retour dans les salles françaises, après un passage par la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en mai dernier. 

Tout tient dans le titre, ou presque. Léo, un jeune boxeur nonchalant, apprend qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. Un soir, sa vie bascule alors qu’il croise la route de Monica, coincée au milieu d’un trafic de drogue qui s’apprête à devenir une véritable guerre de clans. Premier amour, derniers Yakuzas ; tout est en place pour une nuit de descente aux enfers. 

Si cette naissance d’un premier amour forcé peine à nous toucher, la puissance du film réside plutôt dans son immense palette de personnages secondaires, tous plus loufoques et caricaturaux les uns que les autres, flirtant sans vergogne avec les codes du grotesque. Du flic ripou loin de briller par son intellect au gangster peu bavard, retranché derrière ses lunettes de soleil — impossible de ne pas penser à Takeshi Kitano — tous sont présents. Mention spéciale à la femme vengeresse incarnée par Maimi Yajima dont les gimmicks aussi hilarants qu’effrayants ne s’essouffleront jamais en l’espace d’une heure cinquante. Cette myriade de caractères aux traits forcés marquent ainsi l’intelligence d’un film qui, bien que maîtrisé jusqu’au moindre détail, ne se prend jamais au sérieux.

Prends-en plein les mirettes 

Cela n’est plus à prouver : Takeshi Miike n’en est pas à son coup d’essai. Celui qui semble être passé par tous les genres revient avec cet énième long-métrage à ses thèmes de prédilections. En cela, le spectateur est averti : First Love est un film de yakuzas, des gun fights aux duels de sabre, qui se finissent à main nue. Plus l’intrigue avance, plus celle-ci se resserre autour des enjeux les plus classiques de tous les bons films du genre. 

Pour servir d’arrière-plan à ces pérégrinations, Miike fait le choix d’un Tokyo glauque, sale et crépusculaire. Tout y est poisseux, un peu jaunâtre. Malgré la nuit omniprésente, le réalisateur ne laisse pas son spectateur s’endormir face à la monotonie d’un décor un peu trop sombre. On pense par exemple à la séquence que l’on n’avait pas vu venir — pourtant annoncée sur l’affiche du film ! — qui dérape littéralement vers une animation aux couleurs flamboyantes, clin d’œil au manga. First Love, délirant jusqu’aux dernières couches de vernis. Toutefois, c’est avec l’usage du ralenti et le retour au réel que Miike signe la plus belle séquence du film. Une ultime voiture, poursuivie par une armée de policiers aux sirènes alertes, et d’un coup, une poudre blanche qui s’évapore dans les airs, comme de la neige. 

Rire rouge 

Si Takeshi Miike prenait un malin plaisir à Cannes en annonçant que son film ne ferait preuve d’aucune violence, son vilain mensonge est démenti dès les premières minutes du long-métrage. Têtes qui roulent à toute berzingue, des litres et des litres de sang qui giclent de tous les côtés. Difficile de ne pas penser aux meilleures heures du compère Quentin Tarantino, ou bien même aux couleurs ultra pop de Seijun Suzuki. 

La scène d’introduction suit Léo lors d’un combat de boxe. Or, tandis qu’il décroche son premier crochet du droit, magie du montage, c’est une tête qui roule dans une ruelle sombre de la ville. Sur fond d’hémoglobine, First Love s’amuse pendant près de deux heures à faire dialoguer premier et second degré, décrochant des rires à chaque nouvelle hécatombe — Kase, traître yakuza, va jusqu’à prononcer en plein crise : «  Mais merde, j’en ai tué combien aujourd’hui  ? !  ». À ce stade du récit, on avoue avoir également perdu le compte.

À la manière de la poudre blanche qui s’envole au ralenti au coeur d’une course poursuite rocambolesque, First Love embarque son spectateur pour une aventure loufoque qui lui en mettra plein les yeux. Un plaisir loin d’être coupable.   

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.