Agend’art – Rapports d’influence

Tous les quinze jours, la rubrique “Art” de Maze vous propose une sélection d’événements culturels à ne pas manquer. Au programme cette semaine  : on prêche le faux pour savoir le vrai, on se rappelle des années sida à la Comédie Française, on contemple le lien qu’entretient l’humain à son environnement et on arme les femmes d’un pouvoir immense à travers la danse.

© 40m cube, Geologia

Exposition – Adolfo Kaminsky, faussaire de génie au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, à Paris

© Autoportrait à l’âge de 19 ans – Adolfo Kaminsky

En Art – et c’est bien normal – on est souvent obsédés par le vrai et l’authenticité. Pourtant, on se passionne parfois pour ces histoires de faussaires géniaux ou détraqués comme l’allemand Wolfgang Beltracchi dont les œuvres ont infiltré les plus grandes collections et qui a fini par être condamné à de la prison ferme. Au musée d’art et d’histoire du Judaïsme c’est toutefois un autre type d’artiste faussaire qui est mis à l’honneur. D’ailleurs, on devrait plutôt parler de faussaire-artiste tant Adolfo Kaminsky a d’abord et avant tout commencé comme faussaire. Jeune apprenti teinturier né à Buenos Aires en 1925, immigré à Paris en 1932, il intègre la résistance après avoir été interné à Drancy d’où il ne parvient à être libéré que grâce à sa nationalité argentine. Entré en résistance, il ne va alors cesser de produire des centaines de faux papiers qui permettront à autant de familles juives d’échapper à la déportation et aux réseaux de résistants de lutter contre l’occupant nazi. Il mettra par la suite ses talents au profit de différents groupes politiques, du FLN algérien aux opposants aux dictatures militaires européennes de Grèce ou du Portugal. Parallèlement, il va développer son côté «  artiste  » en multipliant les excursions photographiques dans Paris, dans la continuité d’un Willy Ronis. Ce sont les deux volets de cette personnalité géniale que le musée parisien célèbre avec élégance. Présentées dans trois petits salles d’exposition intimistes, la vie et l’œuvre de Kaminsky sont définitivement à (re)découvrir.

«  Adolfo Kaminsky. Faussaire et photographe  » , jusqu’au 19 avril 2020 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris. Gratuit.

Chloë Braz-Vieira

Théâtre – Angels in America d’Arnaud Desplechin à la Comédie Française, à Paris

© Christophe Raynaud de Lage

On dit souvent du cinéma d’Arnaud Desplechin (Conte de Noel, Trois souvenirs de ma jeunesse ou plus récemment Roubaix, une lumière) qu’il est profondément français. Souvent situé dans la ville de Roubaix et déployant des intrigues familiales dans une certaine théâtralité, ses films peuvent effectivement incarner un certain cliché de cinéma hexagonal. Quelle (petite) surprise donc de le voir choisir cette pièce de Tony Kushner pour sa seconde mise en scène à la Comédie Française après Père de Strinberg en 2015. Qu’est ce qui peut autant parler à ce réalisateur français installé et hétérosexuel dans cette fantaisie gaie (c’est le sous titre officiel de la pièce) située dans les années 1980 américaines en plein milieu de l’épidémie de sida ? On ne se pose plus vraiment la question une fois vu – et apprécié – le résultat final. Desplechin livre une version condensée en 2h30 (la version originale fait plus de 6h) dans laquelle c’est la dimension politique de la pièce qui l’emporte sur la fable queer. Les coupes, bien que nombreuses, sont intelligentes et ne dénaturent pas le texte, le résultat ne manque pas non plus d’humour et de kitsch (les anges que le personnage central de Prior, affaibli par la maladie, voit apparaitre dans ses rêves, sont bien là, toutes ailes déployées). Dans un décor classique et réaliste inspiré de Broadway, Desplechin livre une version intimiste et assurément personnelle du texte désormais classique de Kushner.  Il est pour cela aidé par une troupe de la comédie française particulièrement en forme dont six acteurs se répartissent les quelques vingt-quatre rôles. On ne peut en particulier résister à l’envie de citer les performances exceptionnelles de Dominique Blanc, successivement rabbin, responsable communiste ou mormone échappée de son Utah natal (liste non exhaustive !) et, surtout, Michel Vuillermoz qui incarne avec panache et émotion un personnage d’avocat républicain puant et aussi obsédé par le pouvoir que par la dissimulation de son homosexualité. Après 120 battements par minutes de Robin Campillo au cinéma et Les idoles de Christophe Honoré au théâtre de l’Odéon, voici une nouvelle autopsie utile et nécessaire des années sida.

Angels in America, de Tony Kushner, mise en scène par Arnaud Desplechin. A la comédie-française (salle Richelieu) jusqu’au 27 mars 2020. Avec : Jeremy Lopez, Clément Hervieu-Léger, Dominique Blanc, Michel Vuillermoz, Christophe Montenez, Jennifer Decker et Gaël Kamilindi – Durée 2h50 avec entracte. Informations et réservations

Chloë Braz-Vieira

Exposition – Geologia au Centre d’art contemporain 40m cubes, à Rennes

© Julien Loustau, Sub, 2006, vidéo couleur et sonore, 46’. Collection Frac Lorraine

Présentée au Centre d’art contemporain 40m cube à Rennes à partir du 25 janvier 2020, l’exposition Geologia constitue l’un des épisodes d’une série d’expositions intimement liées entre elles, après Archeologia qui se déroulait en 2013 et avant Animalia qui verra le jour à partir de 2021. Ces expositions abordent des relations documentées, imaginaires, fantasmées que des artistes entretiennent avec l’histoire, la géographie, et le vivant. L’exposition Geologia présente ainsi l’œuvre de Guillaume Gouérou qui, ayant mené une recherche scientifique à des fins artistiques, a mis au point une machine fabriquée à partir de plusieurs fours micro-ondes, qui permet de créer de la pierre. L’artiste rivalise ainsi avec un dieu en produisant artificiellement un élément naturel, puis exploite ces pierres sous forme de bijoux. Cette installation s’appréhende dans la projection du film Sub de Julien Loustau, qui nous emmène dans les profondeurs de la terre avec l’exploration supposée du lac Vostok, vaste étendue d’eau prisonnière sous les glaces de l’Antarctique et isolée du reste du monde depuis des millions d’années. Par l’association de ces deux œuvres, l’exposition Geologia créé une atmosphère favorisant la contemplation et une situation contrastée, à l’image des relations que l’humanité entretient avec son environnement : du naturel à l’artificiel, de la découverte à la recherche, de l’exploitation à la production.

Exposition Geologia, du 25 janvier au 26 avril 2020 au 40m cube, 48, avenue du Sergent Maginot 35 000 Rennes. Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h. Infos et réservations

Danse – Reprise de Shake that Sin et Hééé Mariamou au Centre Louis Lumière, à Paris

© Damien Paillard – Shake that Sin

Maïmouna Coulibaly, créatrice du concept de la Booty Therapy, a monté il y a dix-huit ans la compagnie « Les Ambianceuses » dont les spectacles Shake that Sin et Hééé Mariamou ont notamment été joué au festival d’Avignon et à San Francisco. Entre danse et théâtre, Hééé Mariamou questionne énergiquement la place des femmes dans la société française quand elles portent plusieurs cultures en elles. Le spectacle Shake that Sin revisite quant à lui les sept péchés capitaux à travers des tableaux d’actualités mêlant les danses afro-urbaines, N’Dombolo, Kuduru ou Coupé Décalé. En bref, les deux spectacles mettent en pratique l’enjeu principal abordé par la Booty Therapy : la liberté de bouger son bassin pour se libérer des émotions refoulées et des diktats patriarcaux !

Le jeudi 30 et le vendredi 31 janvier Hééé Mariamou – 15h et 20h30 – et Shake that Sin – 20h30 et 19h – au Centre Louis Lumière, 46 Rue Louis Lumière, 75020 Paris. Tarifs : 15€ / 13€ pour un spectacle et 20€ / 17€ pour la soirée complète. Réservations

Florine Gatt

Marie Crabié

Rédactrice en chef de la rubrique Art. Curieuse et intriguée par la création artistique sous toutes ses formes

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