« Marriage Story » – Chronique éloquente

Le réalisateur de Frances Ha revient avec une nouvelle comédie dramatique, entre New-York et Los Angeles. La chronique touchante et éclatante d’un divorce à l’américaine.

Seconde collaboration du réalisateur américain, Noah Baumbach, avec Netflix, à la distribution et la production du film, près de deux ans avec The Meyerowitz Stories, la sortie de Marriage Story, ce 6 décembre sur la plateforme en ligne, donne suite à sa présentation en avant-première à la 76e Mostra de Venise en août dernier.

Nicole (Scarlett Johansson) est actrice, Charlie (Adam Driver) est metteur en scène, ils forment tous deux le couple idéal, un couple d’artistes new-yorkais travaillant, main dans la main, pour le devenir de leur troupe de théâtre. Ils incarnent la famille « typiquement new-yorkaise » avec leur jeune fils Henry. Cependant, leur histoire s’affaisse lorsque Nicole décide d’écouter ses ambitions propres en retournant travailler dans sa ville d’origine, Los Angeles, avec leur fils.

La pierre angulaire du film de Noah Baumbach, ce sont ses acteurs. La mise en scène et le scénario les sollicitent en permanence, les dialogues sont nombreux et traduisent une réalité, certes légèrement poétisée et romantisée, mais qui sait parler efficacement de son sujet. Au-delà des deux rôles principaux, campés par une Scarlett Johansson d’une sincérité évocatrice, et un Adam Driver entier et dramatique, le film accorde une juste place aux rôles secondaires. Laura Dern est ainsi épatante dans le rôle de l’avocate avide d’émancipation de Nicole, tout comme la mère de cette dernière, jouée par Julie Hagerty.

Le film saisit d’entrée de jeu le spectateur, avec ces deux lettres écrites, où Nicole et Charlie se définissent l’un et l’autre, sans s’attarder sur le couple qu’ils incarnent. Marriage Story parvient à nous faire intégrer cette tendresse et cet amour réciproque. Il emploie des repères affectifs, portés sur cette tragédie moderne du couple désabusé qui ne se comprend plus, brusquement occulté par une réalité toute autre, celle du quotidien et de l’ambition, du bonheur et de l’insouciance. Une situation qui n’est pas sans évoquer les émois juridiques de Kramer contre Kramer (1979), de Robert Benton – où la ténacité du père est tout autant mise en lumière – ou la séparation trouble dépeinte dans Wildlife (2018) de Paul Dano. C’est, sans doute, la dimension juridique qui est la plus prenante émotionnellement dans ce long-métrage. La place qu’elle prend, aussi bien dans sa dimension psychologique que financière, aseptise, tire un trait sur toute la construction affective initiale, et impose une réalité froide, brièvement rattrapée à la fin du film, comme un retour à la raison.

Noah Baumbach dévoile assurément l’un de ses plus grands films, servi par des acteurs à la justesse imparable. Justes et attachants dans leur individualité et leurs failles transparentes. Le film ne force pas au choix : le père ou la mère ? La femme ou le mari ? Il n’en est plus question ici, ce qui compte c’est le tort partagé, l’absence d’écoute et l’égoïsme, et la peur invétérée de perdre.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master 1 Métiers de la Culture

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