Le massacre du peuple Ouïgours mis en lumière par les “China Cable”

©Image libre de droit | Pixabay

Des documents confidentiels chinois datant de 2017 ont été révélés, lundi 25 novembre 2019. Ils officialisent la présence de camps de “rééducation”, source du massacre du peuple Ouïgours par Pékin.

Les membres du ICIJ (International Consurtium of Investigative Journalists) ont révélé des documents confidentiels chinois, intitulés  : China Cable. Leur source, la lanceuse d’alerte ouïgoure, Asiye Abdulaheb, qui a confirmé les faits dans un quotidien néerlandais, ce 7 décembre 2019.

Ces informations précisent les noms des différentes personnes du parti communiste à l’origine de cette répression très importante, notamment, Zhu Hailun. Il est l’un des grands leaders du Parti communiste de la région du Xinjiang et Commissaire politique de l’organe exécutif en matière de sécurité. Ses signatures sur les documents attestent qu’il a participé activement à l’élaboration de camps. Les autres noms présents sont en lien avec certaines actions, comme la configuration d’un «  manuel  » expliquant l’organisation dans des camps, ou bien, la mise en place de différents systèmes de surveillance, permettant d’arrêter un maximum de personnes. Ces informations de 2017 démontrent, également, que la Chine avait prévu des moyens de sécurité autour des camps de “formations professionnelles” pour qu’aucune sortie ne puisse être possible.

Depuis 2017, l’ethnie des Ouïgours qui peuple la région de Xinjiang, fait l’objet d’une répression de plus en plus importante par Pékin. Cette ethnie musulmane et turcophone a connu de nombreux soulèvements, afin de dénoncer les différentes discriminations dont elle est victime. En réponse, aux réactions, le parti communiste chinois a mis leur vie sous surveillance et a procédé à de nombreuses arrestations. Le but, les rééduquer.

Selon les chiffres de différentes ONG, plus d’un million de personnes seraient internées dans ces camps, soit 10 % du peuple Ouïgours.

Des discours mais aucune action internationale

Pourtant, la réalité de ces centres de «  rééducation  » ressemble à une prison. Quelques personnes ayant pu sortir des camps ont témoigné de l’horreur des centres  : du bourrage de crâne, parfois de la torture, et surtout une isolation du reste du monde. Tursunay Ziavdum est une ouïgour qui a été internée pendant onze mois dans l’une de ces prisons. Interrogée par le journal Le Monde, elle y décrit la vie de cette ethnie déshumanisée : devoir faire ses besoins dans des seaux, avoir accès à une douche froide toutes les trois semaines, devoir se réveiller plusieurs fois par nuit, avoir l’obligation de dormir sur le côté… De nombreux exemples attestent que les Droits de l’homme sont bafoués par la Chine. Le seul motif de condamnation pour cette jeune ouïgour est d’avoir “voyagé et séjourné à l’étranger”. Mais comment les autorités chinoises ont pu savoir précisément ce que Tursunay a pu faire hors du territoire ?

C’est parce que cette répression va au-delà des camps. Certains Ouïgours partis en Europe ou plus loin, au Canada, font l’objet d’une surveillance. Grâce au “big data”, qui est une gigantesque base de données, les autorités chinoises utilisent une application qui permet de suivre en détails et en permanence la vie de chaque Ouïgour. Toutes les informations sont inscrites dans le “big data”, comme le déplacement à l’étranger, les factures, le groupe sanguin, ou même des éléments anodins comme la couleur d’une voiture. Grâce à l’ensemble de ces données, les ouïgours, actuellement à l’étranger, sont soumis au chantage par les autorités chinoises. S’ils souhaitent que les membres de leur famille sortent des camps, ils doivent revenir dans la région de Xinjiang, ou donner des informations à Pékin.

De nombreux témoignages apparaissent depuis 2017 pour attester de ce problème. Mais Pékin réfute tout lien entre le peuple des Ouïgours et une forme de répression. Dans le reste du monde, depuis 2018, il existe quelques déclarations de l’ONU, demandant à la Chine de libérer ces prisons, mais aucune action concrète n’a encore été prise.

Pourquoi aucune action internationale n’a encore été prise face à ce « génocide culturel  »  ?

Une piste de réponse est envisageable : celle de la puissance économique de la Chine, la rendant intouchable. Le territoire de Xinjiang est un lieu de passage entre l’Asie et le reste de l’Europe. Cependant, les Ouïgours ont leur propre langue et traditions, différentes de la culture chinoise. Malgré une annexion en 1949 par le parti communiste, Pékin n’a pas le monopole sur ce territoire culturel, d’où l’apparition des camps de «  rééducation  » afin d’enseigner la langue chinoise. Par ce génocide culturel[1], la Chine agrandira son influence sur le territoire, pour favoriser la mise en place de la future route de la soie.

Cette route de la soie divise le territoire européen. Lancée en 2013 par le président chinois Xi Jinping, elle devrait traverser soixante-cinq pays et permettre d’importants échanges commerciaux. Si l’Europe de l’Est est favorable à cette future route, l’Ouest semble plus réticent. Ainsi pour la France et le reste de l’Europe de l’ouest, le massacre des Ouïgours serait un poids à mettre dans la balance face à cette proposition. Cependant, l’Union européenne est peu active sur ce problème, si ce n’est par une participation à une lettre collective au Conseil des droits de l’homme pour dénoncer ces importants internements. Il semble que cette route soit au coeur du problème entre économie et droits de l’homme, car les États-Unis, qui ne se trouvent pas sur le chemin, sont plus acerbes sur le sujet du peuple ouïgours. Ils ont proposés des lois mettant sur liste noire les responsables politiques de ce massacre.

À l’heure actuelle, le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU est toujours en attente de sa demande d’enquête indépendante et d’un accès au Xinjiang. Mais la Chine accepte seulement de donner accès à ses centres “modèles”, où la torture et la déshumanisation n’existent pas.


[1] Expression d’un chercheur lors du Conseil des droits de l’homme, à Genève en mars 2019.

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