Rencontre avec Yseult – « J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir »

Quelques heures avant son concert au Mama Festival, on a discuté avec Yseult, perle rare de la nouvelle scène franco-belge. Rencontre avec une jeune femme assurée et affirmée qui fait son grand retour après un chemin sinueux dans le milieu de la musique.

Il y a d’abord une finale à la Nouvelle Star en 2014. Un premier album Yseult signé chez la grande maison Polydor. Une course effrénée vers le succès et la reconnaissance, en vain, puis de longues années de galère, de remises en questions de quête de soi et d’acceptation. Puis il y’a une fuite vers la capitale belge où elle réinvente son projet artistique. En janvier 2019, elle revient comme une fleur en plein hiver, transformée et plus affirmée que jamais avec le single poignant Rien à prouver, un pied de nez à l’industrie musicale et une confession à corps et coeur ouvert sur un nouveau genre sonore qu’elle se plaît à nommer la Y-trap. Une musique qui lui ressemble, et qui l’habite qu’elle nous présente avec Rouge, un premier EP viscéral sorti quelques mois plus tard. Le jour où nous la rencontrons dans la cafétéria de la Cigale, Yseult s’apprête à sortir son deuxième EP Noir, et c’est une jeune femme drôle, sûre d’elle et les pieds sur terre qui rayonne sous nos yeux. Quelques heures plus tard, elle sera sur les planches de la grande salle parisienne pour défendre son nouveau projet devant une foule qui n’aura pas eu besoin de longtemps pour être conquise.

Bonjour Yseult, pour commencer, tu peux te présenter toi et ta musique ?

Yseult : Je m’appelle Yseult, je fais de la musique qui est un mélange entre la variété et la trap. Ma musique est très introspective, personnelle et brute.

Tu joueras ce soir à la Cigale dans le cadre du Mama Festival, qu’est-ce que représente cette date pour toi ?

Y  : Beaucoup de choses, parce que je pense qu’on m’attend au tournant et que je vais sentir des petits regards du genre “tu n’as pas le droit à l’erreur”. Mais je pense que cette date est importante pour moi car elle va me permettre de pouvoir m’exprimer en live avec un band et que ma musique va peut-être plaire ou pas à des pros. Moi je me mets pas de pression mais je sens qu’il y a beaucoup de pression autour de moi.

Tu as déjà un album au compteur Yseult, sorti en 2015, comment tu le vois ce tout premier album avec un peu de recul aujourd’hui ?

Y : Il représente une fille qui n’assumait pas réellement la personne qu’elle était et qui se cachait derrière beaucoup d’artifices, qui avait juste peur de s’affirmer et qui faisait faussement ce qu’on lui demandait de faire. Mais cet album m’a aussi permis d’en arriver là et du coup j’en suis quand même fière.

En juillet dernier, tu sortais ton premier EP Rouge après quelques années d’absence, qu’est ce que tu as fait de tes jours, de tes nuits, de ta vie musicale pendant ce temps là ?

Y : J’ai fait un grand travail sur moi mais j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir et il me reste beaucoup à apprendre. J’ai fait de la musique, beaucoup de rencontres, notamment Chilla et Lous and The Yakuza. J’ai essayé de m’entourer d’une famille artistique un peu plus pointue mais qui reste très terre à terre. Entre temps j’ai emménagé à Bruxelles, j’ai rencontré des producteurs encore plus lourds et du coup ça me fait du bien de partir et de sortir un projet qui me correspond à 100 %. J’ai aussi fait du mannequinat pendant trois-quatre ans et beaucoup de compostions pour des artistes.

Tu as fais ton come-back avec le titre Rien à Prouver, un titre coup de poing sur ta vie d’artiste mais aussi de femme. Tu peux nous en dire plus sur le contexte d’écriture ce morceau ? C’était symbolique pour toi que ce soit celui qui “relance” ta carrière ?

Y : Ce titre annonçait la couleur, la manière dont j’allais aborder certains sujets personnels et peut être que ça annonçait aussi la fin d’un cycle, genre “je vous raconte en chanson mes ressentis et ça me fait du bien”. Au lieu d’arriver comme une fleur avec un titre qui parle d’amour, où les journalistes m’auraient dit “vous débarquez avec un premier single très joyeux mais ça fait quand même cinq ans qu’on vous a pas vu !”. C’est un titre pour dire, prenez le temps d’écouter ma musique, je vous raconte ce qu’il s’est passé.

Dans ce titre, on ressent une désillusion quant au métier d’artiste, d’ailleurs tu dis “artiste aigrie” à un moment dans le morceau, ça peut aussi justifier le fait que tu t’es absentée si longtemps, ça nous éclaire assez.

Y : Je t’avoue que je fais un métier qui me fait kiffer de fou, je vis ma meilleure vie aujourd’hui mais j’ai quand même une part de moi qui reste très frustrée mais tout en kiffant ma life. Après mon rôle d’artiste c’est pas de me cacher, de mentir ou de faire semblant, genre “c’est trop bien la vie d’artiste” comme dirait Koba LaD. Quand ton projet fonctionne à moitié ou pas du tout, il y a quand même une part de peur. J’ai mis cinq ans de mon adolescence de côté, tout les délires de soirées, de petits copains, tout ça pour quoi ? T’as couru après un disque d’or et après pleins de trucs que tu n’auras certainement jamais.

Récemment, tu as dévoilé le morceau Noir, premier extrait d’un futur EP à venir, celui d’avant s’appelait Rouge, qu’est-ce qu’elles représentent pour toi ces deux couleurs, le rouge et le noir ?

Y : Le rouge c’est la couleur préférée de mon grand frère, c’est un clin d’oeil que je voulais lui faire. Pour moi, la famille, c’est des relations extrêmement complexes, pour le mot famille c’est un peu un point d’interrogation, mais t’as beau t’éloigner de ta mif, tu es toujours relié par le sang, ça vient de là, la couleur rouge. Et dans l’EP Rouge, je parle beaucoup d’amour et de sensualité, c’est ce que m’inspire mon frère. Quand il est épris par quelqu’un, il ne le fait pas à moitié. L’EP Noir, lui, reflète plutôt ma personnalité, que ce soit en façade ou à l’intérieur. C’est l’EP qui permet de me raconter en musique et de juste écrire mes ressentis et pas forcément écrire ma part sombre, ma part d’introspection.

Ton premier EP Rouge accorde toute son attention à l’être aimé, celui qui arrive a l’air de plus pencher du côté de l’introspection tout comme Rien à Prouver, à quoi il va ressembler ce nouvel EP ?

Y : Cet EP commence par Corps, un morceau que j’ai écrit et composé produit par le groupe Puggy. Ce titre, c’est un peu la suite de Rien à Prouver et de Noir, sauf qu’en fait je résous ces trois titres en m’excusant, ou je prend du recul et je demande pardon, j’ai la maturité de comprendre ce que mes parents pouvaient me dire ou ressentir. J’ai encore des souvenirs de ma mère qui se tuait à la tâche pour nous faire vivre une belle vie, je dis à mon père que j’étais sûrement trop insolente et aveuglée pour comprendre les warning qu’il essayait de me donner. Dans le refrain, je chante “je me suis perdue dans tout ça”, j’ai juste envie de rentrer à la maison. C’est une belle ouverture lumineuse.

Tu as décidé de créer ton propre label Y.Y.Y pour ton premier EP, tu tenais absolument à être en indépendante ?

Y : J’aime bien l’idée d’aller chercher des artistes qui me plaisent et d’avoir une équipe artistique qui me correspond. Etre en indépendante me permet de faire ça alors que quand tu es en major, tu as une équipe qui s’occupe de tout te trouver, de te construire un univers.

Tu vas accueillir d’autres artistes sur ce label ?

Y : J’aimerais beaucoup mais c’est très dur, c’est un grand investissement. Le faire pour soi-même c’est déjà du travail. Mais actuellement, je suis directrice artistique pour le projet de Blu Samu, une artiste belge.

Depuis ton retour, tu revendiques un genre musical qui t’es propre, la Y trap, de quel manière tu le définis et de quelles artistes tu t’inspire pour le créer ?

Y : La Y Trap c’est le Y de Yseult parce que ça vient de moi. Ma culture musicale c’est vraiment la nouvelle scène française, Alex Beaupain, Baden Baden, Izia, Dominique A mais en même temps j’ai un côté thug thug thug (rires). C’est un mélange entre mon identité variété et mon amour pour la trap.

Yseult se produira au Festival French Connexion (Lyon) le 15 novembre prochain et au Trianon le 18 novembre 2020.

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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