Rencontre avec Vincent Delerm : « Les gens confondent la nostalgie et la mélancolie »

© Julien Mignot

Un premier film et un nouvel album. À l’occasion des sorties de Je ne sais pas si c’est tout le monde et Panorama, le 18 octobre dernier, nous avons longuement discuté avec Vincent Delerm, de cinéma, de nostalgie et de l’atmosphère de ses chansons.

Dans les bureaux de son label, Tôt ou tard, tôt justement le matin, une tasse de thé dans une main, nous nous sommes longuement entretenu avec le chanteur Vincent Delerm. Alors… il s’est confié sur ce qu’il aime au cinéma, sur comment on réalise un film et un spectacle, sur la mauvaise interprétation nostalgique qui lui colle à la peau depuis trop longtemps et sur les ambiances qu’il préfère aux histoires. Rencontre.

Je ne sais pas si c’est tout le monde est ton premier film, tu as fait ton mémoire sur Truffaut, tes chansons sont comme des courts-métrages et l’album Les Amants Parallèles était pratiquement un film audio. Pourquoi ne pas avoir réalisé plus tôt alors que tu as toujours été influencé par le cinéma ?

Vincent Delerm : J’ai toujours pensé que je n’étais pas bon pour ça. Je continue de le penser malgré le film. Je voulais convoquer du cinéma dans les spectacles, dans les chansons, dans les climats. Et puis, ça ne me manquait pas, tout simplement. Ce que je préfère faire ce sont les spectacles. D’ailleurs, maintenant, je pourrais même écrire pour d’autres personnes. Je n’ai pas de nécessité à être sur scène autre que de savoir mieux que quelqu’un d’autre comment dire la phrase que j’ai écrite pour qu’elle fasse marrer ou qu’elle soit touchante. Mais, si je rencontrais quelqu’un qui serait une sorte d’amélioration de moi pour faire ça, je lui dirais : « Vas-y, je t’écris des choses ».  

Pourtant, très jeune déjà tu étais sur scène, tu faisais du théâtre pendant tes études à Rouen…

J’adore les ambiances de scène et forcément quand tu joues, ça rajoute un cran de plaisir. Le film, on l’a fait d’une autre manière. Julie Gayet m’a convaincu en me disant : « Tu peux écrire un film comme tu écris un spectacle ». Je ne croyais pas du tout en l’idée de la grosse équipe, de partir en tournage, de faire des repérages. Pour un spectacle, on ne fait pas de repérages dans les théâtres où on l’on va passer, le plaisir c’est plutôt de s’adapter constamment. Sur le film, on a fait ça, tout le temps. On découvrait l’endroit où on allait tourner, la tête qu’avait la personne ce jour-là. Si elle avait une griffure sur le visage, on allait pas la maquiller, on allait soit la filmer beaucoup, soit la filmer autrement. Dans le cinéma, il y a peu de gens qui se laissent porter ainsi parce que ça coûte beaucoup d’argent, alors que faire une chanson c’est moins problématique.

Tu ne te verrais pas du tout écrire une fiction alors  ?  

Ce film était une fiction au départ, et ça n’allait pas. Tout était écrit. Il en reste quelques scènes, celles de Jean Rochefort, la scène de la ville nouvelle, celle de l’usine, et le texte que dit Aloïse (Sauvage). Quand il n’y avait que des textes écrits, ça manquait un peu de vraie vie.

J’avais lu ou entendu que, quand tu étais petit tu allais au cinéma pour gagner du temps dans ta vie…

Oui mais je n’étais pas petit. Ça, c’est Truffaut, donc c’est plutôt vers 15/20 ans. Il avait ce truc d’avoir beaucoup de théories, quand il dit : « La Nouvelle Vague, nous n’avons pas forcément de rapports avec les autres mais les médias aiment bien regrouper parce que c’est plus simple de justifier à son rédac chef de faire un papier si c’est sur un mouvement ». Il dit voilà, il y a une vague là comme ça et après ce sera une vague d’autre chose. Quand j’ai commencé, on parlait d’un groupe de gens qui faisaient de la chanson avec d’autres chanteurs que moi, il y en avait certains que j’aimais beaucoup, d’autres que j’aimais moins et d’autres encore que je n’aimais pas du tout, artistiquement. Mais je savais, grâce à Truffaut, que c’était normal qu’il ne fallait pas s’inquiéter, qu’à ce moment-là médiatiquement parlant c’était pratique, c’était bien pour nous aussi, on parlait de nous.

Pourrais-tu citer quelques films qui t’ont inspiré dans ton écriture  ?  

Ce sont plutôt des attitudes de réalisateurs, comme celle de Philippe De Broca. Finalement c’est un cinéma assez français, à part Woody Allen, j’étais beaucoup là-dedans. Chez De Broca, c’est ce mélange de choses faites pour faire sourire, pour être dans quelque chose de léger mais aussi quelque chose de très amoureux. C’est quelque chose que j’ai toujours eu même dans mes chansons les plus légères, il y a toujours une histoire d’amour. À un moment donné j’ai pensé recenser les chansons qui n’évoquaient pas du tout une histoire d’amour. Il n’y en avait pas. Je ne sais même pas si j’en ai faite. Même si ce n’est pas le sujet principal comme North avenue, il y aura forcément à un moment donné une histoire de couple. C’est tout ce qui m’intéresse et ça, c’est très Nouvelle Vague, de se dire que la chose la plus importante c’est l’histoire d’amour entre des personnes. Et cet aspect-là chez De Broca m’a toujours touché. Encore aujourd’hui, je vibre vachement quand Jacqueline Bisset dit dans Le Magnifique, « Il faut me laisser un peu de temps pour m’habituer, je suis un peu démodée » alors qu’elle vient d’embrasser Belmondo. Je trouve ça superbe comme réplique. Et évidemment, le cinéma de paroles de Rohmer, qui était sur la personne, Le Rayon vert, le personnage de Marie Rivière, des femmes avec qui il parle avec qui il a des discussions, qui s’ouvre sur leur vie, des discussions en tête à tête, se parler à deux dans la pièce. Et puis, Woody Allen c’était très fort aussi parce que tu ressors de ses films, tu n’as qu’une envie c’est d’être petit d’avoir des lunettes d’être tout déplumé et juste de dire des trucs drôles, d’avoir ce charme-là. C’est quand même quelqu’un qui t’accompagne, je ne sais pas s’il est rassurant mais il change ton optique. Tu sors de ses films et tu te dis c’est ça que je veux être alors que normalement, tu sors du cinéma et tu voudrais être Brad Pitt. C’est un schéma qui est génial, juste l’intelligence. 

Revenons à ton film à toi, est-ce que tu attendais des choses précises de tes interlocuteurs, est-ce que c’était écrit ou est-ce que le film s’est dessiné au montage  ? 

Non ce n’était pas écrit. Après pour François, lui, je savais qu’il avait sa collection de carnets, je suis venu en lui disant est-ce que tu veux bien nous en parler. Vincent Dedienne, je voulais le faire parler des débuts dans une troupe de théâtre parce que c’était quelque chose que j’avais connu à Rouen. Aloïse, ce n’est pas ce qu’on a gardé mais j’étais parti sur l’idée de la faire parler des débuts du moment où médiatiquement tout le monde s’intéresse à toi. Au début, tout le monde t’adore et rien n’est remis en question, quelle que soit la taille du succès tu es quand même accepté d’une certaine manière car soit ils t’acceptent, soit ils ne te connaissent pas. Et il y a quand même un moment où très tôt, tu te poses des questions de savoir qu’est-ce que tu fais de ce succès-là, est-ce que la fois d’après tu fais un peu pareil pour retrouver les gens ou est-ce que, au contraire, tu pars dans une autre direction. Ce sont des choses qui m’ont toujours intéressées et je savais que j’allais retrouver ça chez certains interlocuteurs. Après il y a des choses plus hasardeuses, Éléonore Klarwein, c’est un hasard complet, je faisais des photos pour le festival de Deauville et on m’avait prêté une salle de cinéma, un écran où je faisais des plans filmés. Dans mon dos, elle s’est approchée et elle a dit « Bonjour Vincent je suis Éléonore, on s’était écrit », c’était incroyable. Alors je lui ai dit vous ne voulez pas passer là, dans le plan. Et le plan où elle passe c’est un plan que je faisais sans elle, que je tournais à vide. Et puis, Emmanuel et Aglaé, je savais que je voulais les faire parler d’amour parce que c’est quelque chose qui manquait dans le film. 

Donc il y a beaucoup de moments de grâce comme celui d’Éléonore Klarwein qui n’étaient pas du tout prévus  ? 

Oui par exemple, la scène d’Alain (Souchon) au casque, je n’ai pas vu le tournage parce que je ne voulais pas être dans la pièce, qu’il se retourne vers moi en me disant « Ah tiens, c’est marrant ça  ». Parfois, les moments de grâce tu les provoques un peu aussi et ce n’est pas l’image brute. Comme les inconnus sur le Canal Saint-Martin, il y a des images très fortes mais il y a aussi des trucs qui ne passaient pas. Personne n’était en maillot de bain, ils étaient en boxers ou en petites culottes. À force de plonger, c’était transparent et je me disais comment on va faire pour utiliser ça, on voit les fesses des filles. Donc c’est un peu de l’organisation aussi, le fait qu’il y ait un charme à l’arrivée mais là je savais la luminosité qu’il y avait eu, c’est moi qui filmait et mon appareil je l’avais pas vraiment paramétré, j’ai filmé comme ça à la volée.

Le film raconte plusieurs histoires de vie qui forment un tout, qui racontent quelque chose, comme dans tes chansons. C’est quoi pour toi une bonne histoire ? 

En fait, je ne suis pas très histoires, plutôt ambiances. Mes chansons, je les associe vraiment à des atmosphères. Piqure d’araignées, c’est la luminosité d’une soirée, Fernando de Noronha, sur le dernier album, c’est cette manière d’éclairer un chemin dans la nuit et de discuter en même temps. Mais ce n’est pas tant ce qu’il se dit dans la discussion qui compte c’est l’ambiance. Dans les concerts, c’est un vrai enjeu parce que tu dois convoquer une atmosphère avec les lumières et faire oublier aux gens le côté technique. C’est toujours un casse-tête au départ. Tout doit paraitre fluide et facile. La seule histoire que je vois dans ce que j’ai fait, qui est une vraie histoire, c’est peut-être Allan et Louise, c’est assez cinématographique, cette idée que tu es dans un couple qui est momentané, tu le sais, ça ne va pas pouvoir durer mais la personne disparait, elle meurt et ça s’arrête à un moment où elle était folle de toi.

Et Les Amants parallèles, c’est un album qui raconte une histoire non ?

C’est vrai, mais bizarrement Ils avaient fait les valises dans la nuit est très atmosphérique. Haçienda aussi, même si évidemment ça parle du fait d’avoir un enfant, de savoir si tu es plutôt un père ou une jeune personne qui a envie de frôler des gens dans des concerts, de boire des coups. Mais, ce qui compte, c’est la sensation, la position de l’enfant contre toi, c’est ça qui l’emporte. Si je pense à Haçienda, je pense plus qu’au vrai sujet, parce que cette position de l’enfant me renvoie à ça.

Tu aurais pu choisir un autre art finalement, pour exprimer ces ambiances : le cinéma, le théâtre, le roman… Comment la chanson s’est imposée quand tu as commencé  ? 

Je trouvais que c’était ce qu’il y avait de mieux. C’est plus magique que le reste, plus rapide, plus immédiat, plus mystérieux. Je regardais des pochettes de disques avec les photos de chanteurs et je me disais «  C’est cette personne-là qui chante, ça veut dire qu’elle doit être comme ça. ». Il fallait un peu compléter, c’est incomplet une chanson et ça ne dure que deux ou trois minutes. Je trouvais ça plus fort, je ne comprenais pas comment c’était fait, la façon dont la voix résonnait dans le mix, les arrangements. J’aimais pleins d’autres trucs mais même à l’époque où je faisais du théâtre, je faisais déjà beaucoup de chansons dans mon coin.

Et la photographie ? Tu as publié des livres en 2016, fait des expositions …

Même si je fais de la photographie sérieusement, ce n’est pas un truc qui est viscéral et je l’ai bien vu à Deauville. Quand tu fais une expo de photos, les gens à la fin ils te disent « Ah ouais c’est très beau, j’ai beaucoup aimé, j’aime beaucoup celle-là qui est là-bas ». Mais ça s’arrête là, ils ne peuvent pas te dire «  C’est fou que vous disiez ça, parce que moi justement une fois, je me souviens, j’avais mon fils qui était endormi contre moi ». Dans la chanson, il y a un truc qui va chercher assez loin dans l’intime et qui en même temps est exposé très vite. Il y a donc beaucoup de gens qui peuvent s’y retrouver.

Donc une chanson réussie pour toi, ce serait une chanson d’ambiance  ? 

Une chanson réussie, c’est une chanson qui t’a un peu échappé qui n’est pas vraiment toi, où tu te dis « C’est fou, je ne pensais pas que j’avais cette chanson en moi ». Il y en a d’autres, tu sais très bien que tu les as en toi. Sur le dernier album, Ce qui resteraJe ne sais pas si c’est tout le monde, ce sont des textes où je sais très bien que c’est ma manière de penser alors que le refrain de Vie Varda, c’est un truc qui tombe comme ça, tu l’as volé, c’était dans l’air personne ne t’a regardé et tu l’as piqué. C’est cette sensation-là, qui est la plus agréable. 

Tu as toujours fait beaucoup de collaborations musicales, invité d’autres artistes à poser leur voix, à chanter en duo, je pense à l’album Favourite songs aussi. Mais pour ce nouvel album, Panorama, tu as convoqué un artiste différent pour chaque morceau, qu’es-tu allé chercher chez chacun d’entre eux  ? 

Des choses différentes, mais après c’était seulement des gens que j’aimais de loin, la moitié je ne les connaissais pas. Je les ai contactés pour faire le disque, d’ailleurs je ne les ai pas vraiment convoqués parce que mentalement je les ai laissés, je leur ai envoyé une chanson et puis ils me l’ont renvoyé avec un arrangement. 

Ils avaient les paroles de tes chansons  ? 

Non, ils n’avaient aucune parole, ils avaient un yaourt. En fait de loin comme ça, tu te dis que les chanteurs sont tout seuls mais ils ne sont jamais seuls. On passe notre temps à être entouré par des personnes qui travaillent avec nous et qui nous aident. C’est une fausse image. Là c’était un peu le bon moment parce que le film aussi est très peuplé, d’autres gens que moi. Quand tu fais des chansons, tu tentes de choper un truc de toi qui qui n’est pas énorme a priori mais tu te dis «  Tiens, ça, je pense que les gens vont s’y retrouver » mais c’est l’expérience que tu fais à partir de toi. Ce truc m’intéresse chez cette personne-là, a priori ce n’est pas très passionnant mais parce que c’est intime, émotionnel, peut- être que certains vont s’y retrouver même s’ils n’ont pas vécu la même chose. C’était super de faire cette expérience-là pour le film et musicalement un peu aussi sur l’album.

On a l’impression que tu chantais la nostalgie d’un passé dans tes précédents album, j’ai le sentiment que depuis À présent (2016), tu es plus tourné vers aujourd’hui et «  Ce qu’il restera  » pour te citer, j’interprète  ?

C’est marrant. Ce matin j’ai regardé la définition du mot nostalgie et je me suis dit « Si ça se trouve, c’est moi qui ait tort ». J’associais ce mot à un regret du passé et c’est bien la définition. J’ai fait Les filles de 1973 mais par exemple Fanny Ardant et moi, Tes parents, Le monologue shakespearien, qui sont des chansons qui m’ont fait connaitre, sont au présent. Mais je ne sais pas pourquoi. Dès que tu parles d’un truc assez sentimental ou sensible, je crois que ça remue les gens. Ils mettent les chansons en perspective avec leur vie et leurs souvenirs. J’ai très peu de chansons d’amour sur des amours passés. Cosmopolitan sur le premier album est sur un départ mais sinon je crois n’avoir jamais fait une chanson sur un ancien amour. Il y a des choses dans Les Amants qui convoquent le passé. Je pense même être un des seuls à ne pas faire de chansons d’amour sur le passé, tout le monde en fait. Même l’emploi de l’imparfait ou du passé simple n’existe quasiment pas, c’est toujours au présent. Par contre il y a toujours eu des «  On a fait ça, on est passé par là et maintenant on est là ».

Je crois que je vais être un peu plus rude sur cette question-là parce qu’en fait à un moment, il faut que ça s’arrête. Pour moi, ça n’a pas de sens. Chez moi, il y a beaucoup d’allusions à l’écoulement du temps qui passe mais je veux choper les vibrations de quelque chose de très présent. J’ai vraiment pas du tout envie de revivre mon passé, je le connais très bien mais c’est une sorte de matière.

C’est un problème de langage, les gens qui viennent voir les concerts, ils ne se disent pas  : «  Qu’est-ce que ce mec regrette son passé  ». C’est pas du tout le mécanisme des spectacles, de l’énergie des concerts. En fait, je pense que dans leur cerveau, les gens confondent la nostalgie et la mélancolie. Dans la conscience c’est un peu flou. Et chez moi, il y a quelque chose de mélancolique.

Il y a des gens qui ne connaissent pas du tout mon travail et qui n’y vont pas à cause de ça, ça refroidit. «  Moi je déteste la nostalgie donc Delerm, je n’écouterai jamais  ». Au bout d’un moment c’est un peu bête. Si j’avais entendu parler d’un chanteur dont on me dirait tout le temps «  c’est nostalgique  », je n’écouterais pas parce que j’aime seulement les artistes qui te donnent envie de vivre, de célébrer l’instant, le présent.

En parlant du présent, tu chantes enfin Carver, je n’y avais jamais pensé mais il y a une évidente comparaison entre ses textes et tes chansons…

J’adore l’emporter. Souvent quand je commence à écrire des textes, quand je bloque, il y a des écrivains qui font du bien, qui te déverrouillent des choses et Carver ça fait vraiment partie de ça.  C’est cette vague d’écrivains, une clique qui est très rapide, très dans l’instant dans un truc en quatre ou cinq phrases. Il convoque dans un même temps des choses complètement banales comme un radiateur et une dépression nerveuse.

Et Ces Enfants pâles qui sont-ils  ? C’est la chanson la plus mystérieuse de l’album…

Ça vient de Foule sentimentale, d’Alain Souchon, la phrase « Pour demain nos enfants pâles ». Mais surtout, je voulais chanter avec Rufus Wainwright, j’avais vu un docu sur lui où on le voyait enfant avec sa sœur faire du théâtre fiévreusement dans sa chambre. Et moi, j’avais vraiment connu ça, ce fantasme-là. Cette chanson est encore un bon exemple de quelque chose qui parle du passé mais qui se projette, c’est quelque chose qui va arriver. J’aurai pu faire un truc en disant « J’aimais tellement quand je répétais, je voudrais revivre ça cette pureté-là du début ».

Évidement, j’ai aimé ces moments-là. Mais j’aime beaucoup rendre compte de la vie. Elle est jamais simple quand tu viens de la campagne. Les gens te disent « Ah bon, j’imaginais que c’était une enfance bucolique à la campagne ». Bah les gars promenez-vous un peu en France, sortez de Paris, il y a des usines, ça pue et pas que le crottin de cheval mais les odeurs des raffineries, des usines à betteraves. C’est une image d’Epinal de simplification et d’une façon générale j’essaie justement de ne pas raccourcir l’enfance. C’est un domaine où les gens disent « Oh oui, bah moi j’ai eu une enfance qui était bien, c’était comme ça, j’étais là, en banlieue parisienne ». Non, ça ne se résume pas en trois mots, c’est très long, ça passe par pleins de moments où tu n’es pas certain de savoir ce que tu ressens. Tout est comme ça dans la vie, on ne peut pas se dire, « En ce moment je suis heureux » et comme j’ai fait ce truc, Etes-vous heureux ? , des fois, les gens me disent « Alors Vincent Delerm, êtes-vous heureux ? ». Ce que j’essaie de faire, c’est quelque chose qui rende compte du côté trouble de ça, de nos sensations, de nos sentiments, de ce qu’on est sûr de ressentir, ce qui nous fait vraiment de l’effet, ce qui compte vraiment et ça c’est quelque chose de vrai.

© Julien Mignot

Vincent Delerm en concert  :

  • Du 5 au 9 novembre puis du 3 au 7 décembre à la Cigale (Paris)
  • En tournée en France à partir de février 2020.

Vincent Delerm au cinéma :

  • Le dimanche à 11h au Cinéma des Cinéastes (7 Avenue de Clichy 75017 Paris)
Diane Lestage

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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