Rencontre avec Pomme – « J’avais besoin d’écrire des chansons pour sortir les choses que je n’ai pas pu dire »

© Emma Cortijo

Peu de temps avant la sortie de son deuxième album Les Failles paru ce vendredi, on a conversé créatures magiques, indépendance artistique et angoisses impétueuses avec Pomme, enfant sauvage de la nouvelle scène française.

Presque trois ans après son premier disque A Peu Près paru en 2017 qui dessinait déjà une folk douce et sombre aux accents sacrés, Pomme dévoile Les Failles, album grandiose co-produit avec Albin de La Simone. Un disque pour avancer dans le noir, retrouver une lumière perdue et se sauver ou plutôt se soigner. Onze titres où l’artiste âgée 23 ans dépose délicatement ses fissures intérieures, ses larmes ravalées et sa solitude. Écrit quelque part entre une maison en Bourgogne, le chaos des grandes villes (Paris et Lyon) et sous les arbres immenses de Montréal, Les Failles décortique sans artifice un corps et un coeur qui grandit et se découvre. C’est un jeudi vermeil d’automne, dans les bureaux de son label Polydor que nous avons rendez-vous avec Claire Pommet pour une entrevue sincère et légère une semaine avant la sortie de son album. Rencontre.

Ton album Les Failles sort dans une semaine, comment te sens-tu juste avant le grand jour  ?

Pomme : Assez épuisée. Mais en même temps très contente, c’est un sentiment assez étrange. J’ai jamais fait autant de promos de toute ma vie donc ça veut dire que les gens s’intéressent à mon album. C’est intense. Mon cheminement a toujours été progressif avec aucune étape où j’ai l’impression d’un seul coup de passer douze étapes. Et là, j’ai l’impression que les choses sont allées assez vite.

Qu’est-ce qu’il représente pour toi ce deuxième album  ?

P. : Il y a un sentiment assez spécial de premier album. C’est mon deuxième album mais c’est la première fois que je m’investis autant, que je sais où j’ai envie d’aller et que je fais les choses de A à Z. J’ai tout écrit, tout composé et tout co-réalisé avec Albin de La Simone. C’est moi qui suis allée chercher l’illustratrice pour les visuels et je n’avais pas de directeur artistique. Pour le première album, j’en avais un et c’est la personne qui te guide, parfois il fait les choses à ta place. Pour moi, il représente vraiment le début d’un cycle. J’ai l’impression d’arriver à un âge où je sais un peu plus ce que je veux et du coup l’album me ressemble beaucoup. Le premier, je l’avais fait dans des conditions compliquées où j’avais passé des années à faire du répertoire, les gens m’envoyaient des chansons car je n’écrivais pas toutes mes chansons, c’était beaucoup de pérégrinations pour trouver le bon son. Alors que là, on a fait l’album en cinq jours. J’ai l’impression d’être rentrée à l’intérieur de moi et en même temps d’être moins tournée vers moi même, il y a beaucoup de chansons où je parle d’autres gens dans cet album, je m’adresse souvent aux personnes dans une ambiance plus collective. Les autres m’intéressent beaucoup plus que quand j’avais dix-huit ans. Paradoxalement au fait que je parle de mes failles, je parle aussi de tout ce qu’il y’a autour.

Dans ce disque, comme dans ton univers musical en général, on retrouve quelque chose qui relève du sacré, de la croyance, dans les ambiances musicales, mais aussi dans les paroles. En quoi est-ce que tu crois toi  ?

P. : J’ai eu une éducation très chrétienne, catholique, je suis allée au catéchisme et j’ai complètement rejeté ça à la fin de mon adolescence et je me suis mise à croire en des choses un peu plus ésotériques. À croire que la lune a une incidence sur nous, à des trucs encrés dans le réel que je voyais. Après, j’ai toujours cru aux elfes et aux lutins, aux créatures magiques. J’ai eu besoin de ça et j’ai pas envie d’arrêter d’y croire. Ensuite, je me suis mise à développer quelque chose en lien avec la nature, qui me paraît assez terre à terre, vénérer la lune ou les arbres c’est des choses qui ont une incidence positive sur toi, sur la vie. Je me suis vraiment attachée à ça, à un moment donné je faisais des cérémonies de la lune dans le bois de Vincennes.

C’est drôle, parfois j’ai l’impression que tu personnifies les éléments naturels, un peu comme si tu parlais au soleil, à la nuit et aux arbres. Ça ajoute quelque chose de très poétique qu’on retrouve beaucoup chez les artistes de la scène québécoise (Philémon Cimon, Klo Pelgag)...

P. : Je fais des voyages au Québec depuis que j’ai dix-neuf ans donc je pense que j’ai grandis avec mon éducation de Lyon, avec ma vie à Paris et avec les gens que j’ai rencontré à Montréal dont Philémon Cimon et Klo Pelgag. Dans cet album, c’est vrai que je personnifie beaucoup de choses : l’anxiété, dans Les Oiseaux je parle à la ville de Montréal. Je pense que c’est du au fait que j’y passe beaucoup de temps et que j’écoute énormément de musique québécoise. C’est pas pour rien, qu’il n’y ait que les artistes québécois qui ont ce truc là, ils grandissent dans des espaces très différents des notres avec de la place et de la nature sauvage.

Quand j’ai marché dans l’allée des séquoias
J’ai respiré en entier pour une fois
Et envoyé deux milles prières au vent
Pour nous sauver de toutes les peines d’avant

– Les Séquoias

Quand on écoute ton disque, des images et des paysages défilent immédiatement dans nos têtes (Séquoia, Oiseaux). Des paysages très éloignés de ceux des villes. Comme si tu t’étais isolée dans un coin perdu naturel pour écrire ces chansons. Tu peux nous raconter un peu le processus de création de ces chansons.

P. : J’ai commencé à l’écrire dès que j’ai sorti mon premier album parce que j’étais assez frustrée de l’accueil de mon premier. Mais je comprenais que les gens soient mitigés parce que moi même je l’étais. A cette période là, j’avais du temps, je voulais passer à autre chose alors que mon premier disque était sorti depuis une semaine. J’avais besoin d’écrire des chansons pour sortir les choses que j’avais pas pu dire. J’ai commencé à écrire à Paris, puis après effectivement il y’a eu une phase de forêt où je suis partie deux semaines en Bourgogne en janvier et où j’ai écrit une bonne partie de mon album. Je me souviens d’avoir écrit Soleil Soleil au Québec, c’est la seule que j’ai écrit là bas. L’écriture s’est vraiment étalée sur un an et demi, c’est assez court contrairement au premier.

Dans Les Failles, les premiers morceaux touchent à tes «  faiblesses  » personnelles, tes angoisses et tes peurs. Puis quand on s’approche de la fin du disque, tu t’adresses à quelqu’un (Pourquoi La Mort Te Fait Peur  ? Saphir, La Lumière), tu décryptes, décris les failles d’une autre et tu les emmêles aux tiennes. Tu crois que confier ses failles à «  l’autre  », ça aide à les accepter et à vivre avec  ?

P. : Moi j’ai un problème d’anxiété de performance dans la vie. J’ai besoin d’être toujours parfaite et ça me blesse tout le temps. Tous ces thèmes là, c’est des sujets que j’ai du mal à aborder à l’oral avec certains proches. J’ai une grande carapace, ce qui est un peu nouveau car je ne l’avais pas du tout quand j’étais enfant. Cet album me permet de poser sur la table toutes les choses que je n’arrive pas à dire et de les montrer au monde entier. C’est une manière aussi de me violenter moi même et d’accepter qui je suis, d’assumer mes défauts. Le fait de m’adresser à d’autres gens dans les chansons, il y a aussi un truc de vouloir sortir de la solitude et d’échanger ses failles, de livrer les siennes et d’écouter celles des autres. Le public n’a jamais aussi bien réagi, je reçois des messages fous parce que je crois que personne n’ose vraiment trop parler de ces choses là, les gens sont généralement assez pudiques avec ça sur les émotions. On valorise plutôt ce qui va bien et pas ce qui va mal. Il y a vraiment une volonté de me soigner avec cet album, je me suis forcée à parler de tout ça car c’était le seul moyen de m’aider, d’en parler sur un album.

Pourquoi la mort te fait peur
J’entends les sauts de ton cœur
A travers les océans
Tu sais que toi et moi
Elle ne nous aura pas
On ira sous l’océan

– Pourquoi La Mort Te Fait Peur

Pour le artwork de ton album et ton teasing tu as travaillé avec une artiste canadienne qui se fait appeler ambivalentyours qui a créé pour ton projet des visuels poétiques et mélancoliques aux teintes bleutées. Qu’est-ce qui te plaît dans son travail  ?

P. : Je l’ai trouvé sur Instagram et je me souviens d’avoir regardé ses dessins et de m’être dit “Wow, c’est comme ma musique”, c’était glauque, violent et doux à la fois. Je lui ai écrit et j’aurais jamais pensé qu’elle me répondrait. Mais elle a répondu. Au départ, on devait juste faire une pochette ensemble et on a décidé de décliner son travail de pleins de manières différentes. Elle a dessiné pour le premier clip, elle a fait les avatars pour chaque chanson, je lui donnais une teinte et une émotion et je lui expliquais en trois mots de quoi parlait la chanson.

@ambivalentyours via Instagram

J’ai vu aussi que tu avais réalisé un documentaire relié à l’album, tu peux nous en dire un peu plus sur ce projet  ?

P.  : C’est mon meilleur ami Hugo qui a réalisé le documentaire, quand on a commencé à bosser ensemble pour l’album. Dès le départ, je lui ai dit que j’avais envie d’avoir des images de tout le processus de l’album et il fait un truc sublime. Il est trop fort mais c’est aussi parce qu’il me connaît.

Ton premier clip Je Sais Pas Danser a été réalisé par Hugo Pillard. Quand il est sorti, j’ai été frappé par la cohérence de la musique et de l’image, comme s’il avait un peu réussi à lire dans tes failles et qu’il les avait dessinés avec sa caméra. Comment avez-vous collaboré pour le clip  ?

P. : Toutes les idées, c’est moi qui les invente, je lui dis mes idées et il les étoffe. Pour Je Sais Pas Danser, je voulais danser mais pas faire de chorégraphie, j’imaginais plus un truc de libération et de cauchemar. Après Hugo, il a rajouté pleins de choses. Comme on co-écrit, c’est plus simple de faire quelque chose qui me ressemble. Et là, on a tourné un deuxième clip pour Anxiété et c’est pareil.

Après la sortie du disque, tu vas repartir sur les routes pour le partager avec ton public. La seule et unique fois où je t’ai vu sur scène c’était il y a très longtemps au Radiant Bellevue, tu avais juste une guitare et une voix. Comment tu vas faire évoluer cet album sur scène  ?

P. : Je vais avoir deux musiciennes, une batteuse et une bassiste/ clavériste. On va être un vrai girl band ! J’ai jamais joué avec d’autres personnes donc c’est un peu intense.

Pour finir, peux-tu nous partager un choc artistique récent ?

P.  : Le film Papicha, il est incroyable.

Pomme en concert :

  • Le 15 janvier au 106 (Rouen)
  • Le 18 janvier au Rocher de Palmer (Cenon)
  • Le 22 janvier à l’Autre Canal (Nancy)
  • Le 24 janvier à la Vapeur (Dijon)
  • Le 27 février au Grand Mix (Tourcoing)
  • Les 27 janvier, 28 février et 9 avril à la Cigale (Paris)
  • Le 12 février au Ninkasi Kao (Lyon)
Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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