Rencontre avec Isaac Delusion – « On voulait rendre hommage aux rêves fous de l’adolescence »

© René Habermarcher

Deux jours avant la sortie de leur troisième album Uplifters paru ce vendredi chez Microqlima, on a conversé avec les doux rêveurs d’Isaac Delusion. Chimères et innocence juvéniles, timidité et ambivalence des sentiments, rencontre avec Loïc et Jules, les deux fondateurs du groupe.

Deux ans après Rust & Gold (2017), les garçons d’Isaac Delusion s’étaient fait discrets dans le paysage musical en dévoilant seulement une reprise étonnante et aérienne de Couleur Menthe à l’Eau, le tube d’Eddy Mitchell, de quoi rassurer nos oreilles et apaiser nos peines. Un signe presque magique pour nous faire comprendre qu’ils n’étaient pas loin mais qu’il allait falloir attendre encore un peu pour un retour officiel. Un an après, les revoilà de plus belle pour une nouvelle aventure musicale aux teintes juvéniles. C’est une fin d’après-midi qui ressemble à la nuit que nous rejoignons Jules et Loïc au Ground Control, quelques heures avant leur passage à l’émission Côté Club sur France Inter. Casquettes couleur pastel sur les têtes et taquineries à profusion, le tandem semble n’avoir jamais vraiment grandi et se livre à coeur ouvert sur ce nouveau disque qu’ils aiment définir comme un “nous d’avant”. Une conversation douce, légère et joyeuse, à l’image de leur musique, qui nous fera presque oublier la pluie grise qui dégouline autour de nous ce jour-là.

Votre troisième album Uplifters sort dans deux petits jours, comment vous sentez-vous ?

Jules : On a vraiment hâte qu’il sorte parce qu’il est prêt depuis longtemps, six mois maintenant, il est temps d’accoucher. On a hâte d’avoir les réactions du public.

Pour présenter l’album, vous avez évoqué un “retour au nous d’avant“, pourquoi cette volonté de renouer avec un univers plus léger et naïf ?

Loïc  : Ce qui est intéressant de mentionner avec cet album c’est qu’on avait commencé à le composer sur mon ordinateur et mon disque dur a brulé. On a tout perdu en une après-midi et suite à cet épisode fâcheux, on a décidé de tout reprendre à zéro et de construire notre album sur des bases un peu plus décomplexées, sans toutes les contraintes techniques et intellectuelles qu’on s’imposait depuis des années sur les deux premiers disques. On voulait retrouver une simplicité qu’on avait connue à nos débuts et qu’on avait perdue. On est revenu à quelque chose de plus primaire.

Musicalement donc, mais aussi dans les thèmes abordés ?

L : Quand on a commencé le projet, c’était très léger, on essayait de faire des choses assez joyeuses qui évoquaient des sentiments agréables. Ensuite, on a pris un tournant un peu plus dark sur le deuxième album, avec des morceaux plus bruts qui traitent de sujets un peu plus graves. Et pour uplifters, on a retrouvé la légèreté de nos débuts, on a composé sans se prendre la tête en s’amusant.

J : Les thèmes de l’album tournent beaucoup autour de l’adolescence, ce “nous d’avant” c’est un peu ça. Quand on s’est rencontrés, on était adolescents donc on en a fait un thème un peu global.

Vous êtes des personnes très vite nostalgiques alors ?

J : C’était pas vraiment une nostalgie, il n’y avait pas de regrets. On voulait rendre hommage aux rêves fous qu’on avait à l’adolescence, ce moment où tout est possible, où on avait envie de voyager, de faire du cinéma, d’être des rockstar, d’aller sur la lune.

Dans le titre Fancy, vous nous raconter une querelle adolescente entre passion et violence. Vous replongez souvent dans vos souvenirs pour créer votre musique  ?

L : Oui, le souvenir m’inspire énormément, les regrets particulièrement et la mélancolie. Ce morceau là, parle de l’ambivalence des sentiments à l’adolescence où l’on passe facilement d’un extrême à un autre. Il y a un côté très exacerbé, à fleur de peau qu’on évoque dans ce titre et dans l’album en général. A l’adolescence, on vit plein de choses fortes, on découvre plein de terrains inconnus et c’est ce qui nous a inspiré.

Quand on écoute l’album il y a des moments de mélancolie, mais chez vous, ce n’est jamais douloureux, toujours doux. Comment on fait pour parler de choses tristes tout en restant positifs ?

J : C’est normal, ce n’est pas une époque qu’on regrette, c’est un joli souvenir de la beauté et de l’innocence qui émane de cette période donc c’est plus joyeux que triste.

Mon titre préféré de l’album est “Pas l’habitude”, seul titre en français avec le bonus. Vous pouvez nous parler un peu de la conception du clip ?

L : C’était l’idée du réalisateur Léo Chadoutau, on a trouvé intéressant de créer ce personnage antihéros un peu looser qui en même temps dégage une grande sympathie. Ça correspond un peu à quelqu’un en marge de la société, ça parle un peu de timidité, du fait de ne jamais vraiment se sentir à sa place en société au quotidien, le fait d’être maladroit, de penser différemment des gens et de se sentir exclu. On a trouvé que ce thème était intéressant à mettre en parallèle avec la vie d’un comédien de série B qui pour le coup, est un vrai monstre, il n’a pas de masque, ce masque qu’on peut porter parfois en société pour être accepté et on trouvait ça intéressant comme métaphore.

Il y a un aspect autobiographique dans ce titre ? Une sorte de recul que tu prends maintenant que tu as grandis ?

L : C’est clairement autobiographique oui. C’est aussi le fait d’exorciser quelque chose, à partir du moment où tu te rends compte que c’est pas toi qui est bizarre mais c’est les autres qui sont tordus. Et qu’au final, toi tu vas très bien, tu vas même mieux qu’eux, ça te donne une certaine assurance. Puis le fait d’écrire en français, ça donne quelque chose de plus direct et de plus intime que l’anglais.

C’est la timidité qui vous fait chanter en anglais alors ? (sourire)

L : Non, c’est parce qu’on écoute pas de chansons françaises. Finalement tu crées les choses qui te parlent le plus. Nous la musique, on a appréhendé ça sous un angle anglo saxon parce que c’est ce qu’on écoute le plus. Quand j’étais gamin, mon père il jouait pas de disques d’artistes français et évidemment quand tu commences à créer, tu t’inspires des choses que tu connais.

Qu’est ce que vous écoutiez quand vous étiez adolescents ?

J : On a un truc en commun de l’adolescence c’est Bonobo.

L : On écoutait Patrice à l’ancienne aussi. Massive Attack aussi. Et Tryo ! (rires)

J : On avait dit qu’on en parlait pas.. On a commencé la musique en jouant Tryo. C’est grâce à eux qu’on joue de la guitare aujourd’hui. (rires)

Avant de sortir les singles du dernier album, vous avez repris Couleur Menthe à l’eau d’Eddy Mitchell, qu’est-ce qui vous a donné envie de la reprendre ?

L : On avait envie de surprendre. On voulait faire une reprise incongrue où les gens nous attendaient pas et on a bien réfléchi à tout ça, on a écouté pleins de trucs qu’on aurait jamais écouté d’habitude et ça s’est joué entre Baby Girl de Aqua et Eddy Mitchell, non je plaisante (rires).

J : Notre manager voulait absolument qu’on reprenne Macarena de Damso et ça a finit avec Couleur Menthe à l’Eau d’Eddy Mitchell..

L  : On a essayé de reprendre un titre qui nous ressemble vraiment pas et de mettre notre patte musicale dessus. Manifestement, on a plutôt réussi et les gens ont suivi le délire.

Comment vous allez faire vivre cet album sur scène ?

J  : On va avoir une belle scénographie avec une énorme vague gonflable comme sur la pochette de l’album et des petits palmiers en bois qui viennent du clip de Fancy, ça va ressembler un peu au Club Med (rires). Et sinon, au niveau la musique, on essaye vraiment de réinterpréter les morceaux et d’en faire des versions live.

Pour écouter, qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

L : On écoute en boucle Blick Bassy, un poète, écrivain et chanteur camerounais qui fait de la folk. C’est génial !

Isaac Delusion en concert :

  • 20 novembre au Splendid (Lille)
  • 29 novembre à l’EMB Sannois (Sannois)
  • 17 janvier au 106 (Rouen)
  • 18 janvier au Stéréolux (Nantes)
  • 21 janvier à la Cigale (Paris)
  • 23 janvier au Rock School Barbey (Bordeaux)
  • 11 février à la Cigale (Paris)
  • 22 février au Transbordeur dans le cadre du Festival Wintower (Lyon)
  • 27 février à la Laiterie (Strasbourg)

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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