MUSIQUE EN BREF – Vague moderne

Tous les 15 jours, la rédaction de Maze vous offre un tour d’horizon des dernières sorties musicales. Aujourd’hui, treize disques et EP à écouter en long, en large et en travers.

Philippe Katerine – Confessions

Depuis ses débuts dans les années 90, Philippe Katerine n’a cessé de s’imposer comme un artiste à part, doucement provocateur et iconoclaste. Révélé au grand public en 2005 avec Robots Après Tout, il se livre aujourd’hui avec Confessions, certainement son disque le plus ambitieux de la décennie. Après la parenthèse introspective Le Film, l’heure de la confession, fortement autotunée et influencée par le rap, sonne donc pour Katerine et ses (très nombreux) invités. Si le résultat peut globalement laisser un peu dubitatif, la variété des thèmes abordés donne le vertige et certaines punchlines deviennent culte quasi instantanément. Parfois vulgaires, souvent drôles, jamais totalement insignifiants (encore que), ces vingts titres regorgent d’idées plus ou moins bonnes et s’imposent comme un tableau profondément ancré dans son époque, nourri de paraboles sociétales et politiques empreintes d’une liberté salvatrice. Pas de miracles donc, mais un album doux-amer qui gagne tout de même à sortir du confessionnal.

Coups de cœur : BB Panda, La converse avec vous, Bof Génération

Sortie le 8 novembre

Camille Tardieux

Sebastian – Thirst

Après 8 ans d’absence, Sebastian revient avec un second album. S’il s’est absenté de sa carrière solo, il n’a pour autant pas arrêté de travailler. Il a notamment co-composé l’album Magnum de Philippe Katerine (2014) ou composé Rest de Charlotte Gainsbourg (2017). Sur le disque, 14 titres augmentés de trois versions courtes. Plus de la moitié sont des collaborations, notamment avec des artistes confirmés : Mayer Hwathorne, Charlotte Gainsbourg… Sur d’autres, il met en lumière de jeunes artistes tels Syd, Loota ou encore Sunni Colón. La couleur du disque diffère du premier album en ce qu’elle s’adoucit un peu. Si elle est toujours percutante et grandiloquente, elle est peut être moins abrupte, comme pouvait l’être aussi les premières œuvres de Justice, ses camarades du label Ed Banger. Pour autant, l’album peut parfois se noyer avec des morceaux assez mécaniques et perdre en cohérence. Ce qui le sauve sont les singles, notamment Beograd, en référence à Belgrade et la Serbie d’où est originaire sa mère, ou encore le dernier morceau, Run For Me, en collaboration avec Gallant. Deuxième exercice en demi-teinte pour l’artiste qui a indiqué récemment préféré travailler pour les autres que pour lui-même. On espère que cette deuxième œuvre ne sera pas la seconde.

Coups de cœur : Beograd, Run for Me, Handcuffed To A Parking Meter

Sortie le 8 novembre

Victor Costa

Isaac Delusion – Uplifters

Le groupe parisien d’électro-pop à sorti la semaine dernière son nouvel album : uplifters. Un recueil de sons mélancoliques, touchant aux souvenirs et aux regrets. À travers cet album, ils éprouvent la volonté de “rendre hommage aux rêves fous qu’ils avaient à l’adolescence”. On retrouve d’ailleurs cette ambiance de vie d’adolescents dès le premier morceau : fancy qui nous conte l’histoire de Isaac qui vit une histoire d’amour impossible avec Emily qui nous plonge dans un bain d’innocence juvénile. Dans les chansons surprenantes de cet album, on relève Pas l’habitude, une chanson en français, très étonnant puisque Isaac Delusion ne chante quasiment qu’en anglais. Lors de notre rencontre avec le groupe, ils nous confieront qu’écrire dans la langue de Molière donne quelque chose de plus direct et plus intime qu’en anglais. Cette ambiance chaleureuse aux couleurs pastel parsemée de souvenirs est le fil conducteur de cet album qui se termine, avant le bonus, par basement leisure qui pourrait être produite pour un teen-movie, mêlant musique et cinéma, car Isaac Delusion a pour habitude de faire apparaître avec leur musique des images cinématographiques. Ce troisième opus est donc une franche réussite, le groupe parisien arrive à nous immerger dans leur univers et nous conduit dans un véritable retour dans le passé. Cet album machine à remonter le temps est une petite pépite.

Coups de cœur : Couleur menthe à l’eau, It hurts, Basement Leisure, Magicalove

Sortie le 8 novembre

Apolline Froger

Soundwalk Collective with Patti Smith – Mummer Love

Cinq mois seulement après The Peyote Dance Soundwalk Collective livre le deuxième volume de sa trilogie The Perfect Vision consacrée à trois poètes et leurs expériences de voyage. Après Antonin Artaud et avant René Daumal, c’est une variation autour de la vie d’Arthur Rimbaud que nous propose cette fois-ci la formation New-Yorkaise, toujours accompagnée de la merveilleuse Patti Smith. Conviant cette fois-ci, toujours en tant qu’invités, le prestigieux compositeur minimaliste américain Philip Glass, le père de l’éthio-jazz Mulatu Astatke ainsi que le Sufi group of Sheikh Ibrahim sur quelques titres, ce Mummer Love propose une belle rencontre entre littérature et musique. Un pari réussi, même si quelque chose d’étrange se produit parfois à l’écoute de ses croisements de paysages sonores, spokenword et chants de dévotions, constituant une sorte de collage à la fois étonnant et percutant, au résultat ne se laissant pas forcément apprivoiser de suite. Un voyage sonore dans le mental de Rimbaud lors de son exil en terres Éthiopiennes, suite à son fameux renoncement poétique qui n’avait, comme le suggère ce disque, pourtant pas mis fin à son goût pour le spirituel.

Coups de cœur : Eternity, Song of The Highest Tower, Sensation

Sortie le 8 novembre

Camille Tardieux

Tei Shi – La Linda

Tei Shi, artiste qui nous avait été révélée par son éminent duo avec Devonté Hynes sur le titre Even If It Hurts, dévoile son second album studio après Crawl Space en 2017. Si de prime abord la musiquer de Tei Shi semble être celle d’une énième chanteuse américaine produisant une musique pop (on pousse le cliché), sa musique s’avère bien plus développée, démultipliée en un panel flamboyant. Accordant une importance toute aussi fondatrice à l’instrumentale qu’à la voix, toujours pondérée dans ses articulations, Tei Shi s’applique dans dans le cheminement qu’est La Linda. Musique chantée en anglais, en espagnol sur No Juegues ; accents jazzy pour A Kiss Goodbye ; plus soul sur When He’s Done.

Coups de cœur : Thief

Sortie le 15 novembre

Caroline Fauvel

Tindersticks – No Treasure But Hope

Les prises de risque sont importantes dans le processus de création, certaines fois on attend même que certains en prennent au regard de leur discographie. Puis, il y en a à qui on n’en demande pas puisque détenteur d’une recette qui marche à tous les coups. Et que dans le pire des cas, l’ultime challenge, quand on est le meilleur, c’est de s’affronter soi même. C’est à priori le crédo que Tindersticks a choisi d’embrasser, pour qui les disques ont toujours été très bons – mention à Accross Six Leap Years – et doués d’une infinie délicatesse. Le nouvel album des britanniques Tindersticks ne déroge pas à la règle. On a là le disque type qu’on aimerait recevoir toute l’année ; où l’on fond littéralement dès les premières notes (For The Beauty). Un disque aux humeurs 360, sillonnant des compositions à la fois solaire (The Amputees), mélancoliques (Trees Fall, Carousel), et romantique (Pinky in the Daylight) avant de succomber une dernière fois (No Treasure But Hope). Un des plus beaux albums de l’année.

Coups de coeur : For The Beauty, Trees Fall, Pinky in the Daylight

Sortie le 15 novembre

Guillaume Lacoste

Polycool – Lemon Lord

Si le concept du “cool” semble être devenu un mot fourre-tout lancé à tout bout de champs sans trop d’idées derrière, il semblerait que ces garçons aux looks décalés réinventent la définition et remettent ce mot au goût du jour avec leur tout premier album Lemon Lord. Polycool se la coule douce et nous offre treize titres lo-fi et absurdes entre pop psychédélique colorée et disco pailletée. Un disque où l’on côtoie de près l’univers fou et énigmatique de quatre amis d’enfance qui vouent un culte inédit au citron auquel ils dédient d’ailleurs l’album. Puisant aussi bien chez Connan Mockasin, Pink Floyd ou encore Mac Demarco, Polycool nous offre un album détendu et décalé qui plaira aux amoureux.ses de pop et de hamac. Pour résumer, Un opus qui coule de source et de douceur comme une citronnade estivale.

Coups de cœur : Polywood, Holy Photons

Sortie le 15 novembre

Pauline Pitrou

Jimmy Whoo – Basic Instinct

Le producteur français a fait un bout de chemin depuis la création de Grande Ville Studio / Records où il continue d’oeuvrer. Basic Instinct est son troisième album, celui qui sort du lot, celui qui ose un peu plus, laissant ici la place à des perspectives élargies. Les premières collaborations publiées ; Perfect World avec Lomboy, et Blue Orange Green avec le pianiste canadien Chilly Gonzales étaient déjà les bienvenues, celles-ci incarnant élégamment l’identité cosmopolite de la musique de Jimmy Whoo. C’est une consciencieuse épopée électronique et feutrée que dessine ce nouvel album dans les récentes sorties.

Coups de cœur : Still Cruisin’

Sortie le 15 novembre

Caroline Fauvel

Blu Samu – ctrl-alt-del (EP)

En provenance directe de Belgique, Blu Samu débarque avec ctrl-alt-del, un deuxième EP explosif qui va faire du bruit dans les maisons. Après Moka (2018), un premier EP jazzy et R’n’b qui l’avait fait connaître, Salomé Dos Santos, de son vrai nom, est de retour dans un registre plus brut et une esthétique nettement plus affirmée. Ainsi, à la première écoute de ctrl-alt-del, on prend plaisir à découvrir le flow intense et impulsif de la bruxelloise qu’on avait déjà pu entrevoir dans le single Goose. Un EP sombre et introspectif où la jeune artiste de 23 ans dissèque ses névroses et ses multiples traits de personnalités. Ente douceur et violence, Blu Samu nous montre qu’elle a plus d’un tour dans sa poche.

Coups de cœur : GFM, Butter

Sortie le 15 novembre

Pauline Pitrou

Enchantée Julia – Boucle (EP)

Après avoir collaboré avec le rappeur Prince Waly sur sa track 45 Tours et dévoilé plusieurs titres sucrés dont le sublime Montreuil-Chapelle, la sudiste exilée à Paris présente Boucle, un premier EP fait d’or et de lumière. Un R&’nB solaire et poétique aux influences hip-hop, jazz et pop baigné dans un univers vintage, voilà comment mettre en mots le monde idyllique d’Enchantée Julia. Un six titres où la chanteuse nous conte ses errances nocturnes et sensuelles (Eteins la lumière), ses escapades dans la capitale en bagnole (Twin-Go) ou encore ses flirt en salle velours en featuring avec le rappeur Luidji (Cinéma). Un EP doux et sentimental qui se clôt sur L’au delà, virée spatiale délicieuse sous autotune. La boucle est bouclée.

Coups de cœur : Eteins la lumière, Twin-Go, Château de Sable

Sortie le 15 novembre

Pauline Pitrou

Da Break – Burning (EP)

“Ayayayayayayay”, les super productifs lyonnais de Da Break déjà de retour avec de nouveaux titres, avec leur nouvel EP Burning, qui fait suite à leur premier album éponyme sorti l’an dernier. Burning qui présente, comme sur leurs précédentes sorties, une large palette d’influences et un bon lot de pépites old school à l’image du premier titre éponyme, cadencé par des basses jamaïcaines et un hip hop west coast. Show Me The Steps, plus reposé affiche un emprunt plus soul voire RNB porté par le timbre groove de Rémy Kaprielan. Mais c’est sans aucun doute Shine qui tire la couverture sur cet EP, emmené par une guitare funk et un beat parfaitement exécuté.

Coup de cœur : Shine

Sortie le 15 novembre

Guillaume Lacoste

Carmen Maria Vega – Santa Maria Remix (EP)

Entre son acting au théâtre Le Palace quasi tous les soirs et la sortie récente de son premier livre autobiographique chez Flammarion, la fougueuse et pluridisciplinaire Carmen Maria Vega enchaîne. Le répit attendra. Vendredi dernier, la franco-guatémalteque sortait une poignée de remixes de titres issus de son dernier album, Santa Maria. Un EP sur lequel nombre de belle signatures y figurent telles que The Supermen Lovers qui remixe dans un écrin discoïde Aigre-doux, pendant que 2080 s’amuse avec sa gameboy transformant en version 8 bit Ultra Vega et que Neko Flash offre une version synthpop et électronique à La Fille de Feu. Mention particulière au belge et cousin de Carmen, Strapontin qui livre une magnifique version slowmotion façon thriller de Grand Secret. Frissons.

Coup de cœur : Le Grand Secret (Strapontin Remix), La Fille de Feu (Neko Flash Remix)

Sortie le 15 novembre

Guillaume Lacoste

Mount Kimbie et Warp Records – WXAXRXP Sessions

Il n’est plus vraiment nécessaire de présenter Warp Records, label de musique indépendante anglais qui a vu notamment passer dans ses rangs Aphex Twin, Boards of Canada, ou encore Brian Eno. Le label propose depuis vendredi dernier sur les plateformes, différentes sessions live avec les artistes qui gravitent autour de ce cercle alternatif : Flying Lotus, Onehotrix Point Never, Bibio, etc. Parmi celles-ci c’est finalement celle de Mount Kimbie qui retient notre attention, alors que le groupe n’a pas sorti d’album depuis 2017. Ici celui-ci s’attarde sur des versions remarquables extraites de Love What Survives, ainsi que Made to Stray, morceau ardent qui nous ramène en 2013.

Coups de cœur : Made to Stray

Sortie le 15 novembre

Caroline Fauvel

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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