LUNDI SÉRIE – « Golden girls », Toujours aussi craquantes

Deux fois par mois, la rédaction se dédie entièrement au « petit écran » et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format pourra vous permettre de retrouver vos séries fétiches…ou de découvrir des pépites !

Débuté dans les années 1980 aux États-Unis et diffusé en France dans la décennie suivante, ce drôle de quatuor a séduit des millions de téléspectateurs. Les Craquantes (dans la version française), toutes bien loin de la quarantaine se sont attaquées à de vastes sujets, parfois même très sensibles.

C’est une série quelque peu oubliée et c’est bien dommage. En sept saisons, les spectateurs ont découvert la vie de quatre femmes colocataires : Blanche (Rue McClanahan), une sudiste nymphomane, Rose (Betty White), attachante mais pas très futée, Dorothy (Bea Arthur), celle qui cumule les punchlines et sa mère, Sophia, quatre-vingt ans, qui regorge d’histoires sur sa Sicile natale. Leur point commun : toutes ces femmes ont plus de la cinquantaine, sont divorcées ou veuves et doivent vivre dans une société où elles se sentent mise à l’écart.

Une série avant-gardiste ?

Même si la série s’est terminée dans les années quatre-vingt, elle attaque frontalement des problèmes sociétaux qui la différencie de tant d’autres. Chaque femme a son arc d’histoire principal mais ce sont tous les personnages secondaires qui gravitent autour d’elles qui les forcent à voir le monde différemment et à s’exprimer sur des sujets tabous à l’époque, surtout dans une série télévisée comique. C’est de ce point de vue là que la série est vraiment mémorable. Elle place au centre de plusieurs épisodes des sujets qui sont toujours au cœur de certains débats aujourd’hui.

Il serait trop difficile de tous les citer, et cela mériterait d’ailleurs un top 10 en soi, mais des moments mémorables dans Golden Girls, il y en a. Certains sortent tout de même du lot. Dans plusieurs épisodes les quatre amies sont confrontées à l’extrême pauvreté d’autres personnes âgées qui ne peuvent pas payer les médecins, les maisons de retraite ou encore les médicaments qui leur permettraient de rester plus longtemps en vie. Certains se retrouvent dans des foyers miteux tandis que d’autres pensent au suicide pour s’éviter de vieillir.

On retrouve encore des sujets bouillants dans l’actu comme l’histoire d’un jeune élève de Dorothy qui risque d’être expulsé des États-Unis puisque c’est un sans-papier mineur. Ou encore des sujets sur les maladies mentales, que l’on ne traitait pas du tout dans les séries comiques. Dans un épisode, Dorothy est persuadée qu’elle est malade puisqu’elle est tout le temps fatiguée. Tous les médecins qu’elle rencontre lui expliquent qu’il s’agit juste du “fardeau que l’on appelle vieillesse”. Jusqu’à ce qu’un d’entre eux finissent par comprendre qu’elle souffre d’anxiété et de dépression. Sujet complètement ignoré jusqu’alors.

Enfin, dans l’un des épisodes les plus mémorables, Rose, la gentille fille par excellence, apprend qu’elle pourrait être atteinte du virus du SIDA à cause d’une perfusion de sang qu’elle aurait reçu des années auparavant. Un énorme coup de pied dans la fourmilière. Pour comprendre toute la profondeur de cet épisode, il faut se remettre dans le contexte. Au moment où Golden Girls passe à la télévision, le SIDA est une maladie encore peut connue puisque la première identification date de 1981. La population croit alors beaucoup de choses erronées sur le virus. Notamment le fait qu’il ne touche que les homosexuels et les drogués. Rose ne comprend pas pourquoi elle est punie. Ses colocataires la rassurent : “le sida n’est pas une maladie qui punie les mauvaises personnes”. Cela peut sembler anodin aujourd’hui mais à l’époque, cet épisode a eu beaucoup de retentissement.

© NBS

Le sujet le plus traité : le sexe chez les seniors

Alors avec quatre femmes célibataires dans une maison, il était presque impossible de ne pas évoquer le sujet. Car Dorothy, Blanche, Sophia et Rose sont des femmes accomplies avec carrière et enfants. Ce qui leur manque c’est un partenaire. Et même l’octogénaire Sophia a le droit au sien. Pendant sept saisons, nous suivons la vie intime de ces femmes et tous les problèmes qui vont avec. Terrorisées par la lumière dans une chambre, problème cardiaque ou encore découverte d’une sexualité enfin épanouissante à soixante ans, Golden Girls c’est surtout une série féministe sur ce plan là, et parfois même sans le vouloir. Et tout ça grâce au fait, notamment, que la série a été créé par une femme : Susan Harris. Qui d’autre qu’une femme pour parler des femmes ?

La scénariste avait quarante ans à l’époque, a déclaré s’être inspirée de ses problèmes et les a grossit pour qu’ils paraissent encore possibles sur des femmes plus âgées. Et cela donne lieu à des séquences comiques assez improbables. Par exemple, dans un épisode, les colocataires sont sur le point d’embarquer sur une croisière spéciale Saint-Valentin. Mais elles ont récemment lu que les MST chez les seniors étaient élevées. Alors avant de partir, direction la pharmacie pour acheter des préservatifs. Petite course que les quatre femmes ne s’attendaient plus devoir faire. Et pourtant !

© NBCUniversa

De même, des décennies avant le mouvement #MeToo, deux arcs narratifs se sont concentrés sur Rose et Blanche qui tiennent tête à un homme qui les harcèle sexuellement. Pour Rose, c’est son dentiste, qui lui fait des avances alors qu’elle est immobilisée dans la chaise du cabinet. Elle se saisit du pistolet à eau et le menace. Pour Blanche, c’est son professeur (lorsqu’elle décide de reprendre des cours à l’université) qui lui explique qu’elle n’aura pas de bon résultat si elle ne couche pas avec lui. Là encore, elle lui répond avec aplomb : “mon honneur vaut plus qu’une bonne note.”

25 millions de téléspectateurs, 68 nominations aux Emmy Awards, Golden Girls reste l’une des séries majeures de l’histoire du petit écran. Si elle est oubliée aujourd’hui, c’est probablement à cause de son sujet principal : un groupe de femmes retraitées qui vivent leur vie. Un sujet dont les producteurs ne seraient pas enjoués de financer aujourd’hui. Beaucoup de journaux ont comparé cette série avec la beaucoup plus récente Grace and Frankie, qui reprend cette idée que même les seniors ont le droit à une visibilité.

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