« Les Eblouis » – Une famille dans la tourmente

© Pyramide Films

Pour son premier long-métrage, Sarah Suco livre un film marquant sur une famille sous l’emprise d’une communauté sectaire.

Lorsque sa famille rejoint un groupe charismatique religieux (comprenez, secte), Camille, 12 ans, n’imagine pas que sa vie va s’en retrouver complètement bouleversée. Petit à petit, elle va pourtant comprendre que ce cercle qui dit prôner des valeurs de partage et d’amour, est en fait en train de lui enlever tout ce auquel elle tient. L’amour des siens et ses émois d’adolescente qui se cherche vont la pousser à combattre de l’intérieur cette communauté où elle ne se sent pas à sa place. 

Un premier film marquant

Il arrive de voir des actrices passer naturellement derrière la caméra, mais elles sont peu à se livrer autant dès leur premier film. Dans Les Eblouis, Sarah Suco explore à travers la fiction un pan sombre de son histoire familiale. Elle insiste pourtant bien sur le fait que le film reste une fiction, et que cette histoire n’est qu’inspirée de ce qu’elle a pu vivre plus jeune. Ce serait une grave erreur en effet, de réduire le film à une autobiographie ancrée dans la souffrance.

Le cinéma français vient de découvrir une réalisatrice prometteuse. Car le film, s’il est fascinant par son réalisme, est surtout très intelligemment réalisé. Sarah Suco met à nu ses personnages sans une once de jugement. Si elle ne les excuse jamais, elle ne les accuse pas pour autant, sans quoi le film aurait pu vite tomber dans un drame au trait un peu forcé sur une famille déséquilibrée. C’est cette sensibilité, cette humanité qui élève le film. Loin de taper bêtement sur les doctrines et l’enfermement, Sarah Suco décortique les mécanismes de l’embrigadement en profondeur. Le spectateur est amené à questionner la facilité avec laquelle les comportements extrêmes peuvent paraître inoffensifs et banals.

De l’ombre à la lumière

Aborder un thème aussi complexe à travers les yeux innocents d’une adolescente, c’est un défi que Sarah Suco, Nicolas Silhol (co-scénariste) et leur actrice principale ont su relever avec brio. La vraie lumière du film, c’est elle, la jeune Céleste Brunnquell. Avec une facilité déconcertante, elle s’impose face à des acteurs déjà époustouflants de justesse (Camille Cottin dans le rôle de la mère et Jean-Pierre Darroussin dans le rôle du prêtre). On a rarement vu une actrice si jeune – qui plus est dans son premier film – voler  si évidemment la vedette sans aucune prétention, avec une interprétation qui ne laisse présager que du bon pour son avenir au cinéma. 

Camille Cottin est fabuleuse en mère de famille dépressive qui, sous l’emprise de la communauté, va jusqu’à oublier les siens. Passant de l’absurde au tragique en un sourire, elle prouve une bonne fois pour toute qu’elle est plus que l’image de comique qui lui collait à la peau. 

Les Eblouis est une belle réussite, qui en dit long sur les dérives spirituelles, mais pas seulement. Le film avertit sur la nécessité d’ouvrir les yeux sur les abus, quels qu’ils soient, au sein des communautés religieuses et de les assumer pour apprendre à mieux aider les victimes.

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