« Les Couilles sur la table » de Victoire Tuaillon – Hommes de tous les pays, questionnez-vous !

© Marie Rouge – Binge Audio Éditions

Paru le 30 octobre chez la toute récente maison d’édition de Binge Audio, « Les Couilles sur la table  », écrit par Victoire Tuaillon, est un essai sur la construction de la virilité. Adapté du podcast du même nom, ce livre interroge les systèmes du patriarcat : comment et pourquoi perdure-t-il ? Quels impacts a-t-il sur les femmes, mais aussi sur les hommes ?

Grâce à une plume efficace et littéraire, l’auteure appuie sa narration sur les travaux de chercheurs et chercheuses universitaires. Très éloignée d’un discours moralisateur, elle délivre un ouvrage d’utilité publique nous invitant à déconstruire les codes genrés à l’oeuvre dans nos rapports sociaux quotidiens.

« Les petits garçons sont (…) soumis, dès leur naissance, à des regards, des comportements et des modèles qui leur enseignent qu’il y a une bonne manière d’être un garçon. Mais être un garçon, ce n’est pas juste “ne pas être une fille” : c’est être « mieux » qu’une fille. »

Citation extraite du livre « Les Couilles sur la table  » écrit par Victoire Tuaillon.

Dans la lignée du Deuxième Sexe

Cet ouvrage est d’une rhétorique implacable, fonctionnant avec le même dynamisme que celui de Simone De Beauvoir. Construit en cinq parties : Construction, Privilège, Exploitation, Violences et Esquives ; Victoire Tuaillon met en place une toile solide qui prouve pertinemment que la masculinité n’a rien de naturel, la féminité non plus, et que chacun gagnerait à s’en échapper. 

L’un des postulats proposés dans ce livre revient à dire que notre société est pensée au masculin-neutre : nous vivons dans un environnement conçu par et pour les hommes. Que ce soit en matière d’éducation, d’urbanisme, d’ingénierie, de divertissements ou de politique : ce qui est masculin est glorifié, légitimé et rendu naturel. 

Cela donne lieu à des crash test effectués uniquement sur des mannequins hommes ; des skateparks servant de scènes pour les démonstrations masculines ; des intelligences artificielles capables de géolocaliser des prostitués mais pas des centres d’IVG.  On ne le perçoit pas mais les femmes restent en périphérie : elles sont à la place passager, elles regardent les garçons rouler sur le bitume, elles se battent pour gagner du terrain. Pour autant, si l’espace public continue d’être conçu au masculin-neutre, la sphère domestique demeure pensée au féminin. 

« On voit donc que la mixité et la diversité, à tous les niveaux, partout dans la société, sont absolument indispensables si on veut construire un monde vivable pour toustes. (…) Les hommes ont le privilège de grandir dans un monde qui a été pensé pour eux. À l’inverse, évoluer dans ce monde pensé au masculin-neutre, quand on est une femme, c’est se sentir en décalage permanent, comme si nous n’étions jamais complètement à notre place. »

Citation extraite du livre « Les Couilles sur la table » écrit par Victoire Tuaillon.

La complexité des rapports genrés 

La perversité mise en avant par Victoire Tuaillon réside dans le fait que la soumission aux rapports genrés procure une incroyable satisfaction. Se conformer aux rôles hétéronormés nous rassure presque autant que cela nous enferme. Ainsi, la pression exercée sur les femmes, alternant entre la dévalorisation et l’injonction à être irréprochable, est le pendant d’une virilité dominante construite. Ce livre ne cherche pas à victimiser les femmes ou à blâmer les hommes, il met en lumière des mécanismes sexistes intériorisés par tout un chacun. 

« Être un vrai allié, c’est comprendre la pression qu’ont les femmes. C’est aussi les aider à se déculpabiliser et à être moins soumises. (…) Notre société nous demande tellement d’être soumises qu’on ne peut pas tout le temps aller contre les injonctions. Être un homme allié, c’est aussi comprendre la pesanteur de ce qu’il y a sur les épaules des femmes. »

Citation extraite du livre « Les Couille sur la table » écrit par Victoire Tuaillon.

Ponctué d’entretiens avec des spécialistes de la question du genre,  « Les Couilles sur la table » agit comme un manifeste de la libération des individus. Certains pessimistes considèrent ces questions comme issues de réflexions paranoïaques, ne leur en déplaise, c’est justement l’aveuglement général vis-à-vis du sexisme que Victoire Tuaillon dénonce. Digne de la philosophie de De Beauvoir, aussi juste que le langage cru de Despentes, Victoire Tuaillon délivre un essai brillant de lucidité et d’espoir. 

Marthe Chalard-Malgorn

Etudiante en master de journalisme culturel à la Sorbonne Nouvelle, amoureuse inconditionnelle de la littérature post-XVIIIè, du rock psychédélique et de la peinture américaine. Intello le jour, féministe la nuit.

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