« L’Audition » – Femme au bord de la crise de nerfs

© Judith Kaufmann / Port au Prince Pictures

Second film de la réalisatrice et actrice allemande Ina Weisse, L’Audition (Das Worspiel) invoque le réalisme âpre du milieu de la musique classique, un métrage caractérisé mais vacillant.

Anna (Nina Hoss) est professeure de violon au conservatoire. Elle prend en charge contre l’avis de ses collègues un jeune étudiant, dont elle décèle le talent, Alexander (Ilja Monti), qu’elle suit alors dans sa classe. Désabusée, celle-ci tente d’harmoniser comme elle le peut son quotidien dans son travail et sa vie avec son mari, Philippe (Simon Abkarian) et son fils, Jonas (Serafin Gilles Mishiev).

Le film exulte les frustrations d’un milieu sans pitié, cloisonné, où l’on tombe rapidement dans l’oubli et dans l’échec. Anna compose de manière chancelante avec ses fêlures, toujours sur le fil, celui de sa famille, de son couple, de son destin et de son ego fréquemment mis à mal. L’Audition dépeint ce milieu à part, un entresoi que l’on imagine plus, ou peu, celui où tout tourne autour de la musique : la mère, professeure ; le père, luthier ; le fils, en apprentissage de la musique, que la mère veut voir réussir dans ce domaine. Quoi de plus naturel et horrifiant que cette transposition égoïste des ambitions sur une autre génération ?

Nina Hoss (Coquille d’argent de la meilleure actrice au Festival international du film de San Sebastian 2019) campe un grand rôle d’une froideur et d’une passion sans faille, qui n’est pas sans nous rappeler une Jeanne Moreau ou une Sandrine Bonnaire. Une très humble performance qui accorde une profondeur résonnante au film. Mais ce long-métrage joue sur des poncifs taquinant de manière évidente notre cinéphilie en faisant référence à La Pianiste de Michael Haneke. Notamment, dans le sort réservé au jeune Alexander dans les derniers moments du film, et au face à face entre Anna et la mère de celui-ci : difficile de ne pas songer au personnage joué par Isabelle Huppert au début des années 2000.

On en ressort à la fois bouleversé et écoeuré par cet acharnement vain, propre à cet environnement qui réclame un travail constant. Pourtant L’Audition s’avère être assez inégal : dans sa façon d’aborder le sujet à la fois vulgarisante, et pourtant très ciblée, et dans le traitement des personnages et leur écriture qui transparait comme étant très fragile à l’écran ; bien que le film soit documenté et réaliste, que ce soit dans l’esthétique choisie, ou dans sa partition musicale, sobrement exécutée par la réalisatrice et sa scénariste, Daphné Charizani.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master 1 Métiers de la Culture

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