DÉCRYPTAGE – Les retraites dans le viseur de Macron

Gros poisson de l’actualité, la réforme des retraites n’en finit pas de faire parler d’elle. Le 28 octobre, Emmanuel Macron se disait prêt à « donner du temps à la transition », alors que la contestation sociale s’amplifie. Une question demeure : ces contestations sont-elles justifiées, ou sont-elles une opposition de principe au président de la République ?

Promesse phare de son programme, Emmanuel Macron avait promis de créer un régime universel de retraite pour remplacer les 42 existants. Si la proposition est plutôt attirante, la mise en place est complexe, car retardée par les différents mouvements sociaux qui s’y opposent. Ces derniers dénoncent une réforme injuste pour les travailleurs, les principaux acteurs touchés par les mesures économiques du mandat macronien.

Un but clair : la simplification du régime

On le sait, le système français est loin d’être simple. Le régime de retraite ne déroge pas à la règle. 42 régimes différents coexistent, selon que l’on travaille dans le privé, le public, ou encore en libéral. À cela, on rajoute les régimes spéciaux des employés de la SNCF ou encore de la RATP. Jusqu’à présent, ces systèmes étaient dits “par annuités” c’est-à-dire en fonction de la durée de cotisation du travailleur. On prenait en compte les 25 meilleures années du travailleur dans le privé, les 6 derniers mois dans le public… de quoi perdre la tête avant l’âge de la retraite. Macron cherche à le remplacer par un “système par point”, il explique :

« (…) 1 euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé  »

Avec cette réforme, chaque jour travaillés permet d’obtenir des points. Ainsi, les travailleurs aux carrières “non linéaires”, qui passent du public au privé par exemple, s’y retrouveraient mieux. Ces “points” changeront de valeur en fonction du niveau des salaires, mais pas de l’inflation. Une idée plus ou moins séduisante, d’autant plus qu’il promettait de ne pas toucher ni à l’âge de la retraite, ni au niveau de pension. Assisterions-nous à un changement ambitieux qui n’aurait aucune conséquence sur le reste ?

Simplification oui, mais à quel prix ?

Il aurait été miraculeux qu’un tel chamboulement n’en entraine pas d’autres. L’âge de départ à la retraite augmente. Les travailleurs auront la liberté de partir à 62 ans, conformément à la promesse d’Emmanuel Macron. Cependant, partir à cet âge ne permettra pas de toucher sa pleine retraite : un “âge pivot” a donc était instauré à 64 ans. Ce dernier pourra être ajusté en fonction de l’espérance de vie de chaque génération pour correspondre aux contraintes financières du régime.

De plus, les départs à la retraite anticipés, propres à certains corps de métier, seront peu à peu supprimés. Ces départs anticipés permettaient à ceux qui exerçaient un emploi particulièrement difficile, de partir plus tôt à la retraite sans perdre d’argent. Notons tout de même que les militaires et certains fonctionnaires conserveront cet avantage. Enfin, le système macronien garantirait une retraite minimum de 85 % du SMIC net. Aujourd’hui, les agriculteurs ne touchent que 75 % par exemple. C’est d’ailleurs aux agriculteurs que ce régime va le plus profiter : 40 % d’entre eux observeront une augmentation de leur pension. Finalement, Macron semble vouloir opérer une sorte de régulation et remettre tout le monde à égalité, pour le meilleur comme pour le pire.

La”clause du grand père” déjà contestée

La République en Marche… vers le futur. La réforme des retraites ne s’appliquerait qu’en 2070, ce qui lui vaut le surnom de “clause du grand-père”. Mais si Macron marche, sa route est semée d’embuches. L’exécutif se heurte aux contestations depuis l’annonce de la réforme. Parmi les principaux opposants : les bénéficiaires de régimes spéciaux, comme les professions libérales, les salariés de la SNCF, de la RATP… Les organisations patronales sont quant à elles plutôt favorables à ce projet, même si elles attendent encore certaines précisions. Cette division des partenaires sociaux nous met la puce à l’oreille sur la politique Macron. Une fois de plus, il semblerait qu’elle satisfasse les plus aisés, et contrarient les autres. Une nuance est à apporter à ce constat : les professions libérales comme les avocats, les pilotes ou les kinésithérapeutes, ont eux aussi dénoncé une mesure injuste.

« Nous sommes 700 000 professionnels qui, tous les jours, transportons, soignons et défendons nos concitoyens (…), réunis contre les propositions du rapport Delevoye sur la réforme des retraites »

Collectif SOS-Retraites dans une tribune pour Le Journal du Dimanche le 15 septembre

Ces derniers avançaient l’argument selon lequel on allait « capter sans sommation leurs régimes autonomes de retraite », ou encore devoir doubler leurs cotisations. Macron finirait-il par se remettre tout le monde à dos ? Les syndicats ont appelé à une grève interprofessionnelle le 5 décembre. Cette dernière est déjà crainte par le gouvernement.

Temporisation macronnienne face aux grèves sociales

Macron n’a-t-il pas eu, avec cette réforme, “les yeux plus gros que le ventre” ? La preuve que si, puisque l’ampleur de la réforme à l’air de dépasser son gouvernement. C’est dans ce contexte qu’un communiqué aux partenaires sociaux, diffusé dans le journal Les Échos, prévoit un “plan B”. Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, pense à retarder la mise en oeuvre du projet. Alors que la réforme devait toucher les personnes nées à partir de 1963, le plan B évoque de la repousser “à une génération postérieure” ou encore “aux nouveaux entrants sur le marché du travail”. Philippe Martinez, leader de la CGT, estime que cela ne change rien à la réforme initiale :

« (…) on ne dit pas on touche à la réforme ; on dit on va sacrifier les générations futures ! (…) Le plan B c’est du flan. »

Et pour cause, il s’agit juste de repousser la réforme. Si cela peut paraître inhabituel pour le gouvernement Macron, il s’agirait en fait d’une stratégie politique. Repousser l’application du projet aussi loin pourrait apaiser les tentions existantes, tandis que les principaux concernés de la réforme seraient moins enclins à manifester. En somme, de quoi limiter la casse pour La République en Marche dont le quinquennat est déjà très mouvementé.

Le gouvernement souhaite encore négocier avec les partenaires sociaux et voter le projet de loi l’été prochain. D’ici là, on ne peut que prévoir de nombreux aménagements à la réforme, surtout si la colère sociale ne s’apaise pas. Ne l’oublions pas, les prochaines présidentielles se dérouleront en 2022. L’objectif pour Macron est d’être son propre successeur, mais ce projet de réforme pourrait l’en empêcher. À cela, deux solutions : parier sur la mémoire courte des Français ou mettre de l’eau dans son vin.

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