Charlotte Perriand dans le temps et l’espace à la Fondation Louis Vuitton

La Fondation Louis Vuitton consacre sa nouvelle exposition à la créatrice visionnaire Charlotte Perriand. Organisé à l’occasion des vingt ans de sa disparition, l’événement retrace le parcours d’une femme passionnée et engagée, par son œuvre, ses rencontres et ses projets menés de front aux quatre coins du globe.

Charlotte Perriand sur la « Chaise longue basculante, B306 », (1928-1929) – Le Corbusier, P. Jeanneret, C. Perriand, vers 1928 © F.L.C. / ADAGP, Paris 2019 © ADAGP, Paris 2019 © AChP

Design, architecture et art : c’est ce dont il est question dans la grande rétrospective que consacre la Fondation Louis Vuitton à Charlotte Perriand, icône de la modernité, femme libre et indépendante qui croyait en un certain «  art d’habiter  » et n’aura de cesse de le parfaire tout au long de son existence. Loin d’être un long fleuve tranquille, la vie de Charlotte Perriand est faite de ruptures et de choix, de déviations (parfois) et de passion (toujours).

Audace et curiosité du monde

Il n’était donc pas chose aisée de rassembler ces morceaux d’existence et d’inspiration en un seul et même événement. Il fallait envisager l’espace comme un terrain de jeu, à l’image de ce que furent les nombreuses expériences d’aménagement entreprises par l’architecte. C’est donc entre les murs singuliers de la Fondation édifiée par Franck Gehry que se déploie, par mille et une créations de mobilier, des reconstitutions historiques, des citations et des images d’archives, une véritable plongée dans la vie de Charlotte Perriand, sa conception de l’espace et du monde qui l’entourait.

Charlotte Perriand, Guy Rey-Millet (AAM). Arc 1600, La Cascade, façade nord, 1968-1969 © Adagp, Paris, 2019 © Charlotte Perriand / AChP

Depuis ses premières collaborations aux côtés de Le Corbusier et Fernand Léger, ses amitiés partagées avec Miró, Calder et Picasso et ses créations remarquables comme la station de ski des Arcs en Savoie, sa Maison au bord de l’eau ou encore ses aménagements de la Cité internationale universitaire de Paris, l’exposition retrace chronologiquement chacune des étapes de la vie de Charlotte Perriand sur quatre niveaux, par une immersion au cœur de ses travaux comme ceux de ses proches.

Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand. Un équipement intérieur d’une habitation, Salon d’automne, 1929 © F.L.C. / Adagp, Paris, 2019 © Adagp, Paris 2019 © Jean Collas / AChP

On démarre en 1927 alors que Charlotte Perriand, diplômée deux ans plus tôt de l’école de l’Union centrale des arts décoratifs, se tourne vers l’architecture d’intérieur et s’installe bientôt Place Saint-Sulpice, à Paris. Audacieuses, ses idées se matérialisent déjà au travers du Salon d’Automne reconstitué pour l’occasion (Galerie 1). Plus loin, c’est son attrait pour les arts décoratifs que l’on découvre, et la capacité de la jeune femme, très tôt à provoquer la rencontre entre disciplines jusqu’à lors cantonnées. Aux côtés de Fernand Léger, elle créera La Maison du Jeune Homme en 1935. À l’orée de la seconde Guerre Mondiale, Charlotte Perriand a déjà choisi son camp. Celui des arts, de la nature et de la liberté aux côtés de Picasso ou encore Miró, promptement engagés contre le fascisme de Franco.

L’art de vivre

En 1940, elle quitte la France pour le Japon (Galerie 4). En constant apprentissage du monde qui l’entoure, elle appréhende dès lors, l’espace autrement (Galerie 5). Les matériaux, les formes témoignent de ce tournant artistique emprunté par la jeune femme à la découverte de la culture nippone. Plus tard, c’est au Brésil (Galerie 7) où Charlotte Perriand posera ses valises un temps. Des expériences qui nourriront sans cesse, sa perception de l’architecture d’intérieur et du design, et que l’on découvre, en tant que visiteur, au fil des pièces que l’on traverse depuis le refuge Tonneau (Galerie 8) jusqu’à la maison de thé de l’UNESCO (Galerie 10).

Charlotte Perriand, exposée à la Fondation Louis Vuitton – “Le Monde Nouveau de Charlotte Perriand” © Photo de photo par Marie Crabié via La Fondation Louis Vuitton

Avant-gardiste, résolument engagée pour le bien-être humain, l’environnement ou encore militante politique, Charlotte Perriand est une observatrice du monde, qui voit de l’art dans chacune des occupations de la vie. Nombreuses ont été ses influences, ses collaborations et ses projets : la créatrice mettait un point d’honneur à aller de l’avant et ce, toujours dans la bonne humeur.  «  J’ai toujours cultivé le bonheur, c’est comme ça que je m’en suis sortie  » disait-elle, une dose d’optimisme bienvenue à laquelle l’exposition reste fidèle, alors qu’aux quatre coins du parcours se dévoile, en images et en mots, une Charlotte Perriand pleine d’espoir pour l’avenir, qu’elle a gravé de son nom et de son œuvre.

Charlotte Perriand. Bibliothèque de Maison de la Tunisie, 1952. Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle © Adagp, Paris, 2019 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Audrey Laurans
Marie Crabié

Rédactrice en chef de la rubrique Art. Curieuse et intriguée par la création artistique sous toutes ses formes

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