Catalogne : comment expliquer les mouvements indépendantistes ?

Lundi 14 octobre, la Cour Suprême espagnole a condamné neuf anciens dirigeants indépendantistes catalans à des peines allant de neuf à treize ans de prison. Cette décision a ranimé les tensions presque éteintes, et désormais, Madrid regarde le feu se rallumer.

Reste à savoir si les flammes finiront de consumer les espoirs des Catalans ou si elles vont allumer la mèche. À l’annonce des condamnations, les indépendantistes se sont rassemblés à l’aéroport de Barcelone pour le bloquer. Les manifestations se succèdent depuis cet instant dans les rues. Si la région avait déjà connu de pareils évènements, tout laisse à penser que, cette fois, une décision doit être prise avant que la situation ne devienne ingérable.

Le retour des tensions

Le conflit actuel prend ses racines en 2017, lorsque les dirigeants catalans décident d’organiser un référendum prévoyant l’indépendance de la région. Ce dernier donne raison aux indépendantistes mais est déclaré illégal dans la foulée par le pouvoir central. Madrid finira par mettre la Catalogne sous tutelle en vertu de l’article 155 de la Constitution espagnole. Il semble que cette mesure n’a pas suffi à impressionner les Catalans : ils qualifient les condamnations d’injustes. Cela fait deux semaines qu’elles leur servent d’excuse pour faire renaître le débat sur leur indépendance. Samedi 26 octobre, ils étaient 750.000, selon la Guardia Civil, à manifester dans les rues de Barcelone. La tentative de Madrid d’impressionner les foules avec des peines exemplaires est tombée à l’eau, puisqu’elle a plutôt ranimé les revendications sécessionnistes. Pour une grande partie des Catalans sortir du giron de l’Espagne est toujours d’actualité, quoique fasse le pouvoir central.

Une fracture difficile à combler

Les raisons pour lesquelles les Catalans revendiquent l’indépendance sont multiples. D’une part, leur histoire commune avec l’Espagne n’est pas un long fleuve tranquille : le 11 septembre 1714, “l’État catalan” prend fin avec la prise de Barcelone par les troupes espagnoles. Si cet événement nous semble appartenir au passé, il est encore commémoré. À Barcelone, ce jour, qu’on appelle la Diada, on chante :

“ Que l’ennemi tremble en voyant flotter notre drapeau ! Le temps venue nous couperons nos chaînes !”

Ajoutons les 40 ans de répression du régime de Franco qui réprima la culture catalane, et l’interdiction de l’Estalada, drapeau catalan, dans les stades de foot suffit pour crier à l’oppression. Mais en plus de leur grande mémoire, les Catalans ont un avantage certain : ils habitent dans la région la plus prospère d’Espagne. Elle produit plus de 20 % du PIB du pays. La crise économique de 2010 a été très mal vécue lorsqu’ils se sont vu appliquer les mesures d’austérité du gouvernement au même titre que les autres. Au menu : baisse des salaires des fonctionnaires et arrêt des revalorisations de retraite. Finalement, cette région qui possède déjà sa propre constitution et son propre gouvernement, cherche à se désolidariser complètement de Madrid qui gère les questions régaliennes comme les impôts ou les relations internationales.

À la recherche de l’unité catalane

On peut le leur accorder : les indépendantistes font beaucoup parler d’eux, au point où on pourrait penser qu’ils sont une majorité à se rebeller. La vérité est cependant tout autre. Ils ne sont que 40 % de la population catalane. Quant aux autres, qu’on appelle les “espagnolistes”, ils n’étaient que 80.000 à défiler dans les rues ce 27 octobre pour faire entendre leur attachement à l’Espagne. Ces derniers dénoncent la radicalisation des indépendantistes, de plus en plus violents. Le jour les manifestations indépendantistes sont plutôt calmes. Mais le soir, les choses tournent parfois en affrontement avec les forces de l’ordre. Le 26 octobre, ils étaient 10.000 à surnommer les unités anti-émeutes de “forces d’occupation”. Les pro-Espagne notent l’absurdité de la situation : la région est sous tutelle, mais les dirigeants catalans continuent de mettre la pression au gouvernement espagnol. Quim Torra, chef de l’exécutif de la région, a d’ailleurs convoqué le 26 octobre plus de 800 maires indépendantistes et déclaré :

« Il n’est pas question de renoncer à l’exigence d’une amnistie pour les prisonniers politiques et à la tenue d’un nouveau référendum d’autodétermination »,

Cela a de quoi contrarier Pedro Sanchez, premier ministre espagnol, qui a dés lors refuser d’engager le dialogue avec lui.

L’épine dans le pied de Pedro Sanchez

Ce retour des indépendantistes sur la scène politique tombe plutôt mal pour Pedro Sanchez. Le Premier ministre socialiste jusque-là en tête des sondages pour les élections législatives du 10 novembre, voit la droite le talonner. C’est une difficulté de plus pour l’homme politique qui a déjà eu à affronter une crise, conséquence de l’incapacité du Congrès à élire le président du gouvernement. Il cherche à composer entre les indépendantistes et les espagnolistes. Le socialiste a tout intérêt à ne vexer personne pour gagner des électeurs. Il ne peut pas prendre de décisions franche dans ces circonstances. Dans le même temps, l’opinion publique le somme de trouver une solution rapide. Les partis d’opposition ne lui sont évidemment d’aucune aide. Par exemple le parti montant d’extrême droite Vox, demande l’état d’urgence en Catalogne. Ces propositions extrémistes pourraient persuader les espagnols pour qui la région n’a pas de revendications légitimes. C’est une opposition à prendre au sérieux pour le Premier ministre, mais aussi une concurrence redoutable à la victoire de son parti.

La question catalane dépasse ses propres frontières et s’impose comme un sujet politique majeur en vue des élections. Face à cette situation qui menace à tout moment d’exploser, Pedro Sanchez ne fait que de timides déclarations. Le 16 octobre dernier il appelle à la “sérénité et à la tempérance”. Pas sûr que cela suffise à clamer les indépendantistes qui n’ont pas décidé de céder de sitôt.

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