Adèle Haenel à Médiapart : « Remettre le monde dans le bon sens »

© Festival International du Film LRSY on Foter.com / CC BY-NC-ND

Le dimanche 3 octobre, Médiapart faisait paraître une longue enquête de Marine Turchi dans laquelle Adèle Haenel témoignait du harcèlement sexuel et d’attouchements commis à son encontre par Christophe Ruggia, le réalisateur de son premier film, Les Diables, alors qu’elle avait entre 12 et 15 ans. Depuis sa prise de parole forte, en live le jour suivant sur Médiapart, le milieu du cinéma se questionne, à raison. 

L’enquête commence de manière banale, avec la rencontre de l’actrice et de Marine Turchi lors d’une fête. Dans le live Médiapart, la journaliste relate comment Adèle Haenel apprend que cette dernière travaille à Médiapart sur les questions des violences faites aux femmes. C’est donc pour cela que l’actrice décide de lui livrer son histoire, brute. Elle lui explique avoir pris cette décision avant cette rencontre, après le visionnage du documentaire consacré aux accusations d’abus sexuels à l’encontre de Michael Jackson : Leaving Neverland . Ce dernier lui cause un véritable choc, et réveille sa colère. Elle se renseigne alors sur les activités de Christophe Ruggia, avec qui elle a coupé les ponts depuis quinze ans, et découvre que celui-ci s’apprête à re-tourner avec des adolescents, et que les personnages principaux de son nouveau film portent les mêmes prénoms que ceux qu’elle et Vincent Rottiers ont incarné dans Les Diables.  Un clin d’œil nauséabond, qui réveille sa colère et son envie de témoigner, pour protéger les jeunes act.eur.rice.s qui s’apprêtent à travailler avec Christophe Ruggia. L’enquête de Marine Turchi nous apprend ainsi que le producteur de Christophe Ruggia a décidé en juillet de geler les financements du film, en apprenant l’existence de l’enquête de Médiapart.

Adèle Haenel et Vincent Rottiers dans Les Diables (2002) de Christophe Ruggia
© Océan Films

L’enquête de Marine Turchi

Durant 7 mois, Marine Turchi a travaillé avec Adèle Haenel afin de rassembler des preuves et d’auditionner des témoins prouvant la culpabilité du réalisateur. Ce qui frappe dans cette enquête extrêmement fournie, c’est la présence de la quasi-totalité des corps de métiers du cinéma. De la directrice de casting ( Christelle Baras) , en passant par des proches de Christophe Ruggia , tous témoignent du comportement déplacé et manipulateur du réalisateur qui isole pendant un an ses acteurs adolescents dans une bulle.

«  Je veux raconter un abus malheureusement banal, et dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible.  »

Propos d’Adèle Haenel recueillis par Marine Turchi pour Médiapart

Les souvenirs d’Adèle Haenel sont clairs, précisément décrits dans l’enquête de Marine Turchi. En amont du tournage Des Diables, durant le film et après la promotion de celui-ci, le réalisateur va isoler son actrice et développer sur elle une emprise qui permet le harcèlement sexuel et les attouchements subis par cette dernière, qui a entre 12 et 15 ans au moment des faits. Dans des lettres du réalisateur, que Médiapart s’est procurées, Christophe Ruggia culpabilise l’adolescente de se refuser à lui et se dit fou amoureux d’elle.

«  Je m’asseyais toujours sur le canapé et lui en face dans le fauteuil, puis il venait sur le canapé, me collait, m’embrassait dans le cou, sentait mes cheveux, me caressait la cuisse en descendant vers mon sexe, commençait à passer sa main sous mon T-shirt vers la poitrine. Il était excité, je le repoussais mais ça ne suffisait pas, il fallait toujours que je change de place.  »

Propos d’Adèle Haenel recueillis par Marine Turchi pour Médiapart

Après le tournage viendra la période de la promotion mondiale du film durant laquelle Christophe Ruggia parcourt le monde, parfois seul avec Adèle Haenel, et continue de harceler sexuellement l’actrice (attouchements dans les chambres d’hôtel, crises de jalousie, déclarations d’amour épistolaires). Et après la promo du film, des rendez-vous réguliers les week-ends, à l’appartement du réalisateur, qui prétend aux parents de l’actrice faire l’éducation cinématographique de leur fille. Christophe Ruggia s’érige en pygmalion, lit les scénarios de l’adolescente, une posture qu’il a d’ailleurs conservé dans un démenti risible adressé à Médiapart (quelques lignes à peine face à une enquête de sept mois…) où il nie les faits en bloc et met en avant son statut de « découvreur ».

Parmi les témoignages les plus accablants de l’entourage de Christophe Ruggia se trouve celui de la réalisatrice Mona Achache, son ex-compagne, qui témoigne de la romantisation de la pédophilie à l’œuvre dans le discours de Christophe Ruggia. Elle raconte ainsi à Marine Turchi quitter brutalement le réalisateur  après que celui-ci lui ait confié le déroulement d’un de ses après-midi en tête à tête avec Adèle Haenel. Le réalisateur explique à sa compagne de l’époque avoir glissé sa main sous le t-shirt de la jeune actrice lors du visionnage d’un DVD chez lui, et affirme fièrement l’avoir retirée en voyant la peur se dessiner sur son visage. 

«  Il ne se rendait pas compte qu’avoir interrompu son geste ne changeait rien au traumatisme qu’il avait pu causer en amont, se souvient-elle. Il ne remettait pas en question le principe même de ces rendez-vous avec Adèle, ni la genèse d’une relation qui rende possible qu’une enfant puisse être alanguie sur ses genoux en regardant un film. Il restait focalisé sur lui, sa douleur, ses sentiments, sans aucune conscience des conséquences pour Adèle de son comportement général.  »

Propos de Mona Achache recueillis par Marine Turchi pour Médiapart

En 2005 Adèle Haenel, au pied du mur, décide de rompre tout contact avec Christophe Ruggia, arrêtant par la même occasion brutalement sa carrière cinématographique. Une décision qui en dit long sur l’emprise du réalisateur  et sur la détresse de l’actrice, dont les carnets intimes de l’époque, confiés à Médiapart, témoignent du déchirement, allant jusqu’à des pensées suicidaires   : «  J’avais le jeu dans les tripes, c’était ce qui me faisait me sentir vivante. Mais pour moi, c’était lui le cinéma, lui qui avait fait que j’étais là, sans lui je n’étais personne, je retombais dans un néant absolu.  »

C’est Christel Barras, la directrice de casting Des Diables, « malade de ce gâchis », qui la présente à Céline Sciamma, persuadée qu’Adèle Haenel est l’actrice idéale pour incarner Floriane dans Naissance des pieuvres (2007). D’emblée la réalisatrice prend conscience des réticences de l’actrice qui lui explique le comportement déplacé qu’a eu le metteur en scène de son premier film. L’enquête souligne comment celle qui deviendra la compagne de l’actrice n’aura de cesse de l’accompagner dans cette démarche de libération de la parole. Céline Sciamma y témoigne notamment  d’un épisode de violente crise, lorsqu’elle accompagne Adèle Haenel dans le visionnage Des Diables que celle-ci n’avait jamais souhaité revoir. Élue à la SRF en même temps que Christophe Ruggia en 2014, Céline Sciamma confie à Marine Turchi son malaise et la souffrance d’avoir dû travailler au côté du réalisateur, respectant la volonté d’Adèle Haenel de ne pas encore médiatiser l’affaire à l’époque.

Bénédicte Couvreur, Valéria Golino, Noémie Merlant, Céline Sciamma, Adèle Haenel et Luàna Bajrami lors de la montée des marches de Portrait de la jeune fille en feu (2019) – © Guillaume Horajuelo

Ce qui frappe dans l’enquête de Marine Turchi c’est la richesse des témoignages qui nous permettent d’aller au plus près de la complexité de cette prise de parole des femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, et la dénonciation nette de l’omerta qui pèse sur le milieu du cinéma. Adèle Haenel le dit elle-même, elle a parlé, alerté des années plus tard des membres du milieu du cinéma et s’est confrontée aux mécanismes de pouvoir qui régentent le milieu :  Christel Barras qui prend Christophe Ruggia à parti est écartée du tournage, Hélène Serreti qui prend conscience de la dégradation de l’état psychologique d’Adèle Haenel et tente d’alerter des membres de l’équipe se voit répondre que  «  Le réalisateur c’est le patron », la plupart des membres du tournage intérrogé.e.s par Marine Turchi invoquent l’emprise d’un réalisateur tout puissant, la peur d’être blacklisté et le rythme d’un tournage harassant qui les auraient gardé de s’exprimer.

Le soutien sans équivoque de la SRF

Quelques heures avant  le début du live sur Médiapart ce lundi, la Société des réalisateurs.trices Français.e.s, dont Christophe Ruggia a longtemps été le co-président, s’est fendue d’un communiqué  annonçant la mise en place de la procédure de radiation immédiate de Christophe Ruggia. Dans ce communiqué, les membres font part de leur soutien total à Adèle Haenel qu’ils remercient pour la générosité et le courage de son témoignage qui les met face à leur propre responsabilité, et à la nécessité d’une remise en question collective. Un geste dont Adèle Haenel à salué la force et l’importance au regard de cet aveu des membres de la SRF de n’avoir « pas compris ou évité de comprendre. » 

«  Le silence c’est la meilleure façon de maintenir en place un ordre qui est lié à l’oppression. Les gens qui n’ont pas accès à la parole ce sont les gens opprimés. Et c’est pour ça que c’est crucial de parler.  »

Adèle Haenel à Médiapart le 04/11/2019

Élever la voix

Lundi soir, un jour seulement après la parution de l’enquête de Marine Turchi, Adèle Haenel a livré une prise de parole nécessaire et poignante, qui lève le voile sur l’omerta qui pèse sur les violences sexuelles dans le cinéma en France. On se souvient de la tribune sur la liberté d’importuner , qui avait totalement accaparé le débat en France, au moment de Me Too, déportant le questionnement sur la prétendue «  misère sexuelle masculine » fantasmée que pourrait occasionner l’avènement d’une société où les rapports hommes/femmes seraient codifiés différemment. Adèle Haenel, elle, l’affirme, il est temps de faire autrement en société, dans le cinéma comme ailleurs, et c’est en cela que sa parole est déterminante.

Au cours de l’entretien, alors qu’il revient sur les raisons qui l’ont amenées à témoigner, Edwy Plenel lui demande pourquoi elle n’a pas saisie la justice, puisque les faits ne sont pas prescrits. L’actrice explique alors qu’elle n’avait jamais vraiment envisagé la justice pour traiter l’affaire, un choix qui fait écho au fait qu’un grand nombre de femmes victimes de violences ont peur ou n’osent pas porter devant la justice le récit des violences qu’elles ont subies. Marine Turchi le souligne, au cours de l’entretien, aujourd’hui en France seul un viol sur dix est condamné. Des faits qui amènent l’actrice à questionner  la manière dont la justice française dysfonctionne dans sa prise en charge des victimes de violences sexistes et sexuelles :

« Il y a une systémique qui est faite aux femmes dans le système judiciaire, et c’est aussi ça dont je crois qu’il faut parler. Moi je crois à la justice mais il faut que la justice elle parle à toute la société (…) La justice doit se remettre en question si elle veut être à l’image de la société. C’est aussi pour ça que je passe par Médiapart. Il y a tellement de femmes qu’on envoie se faire broyer, soit dans les façons dont on va récupérer leurs plaintes, disséquer leurs vies, et puis porter le regard sur elle  : la faute c’est elle, comment elle s’est habillée, qu’est ce qu’elle a fait, qu’est ce qu’elle a bu. » 

Adèle Haenel à Médiapart le 04/11/19

Cette problématique du regard inhérente au traitement judiciaire, elle est aussi celle du cinéma et de la manière dont l’image cinématographique a construit depuis toujours la romantisation de la contrainte féminine. En effet, comme le souligne Marine Turchi et Edwy Plenel, il n’est pas anodin que le prénom de l’héroïne de Nabokov, Lolita soit devenu la représentation d’un archétype : la femme aguicheuse.  Une héroïne présentée comme consentante à cette relation amoureuse, alors même qu’elle a treize ans dans l’ouvrage, et un héro bien peu souvent, voir jamais, qualifié de pédophile par les critiques littéraires et cinématographiques. Une romantisation de la pédophilie hyper-présente au cinéma et dans la littérature qui fait écho aux propos d’Adèle Haenel à l’encontre de Christophe Ruggia, « Ce n’est pas par respect pour l’enfant que j’étais qu’il n’est pas passé à l’acte, c’est par peur de se regarder en face. »

Au terme de cet entretien poignant, Adèle Haenel évoque la manière dont cette libération difficile de la parole a changé son rapport au monde. Elle conclut avec la lecture d’une lettre bouleversante adressée à son père, en avril, alors que celui-ci ne comprend pas sa démarche et tente encore de la dissuader de parler. Elle y détaille la souffrance et la honte de soi, la culpabilité, la peur de parler, la violence des paroles des autres qui ont nié ou tenté de la dissuader de se libérer de ce fardeau, et puis le retour au cinéma, la construction de sa carrière qui a fait d’elle une actrice aujourd’hui plus puissante médiatiquement que son agresseur.

 « (…) Dommage pour lui, un jour, à la sortie d’une fête, j’ai recroisé Christel Barras, qui m’a ensuite rappelé pour le casting de Naissance des Pieuvres. Et je suis revenue, fragile, mais je suis revenue. A partir de ce moment là, et en grande partie grâce à la rencontre de Céline, qui est la rencontre majeure de ma vie et de ma carrière, et aiguisée par un désir de revanche, je suis devenue une lame, je n’ai fais que devenir plus puissante jusqu’à devenir ce que je suis aujourd’hui. Je parle de statut social, je suis puissante aujourd’hui socialement et Christophe n’a fait que s’amoindrir, mais cette inversion du rapport de force présent en elle-même n’est pas suffisant pour lutter contre le rapport de force imprimé depuis la jeune adolescence. Malgré cela, j’ai continué longtemps à avoir peur, concrètement ça signifie : le cœur qui bat vite, les mains qui suent, les pensées qui se brouillent ; peur, notamment, les rares fois où j’ai été mise en présence de Christophe.  »

Extrait de la lettre d’Adèle Haenel à son père diffusé sur Médiapart le 04/11/19  

Une lettre d’autant plus émouvante qu’elle s’achève sur la confidence d’un changement radical de son père, qui a finalement accepté de témoigner pour l’enquête de Marine Turchi.

Robert Mitchum et Marylin Monroe dans Rivière sans retour (1954) d’Otto Preminger – © Swashbuckler Films

Contrainte romantisée  : cinéma complice

Dans la seconde partie du live Edwy Plenel et Marine Turchi interrogeaient Iris Brey, universitaire et journaliste aux Inrockuptibles, sur les questions de la représentation des femmes et des violences au cinéma. Un questionnement profondément nécessaire et complémentaire à la parole d’Adèle Haenel, qui appelait les bourreaux à se « regarder ». Cette question politique du regard, qui est l’essence même du cinéma, doit nous interroger selon Iris Brey, dans la mesure où le regard du spectateur/rice est toujours orienté par les choix du cinéaste.

Un article à ce titre a marqué l’histoire du regard au cinéma, c’est celui de Laura Mulvey, Visual Pleasure and Narrative Cinema (1975), dans lequel cette dernière montre comment le regard dans le cinéma américain des années 50 a été construit par et pour les hommes hétérosexuels (on peut facilement étendre cette affirmation à tout le cinéma en réalité). Et c’est ce « male gaze »  qui entraîne la construction du corps féminin comme objet. Des représentations qui ont innervé tout le cinéma et la littérature et qui en disent long sur notre rapport au désir. 

«  En France on a pas vraiment voulu avoir ces conversations post-Me Too, on a pas vraiment voulu avoir notre Weinstein, on a voulu protéger les artistes, le cinéma, et en pensant qu’on protégeait ces hommes et ces œuvres on a oublié d’écouter.  »

Iris Brey pour Médiapart le 04/11/19

Un nécessaire engagement des critiques de cinéma

Sur la question de la responsabilité collective face à cet enjeux du regard, Iris Brey s’interrogeait sur la faible réaction des critiques de cinéma à l’égard des accusations d’Adèle Haenel, soulignant que  lundi soir, encore peu de rédactions de cinéma s’étaient fendues d’un communiqué de soutien ou d’un relais de l’enquête de Médiapart. Lorsqu’Adèle Haenel nous parle de son expérience personnelle, elle nous montre comment un système se met en place pour museler la parole des victimes, et comme le souligne Iris Brey, le rouage principal qui fait tourner cette machine dans le cinéma français c’est l’idée que les affaires de harcèlement sexuel ou d’agressions qui ont lieu sur les plateaux de cinéma ne doivent pas contaminer l’œuvre et son créateur.

Quelques semaines avant la parution de son enquête chez Médiapart, Adèle Haenel, invitée du festival de La-Roche-sur-Yon demandait qu’une master-class soit donnée en amont de l’avant-première de J’Accuse de Roman Polanski, afin d’encadrer la projection du film d’un débat sur le rapport entre l’homme et l’artiste, et la question des violences faites aux femmes, pour que l’excuse de la liberté de la création ne recouvre pas un débat nécessaire.

«  En France il y a une culture du viol à la française, Valérie Rey-Robert écrit un livre là-dessus, on est coincé dans des concepts comme la galanterie, l’artiste qui serait amoureux de sa muse, dans des rapports qui sont basés sur une asymétrie de pouvoir et notre érotisme à la française se base sur cette idée de domination masculine.  »

Iris Brey pour Médiapart le 04 /04/19

Quel est le désir qui se cache derrière la protection de ces hommes artistes et qu’est-ce que ce désir dit de nos sociétés ? Ces questions soulevées par Iris Brey nous ramènent à cette idée d’un traitement asymétrique de la parole : Protéger les artistes masculins acteurs de ces violences, c’est s’accorder avec l’idée que leur parole prévaut sur celle des femmes victimes. D’ailleurs, Iris Brey le souligne, séparer l’artiste de l’œuvre est une question qu’on ne réserve qu’aux hommes, l’intime et le privé des artistes femmes étant toujours mis en avant comme une clé de lecture de leurs œuvres, intrinsèquement.

La parole d’Adèle Haenel et l’enquête de Marine Turchi sont donc précieuses dans ce qu’elles nous offrent à penser de la construction de nos représentations. Y réfléchir, c’est se confronter à la manière dont la société construit le désir dans les rapports de domination patriarcale, et le cinéma, dans la remise en cause de ce regard, a bien sûr un rôle fondamental à jouer.

Chiara Mastroianni dans Chambre 212 (2019) de Christophe Honoré – © Memento Films

En ouverture de son dernier film, Chambre 212, Christophe Honoré nous offre une scène de « female gaze » (le regard féminin porté sur l’objet de son désir) brillante et nécessaire.  Alors qu’elle marche dans la rue, Chiara Mastroianni dévore des yeux un jeune homme qui passe à côté d’elle. Loin d’une simple parodie du « male gaze », Honoré nous fait ici la proposition d’un nouveau regard. Ce jeune homme qui passe nous apparaît en amont courant dans la rue, son corps a une existence propre,  elle n’est pas conditionnée par le regard désirant, la preuve il ne fait que passer, lui et Chiara Mastroianni n’auront pas d’aventure ou d’histoire d’amour. Le jeune homme n’est pas qu’un objet de désir, en l’espace de quelques secondes, il devient sujet. Et si le “female gaze” de Chiara Mastroianni nous apparaît si jouissif, c’est parce que le regard de Christophe Honoré est profondément respectueux, tant du sujet désiré, que de l’actrice qu’il filme.

Erratum : Médiapart met en ligne ce mercredi 6 novembre la réponse que leur a adressé Christophe Ruggia, le réalisateur y contourne les accusations de pédophilie d’Adèle Haenel, justifiant le fait qu’elles sont selon lui erronées, dans la mesure où aucun membre du tournage n’a été directement témoin d’attouchements ou de gestes déplacés de sa part. Il achève sa prise de parole en se plaçant en position de victime de ce qu’il considère comme un «  une exclusion sociale » et une mise au «  pilori médiatique  », des propos qui ne font qu’accabler un peu plus le réalisateur.

« Le Moyen Âge avait inventé la peine du pilori mais c’était la sanction d’un coupable qui avait été condamné par la justice. Maintenant, on dresse, hors de tout procès, des piloris médiatiques tout autant crucifiants et douloureux et aujourd’hui c’est à mon tour de les subir. »

Christophe Ruggia à Médiapart le 06/11/19
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