Senso – La belle nuit italienne

© Auguste Pougnaud

Si rien qu’une seule nuit pouvait donner un sens à notre vie… Grâce à la plume et au coup de crayon d’Alfred, Germano et Elena, les deux personnages de son nouveau roman graphique, nous entraînent au cœur de leur pudique rencontre crépusculaire.

Depuis maintenant une vingtaine d’années, Alfred multiplie les projets, souvent accompagné d’autres auteurs comme Eric Corbeyran ou Olivier Ka. Artiste complet, il écrit et dessine aussi bien pour les adultes que pour la jeunesse et met en scène des spectacles tirés de ses publications.

Dans la digne lignée de son ouvrage Come Prima, pour lequel il a reçu en 2014 le Fauve d’Or du Festival International de la bande-dessinée d’Angoulême, Alfred nous conte, une nouvelle fois, une belle histoire, comme lui seul sait le faire.

Dans un vieil hôtel du sud de l’Italie se prépare une fête de mariage. Germano n’y est pas convié, et pourtant, il est là. Elena, elle, ne voulait pas se rendre à cette célébration, et pourtant, elle est là. Ces deux inconnus, que le malentendu fait se rencontrer, se donnent l’occasion d’un rendez-vous inattendu, poussés par leur désir.

L’art de créer une atmosphère unique

Alfred possède le talent indéniable de créer des ambiances réalistes d’une justesse incroyable. Dans ce nouvel album, Senso, la chaleur italienne est pesante, les paysages jalonnés de cyprès, de fontaines, de statues, nous plongent immédiatement au cœur du décor. La grande majorité du récit se déroule de nuit. De cette représentation se dégage une magnifique sérénité, puisqu’ enfin la chaleur semble tomber. Les tons employés pour retranscrire cet épisode de la journée nous enveloppent et nous persuadent, en nous chuchotant au creux de l’oreille, que tout est possible. Un délicat mélange qui nous offre un doux moment de lecture, un instant suspendu, comme celui que vivent les deux personnages.

Le hasard, vraiment ?

Germano est un personnage sincère, optimiste mais aussi maladroit. Le sort semble s’acharner contre lui : son train est en retard, l’hôtel n’a pas de réservation à son nom… Mais, il rencontre Elena, une femme à son opposé, sûre d’elle et aventureuse. N’ayant respectivement rien à faire à cette réception, ces deux protagonistes paraissent, comme le dit l’adage : « au mauvais endroit, au mauvais moment. » Mais est-ce vraiment un hasard ? Et si tout était écrit ? Véritable ode à la liberté, ce roman graphique nous offre la vision d’une sublime rencontre, évidente et naturelle.

La famiglia

Sujet majeur de son précédent ouvrage Come Prima, la famille est ici traitée de manière sous-jacente. En effet, ce thème concerne tous les personnages présents dans le récit, mais n’en fait pas l’objet principal. Il est particulièrement question de la paternité et de l’amour filial. Par un habile jeu de transpositions, on comprend que l’auteur a mis beaucoup de lui-même dans cet ouvrage. Germano, lui, semble se remettre en question et se rendre compte des erreurs de son passé. Il fait en sorte que les protagonistes n’empruntent pas les mêmes voies que lui, ne reproduisent pas ses erreurs.

Le talent d’Alfred n’est plus à confirmer. Artiste majeur de la bande-dessinée, il éveille nos sens et nous fait vivre de belles parenthèses, le temps d’une nuit, le temps d’une lecture.

Senso d’Alfred, collection Mirages aux Éditions Delcourt, sortie le 23 Octobre 2019 – 23,95 euros

Sophie Moulin

Amoureuse des lettres, des mots, des phrases. Sur papier, dans des bulles, sur les murs, dans mes oreilles...

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