Rencontre avec Paupière : « Il ne faut pas espérer de grandes réponses »

© Camille Gladu- Drouin

Lundi dernier, ils présentaient leur dernier EP sur la scène du Pop-Up du Label à Paris. On a échangé quelques mots avec le trio montréalais déjanté Paupière. Rencontre avec Eliane, Julia et Pierre-Luc dans un café parisien.

La veille de l’entrevue, nous avions fait le chemin jusqu’au Pop-Up du Label pour assister à ce que l’on appelle communément dans le milieu de la musique, une release party, grande fête rythmée pour célébrer la sortie d’un nouveau disque. Folie, abandon et glamour à profusion, le trio québécois nous offre ce soir là une belle première de leur nouvel EP, Jettatura. Le lendemain en fin d’après-midi , nous retrouvons les trois ami.es dans un bistrot Place de la République pour discuter de l’évolution du projet, mythologie de la vie et questionnements perpétuels.

Bonjour Paupière, comment vous allez ? C’était comment votre release party française hier soir au Pop-Up du Label ?

Pierre- Luc : C’était très bien. Il y avait une belle frénésie, un bel enthousiasme. Beaucoup de gens se sont déplacés. Les nouveaux morceaux sont bien sortis. On sent qu’il y a eu une évolution depuis le dernier concert, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas joué à Paris.

Julia : Il y a des gens qui connaissaient les paroles par coeur et qui chantaient. C’est vraiment grisant de voir ça.

Vous aviez déjà joué le set du nouvel EP avant ?

J : Tu vois l’expression qu’on utilise quand on porte de nouvelles chaussures pour la première fois, on doit les casser, et bien on a un peu cassé le show à Paris.

P-L : On l’avait déjà joué une fois mais dans le nord du Québec dans une toute petite salle.

Eliane : Mais on clôture la tournée à Montréal.

Vous venez de sortir votre nouvel EP, Jettatura, chez Lisbon Lux Record (Québec). Comment vous-sentez vous depuis sa sortie ?

J : Surpris. Agréablement surpris.

P-L : Il y a beaucoup de remous pour seulement quatre chansons. On sent que les gens ont saisi l’évolution. Il y a eu des beaux mots sur l’EP.

Pourquoi revenir sur le format EP ?

P-L : Il y avait une belle cohérence EP / Album / Album. L’EP c’est un laboratoire qui permet d’explorer.

J : C’est moins impliquant.

E : On a travaillés avec un autre réalisateur, parce qu’on travaille beaucoup avec le même monde et on a décidé d’élargir notre cercle.

EP “Jettatura” de Paupière (Lisbon Lux Record, 2019)

En 2017, vous sortiez votre premier album A jamais privé de réponses. Vous avez trouvé quelques réponses depuis ou c’est toujours l’éternel questionnement ?

J : On a trouvé énormément de réponses et on a retrouvé énormément de nouvelles questions (rires). On est quand même plus sereins entre nous dans la dynamique du groupe.

P-L : On accepte mieux les doutes, on vit à travers eux, il ne faut pas espérer de grandes réponses, des grands dévoilements.

Parlons un peu de cet EP. Je suis allée me renseigner ; c’est le mauvais oeil en Italie mais aussi le nom d’une nouvelle de Théophile Gauthier. Comment vous est venu le nom du disque ?

J : Une fois qu’on a composé les morceaux. On a cherché un liant à tout ça, moi j’ai pensé à un des titres où Pierre-Luc dit “Le mauvais oeil, qui louche”, j’ai tapé “mauvais œil” et je suis tombée sur Jettatura, j’ai accroché. Et puis, ça faisait un beau clin d’œil à Paupière.

Et vous croyez aux malédictions vous ?

J-L : Non. C’est trop fataliste.

J : Je crois surtout qu’il y a des gens qui ont beaucoup de malchance dans la vie.

Dans Coquille de Noix, vous chantez “Le mauvais oeil, qui louche, n’est pas mortel, si tu regardes ailleurs”, où est-ce que vous regardez vous, pour échapper aux mauvais sorts de la vie ?

J : Ce texte, il aborde le fait de se détacher des relations toxiques amicales ou amoureuses. La méduse, si tu la regardes dans les yeux, tu te figes en pierre. Parfois, il y a des relations qui sont tellement dangereuses, que la seule solution, c’est la fuite. La fuite n’est pas nécessairement une défaite, parfois ça prend énormément de courage de prendre la fuite.

Quand on écoute Jettatura, on est face à beaucoup de mystères dans les histoires que vous nous racontez. Je pense au morceau Howard Carter qui raconte la mort du célèbre égyptologue par une curieuse malédiction, ça vous plaît de laisser planer doute et de l’ambiguïté dans vos titres ?

J : Je pars avec un thème de base, j’ai 18 pages ouvertes sur mon ordinateur, j’adore ça. De toute façon, tout ce que tu finis par écrire va toujours parler de toi au final mais je trouve ça bien de partir d’un thème.

E : C’est aussi pour ça qu’a été inventé la mythologie, pour expliquer la vie de manière magique, symbolique.

J : On revient un peu à ça avec les réseaux sociaux. Comme si on revenait au culte. Pourquoi un chien a 1 million de followers et des trucs super intéressants en ont 200 ? On dirait qu’on régresse dans la façon dont on vénère les choses.

E : Les mythes ont été inventé pour trouver une réponse et ça résonnait bien avec le titre de notre premier album.

Dans cet EP (avec Howard Carter, Coquille de Noix) et dans votre discographie en général, on sent une grande influence des années 80. Qu’est ce-que vous inspire cette époque ?

P-L : Toutes les époques m’inspirent. Tous les styles m’inspirent. L’instrumentation joue un grand rôle mais la mélodie passe pareil. C’est très grossier et coloré, c’est pas dans la subtilité, la nuance, c’est ce que j’aime à ce niveau là quand je compose. C’est des gros traits, c’est pas de l’aquarelle.

J : On essaye pas de faire de la musique des années 80. On essaye d’expérimenter.

P-L : C’est parce qu’on utilise beaucoup les synthétiseurs que ça fait penser à cette époque. Notre dernier EP s’éloigne un peu des années 80, il y’a un peu de sixties et d’années 70. Notre musique est assez intemporelle.

Sur scène, vous avez gardé cette énergie, cette folie. C’est quoi votre secret de live ?

J : Le secret de la folie.

J-L : L’abandon. On ne s’ennuie pas. C’est notre alchimie, notre cohésion entre nous.

E : Le fait de sortir de nouvelles chansons, ça nous garde dans l’action, ça conserve le moment présent.

Vous avez quelques artistes nous faire découvrir pour élargir notre playlist ?

J : Les Louanges.

P-L : Kokoko ! c’est un groupe d’Afrique du Sud, ils réussissent vraiment à réinvestir la musique africaine en ajoutant des instrumentations très modernes. C’est fascinant. Johnny Greenwood aussi.

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.