” Port Authority “- Dé(construction)

© ARP Distribution

Port Authority de Danielle Lessovitz présenté à Cannes dans le cadre de la compétition Un Certain Regard, puis à Deauville, est un brillant récit sur la reconstruction et la notion démultipliée de masculinité.

Paul (Fionn Whitehead), en conditionnelle, arrive à New-York pour s’installer chez sa demi-sœur. Sans nouvelles d’elle il se trouve alors livré à lui-même, mais est rapidement aidé par Lee (McCaul Lombardi) et s’installe dans un foyer. Mais dès son arrivée il remarque à la gare un groupe de danseurs qui le fascinent, tout particulièrement Wye (Leyna Bloom) une jeune femme qui l’attire irrémédiablement.

Le premier élément qui saisit le spectateur de Port Authority est sans doute l’esthétique impeccable qui en émane, cette image impeccable, tantôt ouatée et apaisée, tantôt pop et prodigieuse. Le film joue ainsi sur ces deux parallèles instaurés entre la vision de l’intérieur et de l’extérieur, entre le collectif et l’intime. La musique, portée notamment par les morceaux Places et Queens de The Blaze (album Dancehall), participe définitivement à cette esthétique plus que satisfaisante qui vient adroitement servir son sujet.

Ce long-métrage est le témoignage équivoque d’une génération et d’un amour qui s’affranchit des genres, du sexe ; mais aussi celui d’un amour complexe en question et en immersion dans un inconnu qui s’ouvre ici tout entier au personnage de Paul. Le film évoque ainsi avec ironie les différences, et questionne habilement la notion empirique de “famille“, et sous-tend donc des rapports que l’on crée nous-mêmes. La relation naissante entre Paul et Wye vient questionner les rapports de masculinité, les constructions sociales liées au genre et à la perception que l’on peut avoir de soi vis-à-vis de la sexualité, sans en faire un sujet pleinement dramatique.

Si ce scénario demeure relativement prévisible vu d’avance au bout d’une vingtaine de minutes, notamment dans la corrélation entre le job de “déménageur” de Paul et la situation précaire de la famille de Wye ; Port Authority agit sans réserve sur ces tensions en détournant le spectateur de celles-ci, et trace les contours de situations sinueuses toujours au bord du précipice, toujours sur le fil. Le long-métrage ne se veut pas larmoyant, ne s’amusant pas à jouer et à se déjouer de nos sentiments, ce qui aurait pourtant été aisé, étant donné le contexte social général qui englobe les personnages.

Ce film est aussi celui de puissantes révélations pour les deux acteurs principaux, porteurs respectivement des robes de Paul et Wye : Fionn Whitehead après avoir été vu dans Bandersnatch (Black Miror – Netflix) ou Dunkerque de Christopher Nolan, et l’actrice Leyna Bloom, tous deux brillants de sincérité et d’humilité face à la caméra.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master 1 Métiers de la Culture

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