« Mytho » – Famille (extra)ordinaire

Mytho, la nouvelle série d’Arte, est un des rendez-vous télévisuels de la rentrée. Présentée en avant-première au festival Séries Mania en mars dernier, la série avait été couronnée – à juste titre – par le prix du public. L’intégralité des épisodes est disponible sur Arte tv. 

Tout part d’un mensonge d’Elvira (Marina Hands), mère de famille dévouée, à ses proches. Entre ses trois enfants, son mari infidèle (Mathieu Demy), les tâches ménagères, un patron tyrannique et son métier d’assureuse, elle se sent invisible. Elvira s’invente donc un cancer pour tenter de rassembler les siens. L’histoire de ce petit mensonge qui devient grand lui offre un moment de répit alors que la charge mentale se fait trop pesante. Ce qui devait au départ permettre à l’héroïne de retrouver l’affection de sa famille devient peu à peu un engrenage infernal. Les mensonges s’accumulent et pèsent sur les épaules, déjà bien chargées, d’Elvira.

© Arte France

Teintée d’humour, Mytho raconte le récit d’une famille dysfonctionnelle et pourtant si normale. La série de l’écrivaine Anne Berest et du réalisateur Fabrice Gobert (Les Revenants) s’attaque au sujet délicat de la maladie sous un angle original et s’amuse de ce qui, en temps normal, ne devrait pas faire rire ou du moins de ce sur quoi on ne s’autorise pas à rire d’habitude.

Plongée dans l’intime

Mytho prend place dans une banlieue pavillonnaire parfaitement banale. La famille donnée à voir l’est tout autant. Les Lambert représentent le foyer français typique, avec ses failles et ses secrets. Cette plongée dans l’intime révèle bien vite qu’Elvira n’est pas la seule à mentir. Le père, Patrick, entretient une liaison avec la pharmacienne ; Carole (Marie Drion), la fille aînée, passe son temps à sécher les cours ; Sam (Jérémy Gillet), jeune femme en devenir enfermée dans un corps de garçon se cherche et, Virginie (Zélie Rixhon), la petite dernière, tient un blog sur lequel elle documente l’avancée de la “maladie” de sa mère. Autant de non-dits qui se retrouvent chez toutes les familles normalement constituées. Mytho présente ainsi la maisonnée comme le premier lieu du mensonge et se fait le reflet de la normalité grâce à des dialogues incisifs et réalistes.

© Arte France

La série jongle ainsi avec de nombreuses thématiques directement liées au quotidien de bien des familles : la maladie donc, mais aussi la dévotion familiale, le sens du mariage, l’éducation des enfants, le mal-être adolescent, l’homophobie, la solitude ou encore l’anxiété. Autant de problématiques qui ancrent le récit dans le réalisme mais aussi dans la banalité. Le ton de dramédie de la série parvient à donner un coup de frais à ce scénario au départ simple mais audacieux.

Mentir pour mieux se connaître 

Très vite, le mensonge immoral d’Elvira floute les frontières entre le bien et le mal. La monstruosité véritable d’un tel acte laisse place à la compassion pour cette femme débordée que l’on finit par comprendre. De madame-tout-le-monde, Elvira est élevée au rang de malade, de victime. Celle qui s’occupe des sinistres des autres au quotidien, devient à son tour sinistrée lorsque son mensonge lui échappe. Si l’on sait que la vérité éclatera inévitablement, on espère, tout au long des six épisodes, que celle-ci ne vienne pas. 

© Arte France

L’écriture de ce personnage complexe met en lumière la problématique de la charge mentale commune à de nombreuses mères de familles. Le jeu bluffant de Marina Hands ajoute de la profondeur à cette femme en quête d’amour, mais aussi en quête d’elle-même. Qui est-elle réellement au-delà de la mère débordée, de l’épouse trompée et de l’employée frustrée ? Elvira s’affirme au fil des épisodes alors que le récit s’assombrit, reflétant l’étau qui se resserre autour de la protagoniste. La musique qui accompagne les personnages devient, elle aussi, plus inquiétante. La lumière et la couleur, très présentes lors des scènes extérieures, s’estompent à l’intérieur de la maison des Lambert. Le spectateur est invité dans l’intimité de la famille et devient le témoin privilégié de ces nombreux secrets qui menacent d’exploser.

Avec Mytho, Arte propose une vraie bonne série à la française destinée au grand public. Un des seuls reproches qui peut finalement lui être fait, c’est bien l’introduction maladroite d’intrigues secondaires qui présagent la préparation d’une seconde saison. La première aurait pu se suffire à elle-même puisqu’une fois le subterfuge révélé, on se demande bien quel arc narratif parviendra à tenir en haleine le public.

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