MUSIQUE EN BREF – Corps et âmes

C’est reparti pour une tournée de chroniques musicales des deux dernières semaines. Nos rédacteurs.ices décortiquent pour vous les albums et EP qu’il ne fallait surtout pas manquer.

Alain Souchon – Âme Fifties

ll n’y a rien d’original à chanter l’amour et le temps qui passe, mais faut-il encore savoir le faire. Alain Souchon sait, et le prouve encore avec ce quinzième disque, en forme d’album photos sonore. Amis, amours et idoles, tableaux et paysages, musique et cinéma s’entremêlent portés par des mélodies simples, travaillées en grande majorité avec ses fils plutôt qu’avec son compère de toujours, Laurent Voulzy (il n’a écrit qu’une chanson sur ce disque). Avec ce disque intime, Souchon veut nous dire que la vie, c’est pas si mal : il plonge dans la nostalgie, sans dire que c’était mieux avant ; il met des mots sur les maux de l’amour, sans dire que c’est grave de pleurer ; il perd ses cheveux, sans dire que vieillir est un naufrage. Le tonton discret de la chanson française, sans doute ravi de sortir un album le même jour que son héritier Vincent Delerm, signe un disque magnifique, qui fera date dans sa discographie.

Coups de cœur : Presque, On s’aimait

Sortie le 18 octobre

Kevin Dufrêche

Foals – Everything Not Saved Will Be Lost Part. 2

On comprend maintenant pourquoi Everything Not Saved Will Be Lost est sorti en deux parties. La première, sortie en début d’année n’était qu’un amuse bouche, un échauffement, destiné à nous préparer à prendre la deuxième en pleine figure. Parce que ce disque est scellé du sceau de la guitare électrique, solide et triomphante, notamment sur The Runner, ou Black Bull, deux titres que l’on imagine déjà si bien enflammer les scènes du monde entier. Montée en puissance formidable, l’album ne lâche rien jusqu’à Ikaria, pont suspendu et salutaire, au-dessus de ce torrent de rock ininterrompu, qui nous mène vers des contrées plus apaisées pour terminer le voyage, avec le sublime Into The Surf, et la lente explosion jouissive de Neptune. Bref, voilà un disque à écouter fort, très fort, partout où vous le pouvez.

Coups de cœur : The Runner, Dreaming Of, Neptune

Sorti le 18 octobre

Kevin Dufrêche

Kim Gordon – No Home Record

Alors que son ancien comparse Thurston Moore enchaîne les sorties à un rythme soutenu, il aura fallu attendre près de huit ans après la fin de Sonic Youth pour voir débarquer le premier effort solo de Kim Gordon. Après de multiples collaborations, la voici donc qui présente ce No Home Record, collection de neuf titres tous plus freaks les uns que les autres. Ce qui surprend tout d’abord, c’est la place de guitare, totalement en retrait ; une petite révolution pour celle qui s’était illustrée comme une figure électrique de la contre-culture, préférant ici une plongée dans les tréfonds de New York, hantés par le spectre du free-jazz, du hip hop et des bloc party. Les basses sont nocives, le ton abrasif, les idées toujours au rendez-vous. Les titres, aux thématiques parfois très contemporaines (Air BnB) n’ont pas peur du minimalisme (Paprika Pony), des territoires noisy que l’on connait bien (Murdered Out, Hungry Baby) ou des performances mutantes et incantatoires (Don’t Play It, Cookie Butter), avec un segment final franchement creepy (Earthquake,Get Yr Life Back). Une sorte d’art rock à la croisée des genres, revendiquant l’indépendance et l’expérimentation comme seules règles, au résultat explosif.

Coups de cœur : Don’t Play It, Get Yr Life Back

Sortie le 11 octobre

Camille Tardieux

MNNNQS – Body Negative

Quand rock rime avec joie explosive. Le 11 octobre dernier, les Rouennais de MNNQNS (prononcé “mannequins” avec l’accent gallois) offraient au monde leur tout premier album intitulé Body Negative, sur le label anglais FatCat Records (et oui, c’est important). Pourtant, difficile de retirer une once de négativité à l’écoute de ce long format de 12 morceaux. Au travers d’un rock qui s’amuse à flirter avec la pop, MNNQNS prouve qu’il maîtrise ses références, tout en brouillant les frontières entre les genres. En témoignent certains titres résolument solaires façon Beach Boys tels que Different Sides Of Truth ou d’autres aux sonorités plus marquées comme Desperate Moon qui nous ramène dans l’Angleterre des années 1980. Car l’influence anglaise ne peut pas être éclipsée dans Body Negative, qui s’autorise parfois des virées franchement punk, comme avec Urinals. Un bouillon d’énergie brute.

Coups de cœur : She’s waiting For The Day, Wire (Down To The)

Sortie le 11 octobre

Lolita Mang

GENTS Human Connection

Voilà plusieurs années maintenant que l’on a parié sur GENTS, duo danois que l’on n’attendait pas, débarqué du jour au lendemain sur la scène musicale avec l’EP Embrace The Future en 2016. Le groupe vient tout juste de publier chez Cracki Records son second album, une suite admirable à About Time sorti il y a déjà deux ans. Human Connection célèbre les émotions éclectiques, couronnant les influences multiples de GENTS parmi lesquelles figurent Madonna ou encore les australiens de Ménage à Trois. Dans une totalité égale et sans contresens le duo nous saisit dès le début de l’album notamment grâce à deux partitions très efficaces qui sont celles d’Horroroscope et Own Little World, toujours portés par la voix limpide et profonde de Niels Fejrskov Juhl ; la suite est toute aussi réjouissante et s’attache à réemployer les quatre précédents singles du groupe sortis en 2018 et 2019, le tout dans une ambiance générale synthétique, vaporeuse et résolument pop. GENTS sera en concert le 30 novembre prochain au Pop Up du Label à Paris.

Coup de cœur : Human Connection Pt.2 et Own Little World

Sortie le 11 octobre

Caroline Fauvel

Oiseaux-Tempête – From Somewhere Invisible

Sous ce nom poétique se cache une des formations les plus passionnante de la scène post-rock française, construite autour du duo Stéphane Pilier / Frédéric D. Oberland. Pour ce quatrième album, quelques grands noms de la scène alternatives ont été conviés, à commencer par G.W. Sok (The Ex), Mondkopf, Jean-Michel Pirès (Mendelson, Bruit Noir) ou la violoniste canadienne Jessica Moss (Thee Silver Mt. Zion). Enregistré justement à Montréal et produit par Radwan Ghazi Moumneh (Jerusalem In My Heart), la fresque sonore que dessine ces sept titres captivants n’a rien à envier aux plus belles heures du genre, lui préférant peut-être une forme plus introspectives qu’encline aux envolées épiques. Tendant parfois vers l’abstraction (la suite Weird Dancing in All-Night) ou le spoken-word (The Naming of a Crow), la force et la mélancolie qui traversent ces pièces ne peuvent laisser indifférent. Bercé par la voix quasi prophétique de G.W. Sok et les poèmes existentialistes de Mahmoud Darwish, Ghayath Almadhoun et Yu Jiany, on ressort de ce voyage avec l’intime impression d’avoir évolué dans un écosystème musical tout à fait singulier, parcouru de visions qui nous étaient jusqu’ici étrangères ; si la planète est bien menacée, ces Oiseaux-Tempête devraient lui survivre.

Coups de cœur : In Crooked Flight On The Slopes of The Sky, Weird Dancing in All-Night I-II

Sortie le 25 octobre

Camille Tardieux

Allah-Las – LAHS

Un infini été indien. Parallèlement aux températures plus que douces qui se sont abattues sur la France en ce mois d’octobre, les Californiens d’Allah Las sont revenus avec un quatrième album. Ne cherchez pas bien loin, son titre, LAHS, n’est inspiré que par une faute d’orthographe récurrente dans l’écriture du nom du groupe. Prêtez plutôt attention à ses 13 titres qui se déroulent comme un long fleuve tranquille, bercé par une torpeur moite entre mellotron à la Air, guitares électriques et voix caressantes. En quête des dernières lueurs de l’été, c’est cette fois vers le Brésil que se sont tournés les Californiens. En témoigne Prazer Em Te Conherer, qui mêle amour et voyage, le tout chanté en portugais. Les musiciens s’autorisent même quelques morceaux 100 % instrumentaux, comme Roco Ono disséminés comme des trésors dans cette traversée amazonienne. Une jolie carte postale pour adoucir notre automne.

Coups de cœur : Star, Houston

Sortie le 11 octobre

Lolita Mang

Marie Flore – Braquage

Il n’y a jamais trop d’albums, jamais trop de chanson qui parlent de la mort d’un amour. Après son EP Passage Digitale (2017), Marie-Flore dévoile Braquage, troisième album entièrement en français où la parisienne décortique une rupture amoureuse douloureuse. Car dans cet album, c’est bien d’un braquage de coeur dont il est question, celui qui tire sur tout ce qui bouge et qui détruit tout sur son passage. Ce qui frappe chez Marie-Flore, c’est cette diction chantée nonchalante, presque insolente qui bouleverse dans chacun de ses morceaux. Une voix qui part du très profond pour gravir les montagnes. On succombe à QCC, morceau d’ouverture lumineux et mélancolique et à la balade énigmatique Presqu’île. Un album romantique et poétique digne des grandes icônes pop actuelles comme Juliette Armanet ou encore Clara Luciani, où la pop flirte volontiers avec l’électronique et où la variété s’emmêle à un flow presque r’n’b. Le pistolet sur la tempe, les mains en l’air, nous voilà pris.es au piège de l’amour qui s’enfuit.

Coups de cœur : Presqu’île, Casse-toi, QCC

Sortie le 18 octobre

Pauline Pitrou

Thomas Méreur – Dyrhólaey

Tout en douceur, l’univers que dessine Thomas Méreur pour son premier album laisse rêveur. Si l’on pense d’emblée volontiers à Sigur Ros, ce n’est peut-être pas un hasard : le disque a été fortement inspiré par l’Islande. Il en résulte un piano délicat accompagné d’une voix aérienne, aux teintes impressionnistes, qui touche l’âme sans détours. On sent également la filiation avec les travaux de Satie ou Yann Tiersen, surtout dans ses pistes instrumentales (A Steady and Sad Protest, Except for a Fall, A Cold Day In May). Les titres, évocateurs, servent de cartographie à ces mélodies insidieuses (Climb a Mountain) aux rares nappes synthétiques (Light), baignant ce halo d’une lumière diffuse, empreint d’une sensibilité et d’une pureté unique. Se dire que ce talent est français ne fait que rendre la chose encore plus surréaliste : ni plus ni moins qu’une des plus belles révélations de cette fin d’année.

Coups de cœur : Apex, A Steady and Sad Protest, Except for a Fall

Sortie le 18 octobre

Camille Tardieux

Bandit Bandit – Bandit Bandit (EP)

Plus un geste, c’est un hold-up musical. Ne vous fiez pas à leur nom de brigands, Bandit Bandit ne vous volera rien, mais fera peut-être ressurgir l’âme de rockeur enfouie à l’intérieur de votre corps. Jeune projet formé il y a tout juste un an par deux amoureux du vice et du rock’n roll, Bandit Bandit dévoile un premier EP éponyme électrique et sombre. Cinq titres pur rock, tantôt en français, tantôt en anglais qui flirtent parfois vers des contrées psychédéliques et cold-wave. Un mini-disque qui vous emmènera en cavale sur les chemins nocturnes (Nyctalope) ou encore dans les méandres du site de rencontres où ils se sont rencontrés (Pixel). Inspiré par les films de Lynch et les histoires de voyous, le duo réussit à créer une esthétique visuelle et musicale à la croisée du vintage et du contemporain. Le rock n’a pas fini de se réinventer, la preuve avec Bandit Bandit.

Sortie le 11 octobre

Coups de cœur : Maux, Nyctalope

Pauline Pitrou

A lire aussi : la chronique intégrale de Panorama, dernier album de Vincent Delerm sorti le 18 octobre dernier.

Le podcast

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.